Retrouver sa fiancée dans les décombres

Patrick Sauvé et Rachelle Norbrun en décembre dernier....

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Patrick Sauvé et Rachelle Norbrun en décembre dernier.

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Ils se sont rencontrés à Port-au-Prince en avril 2008. Patrick Sauvé, 39 ans, montréalais et inspecteur en bâtiment, était en visite chez son ami Widler Prévillon. Rachelle Norbrun, 27 ans, mère d'un garçon de 7 ans, est commerçante. À partir du jour de leur rencontre, Patrick Sauvé est revenu beaucoup plus souvent visiter ce bout de l'île d'Hispaniola.

Il est revenu cinq fois, pour être plus précis. En décembre, ils ont passé un mois ensemble à Cuba. Ils ont alors fait des plans pour faire venir Rachelle et son fils à Montréal. Ils se sont fiancés avant de rentrer chacun chez soi.

 

Il y a deux semaines, Rachelle a annoncé une grande nouvelle à son amoureux: elle était enceinte. Une nouvelle qui a renversé Patrick. «Ça fait des années qu'il rêve d'avoir des enfants!» dit son amie Caroline Gauthier.

Et puis... le séisme du 12 janvier.

Où est Rachelle?

Pendant quatre jours, fou d'inquiétude, Patrick a essayé de joindre Rachelle à Port-au-Prince. Rien. Les télécommunications étaient à plat. «Il était comme un lion en cage», dit sa soeur, Valérie Sauvé.

L'appel de Rachelle est finalement arrivé samedi matin... alors que Patrick était déjà dans l'avion avec deux amis, en route vers la République dominicaine.

Rachelle vivante, restait maintenant à la trouver à Port-au-Prince... «J'avais un trac immense», nous a écrit Patrick hier, par message texte (les communications avec Haïti étant encore difficiles, l'entrevue s'est faite par textos).

Patrick et ses amis sont arrivés dimanche, à la nuit tombée. Rachelle les attendait au point de rendez-vous convenu. «Je l'ai serrée très, très fort dans mes bras, dit Patrick. Elle n'était pas blessée, et son fils l'était très légèrement.»

Ils sont montés dans la boîte d'un camion pour se rendre à la maison de Widler, à Carrefour.

«On était huit dans le camion. La traversée de la ville était catastrophique. Personne ou presque dans les rues. Un fond d'odeur de cadavres dans l'air mais déjà, dimanche, il n'y avait plus de corps dans les rues. La vieille ville était la plus touchée. Je me souviens de cette rue où les trois quarts des maisons étaient en miettes. De petits incendies donnaient un éclairage rouge et orange, contrastant avec la lumière blanche, froide, des pelles mécaniques qui fouillaient les décombres au coin de la rue. Le tout lors d'une magnifique nuit étoilée, à cause du black-out.»

La maison où vit Rachelle, à Delmas 95, ne s'est pas effondrée, mais l'immeuble voisin penche dangereusement vers le sien, dit Patrick. Quant à la maison de Widler, elle a tenu le coup. La troupe a quand même décidé de dormir dans le jardin. «Nous avions de l'eau et tout ce dont on avait besoin. Dehors, la vie reprenait son cours normal. À part les maisons tombées, ça ressemblait au chaos habituel.»

Depuis mardi soir, ils campent devant l'ambassade canadienne à Port-au-Prince. Le cas de Rachelle est complexe: elle est séparée du père de son fils mais pas encore officiellement divorcée. Et les conjoints de fait doivent avoir vécu ensemble pendant un an pour voir leur statut reconnu aux fins du parrainage. Mais elle est aussi mère d'un garçon et enceinte de quelques semaines... L'ambassade étudie présentement son dossier.

«Les gens de l'ambassade semblent travailler fort, ils font leur possible, a écrit Patrick hier matin. J'aimerais qu'ils gardent en tête qu'ils n'ont qu'à signer un papier pour faire toute la différence dans la vie d'une femme extraordinaire et pleine de talent et d'un garçon attachant. C'est tout.»

judith.lachapelle@lapresse.ca

 




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