L'optimisme de Michael Moore

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Michael Moore in Trumpland est à l'affiche dans quelques salles aux États-Unis, notamment à New York.

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(New York) La course à la Maison-Blanche plonge les Américains dans l'anxiété, la colère, la confusion et le découragement. Mais au moins l'un d'entre eux nage dans l'optimisme. Qui donc? Nul autre que Michael Moore, à en juger par son nouveau film, Michael Moore in Trumpland. Et d'où vient l'optimisme de ce farouche partisan de Bernie Sanders? La réponse ne manque pas d'étonner.

Michael Moore in Trumpland n'accumulera ni les records au box-office ni les prix, contrairement à Fahrenheit 9/11, le brûlot anti-Bush du cinéaste polémiste dont la sortie avait précédé de quelques mois l'élection présidentielle de 2004. Réalisé en 12 jours, le nouveau film met en scène Moore dans un théâtre historique de Wilmington, en Ohio, où il livre un monologue devant une foule composée de partisans de Donald Trump, de Sanders et d'indécis.

À l'opposé de Fahrenheit 9/11, Michael Moore in Trumpland ne prêche pas aux convertis. Son réalisateur y avoue son intention de convaincre les Trumpistes, les Berniacs et autres électeurs récalcitrants de voter pour Hillary Clinton, dont des photos de jeunesse tapissent le fond de scène. À l'affiche dans quelques salles aux États-Unis et offert partout sur iTunes, le nouveau film aura peut-être un impact électoral plus grand que Fahrenheit 9/11, qui n'en avait eu aucun (dans sa facture et son argumentaire, ce documentaire s'adressait à une frange de l'électorat qui n'aurait jamais voté pour George W. Bush).

Coiffé d'une casquette des 49ers de San Francisco, Moore amorce son one-man-show en tentant d'amadouer les partisans de Trump. Sur un ton facétieux, il les rassure d'abord en expliquant que les musulmans présents dans le théâtre ont été placés sous surveillance et les Mexicains, regroupés au balcon derrière un mur. Il se moque ensuite des progressistes de son genre, les décrivant comme des pusillanimes qui n'ont ni la discipline, ni l'organisation, ni la fermeté des conservateurs. «Les seules fois où nous voyons 5h du matin à l'horloge, c'est quand nous rentrons à la maison après avoir fait la fête toute la nuit», dit-il.

Puis, passant d'un lutrin à un bureau, Moore se met à lire un texte qu'il dit avoir écrit quelques heures plus tôt dans sa chambre d'hôtel. Il y explique que les partisans de Trump dont il a fait la connaissance dans son Michigan natal ne sont pas tous de grands admirateurs du magnat de l'immobilier, et encore moins des racistes. Mais il voit en cet iconoclaste «le cocktail Molotov humain qu'ils attendaient depuis longtemps, la grenade humaine qu'ils peuvent lancer légalement en direction du système qui leur a volé leur vie».

Que se passerait-il après?

Bref, l'élection de Donald Trump pourrait être le plus grand «f... you de l'histoire de l'humanité», dit Moore. Mais que se passerait-il après? Le cinéaste répond à cette question en évoquant les regrets de certains électeurs pro-Brexit après le référendum du 23 juin au Royaume-Uni. Et il fait voir à son auditoire un topo résumant ce qui attendrait les États-Unis après une élection de Trump : expulsions massives de clandestins, bombardements de villes mexicaines le long de la frontière sud, création d'une chaîne de télévision Trump sous la direction de Roger Ailes, ex-manitou de Fox News, entre autres malheurs.

Filmé sur deux jours au début du mois d'octobre, le monologue de Moore ne fait pas référence aux débats présidentiels et aux accusations d'attouchements non désirés qui ont plombé ou annihilé la campagne présidentielle de Trump. Mais il contient une longue défense d'Hillary Clinton et plusieurs allusions au sexisme que les femmes de sa génération ont enduré. Allusions qui ont tiré des larmes à plusieurs spectatrices.

Moore rappelle d'emblée qu'il n'a jamais voté pour les Clinton - ni pour Bill ni pour Hillary. Il reproche notamment à l'ancienne secrétaire d'État son vote autorisant la guerre en Irak et ses accointances avec Wall Street. Mais il revient ensuite sur ses combats du passé, s'arrêtant notamment aux attaques féroces que lui a values sa proposition d'instaurer un système de santé universel en 1994.

Moore croit que Clinton n'a jamais abandonné ses idéaux progressistes et féministes. En fait, il compare la candidate démocrate à Jorge Mario Bergoglio, dont il n'avait pas vu venir la ligne progressiste avant qu'il devienne le pape François.

«J'ai cette idée bizarre ces jours-ci, dit Moore. Et je suis désolé de vous imposer cet optimisme ce soir. Mais si Hillary devenait notre pape François? Mais si elle avait son moment François?»

Des tenants de la gauche ne l'ont pas trouvé drôle, reprochant à Moore son manque d'esprit critique à l'égard de Clinton. Mais le cinéaste se ménage une porte de sortie. Tout en rappelant que Clinton a adopté plusieurs propositions de Sanders, il met au défi les partisans du sénateur du Vermont de s'assurer qu'elle y donne suite si elle accède à la Maison-Blanche. Sinon?

La réponse de Moore a été ovationnée par l'audience: «Si, pour une raison quelconque, elle revient sur sa parole, je suis ici pour annoncer ma candidature en 2020.»

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