En échec en Syrie, Obama joue son va-tout en Irak

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Les quelque 30 000 forces fédérales irakiennes vont pouvoir compter sur la coalition et ses 8000 soldats en Irak, dont plus de 4800 Américains, essentiellement des formateurs.

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Le groupe État islamique

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Nicolas REVISE
Agence France-Presse
Washington

Avec la bataille de Mossoul, dernier fief du groupe État islamique (EI) en Irak, le président Barack Obama, qui quittera le pouvoir dans trois mois, compte sur un succès militaire qui contrebalancerait ses atermoiements stratégiques en Syrie.

Après des mois de préparatifs et avec l'appui de la coalition internationale pilotée par Washington, les forces irakiennes ont lancé lundi une offensive cruciale pour reconquérir la seconde ville d'Irak, dans le nord du pays, tombée aux mains de l'EI en juin 2014.

Au lendemain d'un week-end encore très difficile pour la diplomatie américaine, qui avait réuni en Europe ses alliés arabes et européens pour tenter d'arrêter la guerre en Syrie, le patron du Pentagone Ashton Carter a souligné que la bataille de Mossoul représentait «un moment décisif dans (la) campagne pour infliger à l'EI une défaite durable».

Il faut dire qu'aux yeux des stratèges militaires américains, l'Irak et l'emprise territoriale du groupe ultraradical sunnite ont toujours supplanté la lutte contre l'organisation djihadiste en Syrie.

De fait, les chiffres du Pentagone parlent d'eux-mêmes: en un peu plus de deux ans, les États-Unis et 66 pays de la coalition ont mené 15 634 frappes en Irak et en Syrie, dont les deux tiers (10 129) en Irak.

Et Mossoul est sans conteste la priorité de l'administration Obama.

«Ce ne sera certainement pas une lutte facile», a reconnu lundi le porte-parole du département d'État Mark Toner, «mais nous sommes confiants: des forces irakiennes courageuses, avec l'appui de la coalition internationale, seront victorieuses».

«Califat bidon»

Quelques jours avant le déclenchement des opérations, Brett McGurk, l'émissaire du président américain pour la coalition, soulignait que «Mossoul, c'est bien sûr là où Daech a fait irruption sur la scène internationale, là où (le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi) a proclamé son califat bidon» à l'été 2014 sur des territoires conquis de manière fulgurante par les djihadistes en Irak et en Syrie.

Les quelque 30 000 forces fédérales irakiennes vont pouvoir compter sur la coalition et ses 8000 soldats en Irak, dont plus de 4800 Américains, essentiellement des formateurs. La coalition assurera aussi l'essentiel de l'appui aérien des troupes au sol qui devront se battre contre les 3000 à 4500 djihadistes qui tiennent la ville.

«Récupérer Mossoul représenterait une défaite historique et symbolique pour l'EI» et permettrait à Washington de «proclamer mission accomplie», estime Vali Nasr, un ancien cadre du département d'État, cité dans le New York Times

«Succès catastrophique» 

Mais si la ville est reprise, «l'expérience malheureusement habituelle de l'Amérique dans la région risque de se répéter: un succès catastrophique», avertissaient récemment Ian Meritt et Kenneth Pollack, dans un article de l'institut Brookings, les experts invoquant des risques de «crises humanitaire et politique» une fois Mossoul libérée.

D'ailleurs, la chute de la ville irakienne ne sonnera pas «la fin du califat», concèdent des responsables militaires et diplomates américains, reconnaissant que la «capitale» de l'EI demeure Raqa, en Syrie.

La Syrie symbolise justement les hésitations du président Obama, qui quittera la Maison-Blanche le 20 janvier et dont la stratégie contre le groupe djihadiste est torpillée par le candidat républicain Donald Trump mais critiquée aussi, mezza voce, dans son propre camp démocrate.

Grand sceptique de l'interventionnisme militaire à tout crin, élu pour sortir l'Amérique des guerres au Moyen-Orient, M. Obama, prix Nobel de la paix, a toujours résisté à toute implication armée d'envergure des États-Unis en Syrie.

Sa décision choc ayant été d'avoir fait machine arrière en août 2013 pour frapper le régime de son homologue syrien Bachar al-Assad. Au grand dam des alliés arabes et européens de Washington.

Aujourd'hui, même le secrétaire d'État John Kerry, réputé pourtant plus va-t-en-guerre, a écarté une nouvelle fois toute perspective d'une intervention armée américaine au sol, lors de réunions diplomatiques ce week-end.

Dénonçant la «stratégie» de la Russie qui bombarde sans relâche la ville martyre d'Alep, M. Kerry n'a pu proposer que de nouvelles idées, sans en dévoiler la teneur, afin de tenter d'imposer un énième cessez-le-feu.

Ce qui fait dire à l'expert Anthony Cordesman, du Center for Strategic and International Studies, que «quel que soit le vainqueur de l'élection américaine (...) si la plus cruciale des batailles d'Irak est gagnée (...) Mossoul servira de précédent pour permettre de répondre à la tragédie syrienne».

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