Syrie: l'EI revendique des attentats faisant près de 150 morts

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À Tartous, une cinquantaine de personnes ont péri dans une attaque à la voiture piégée qui a explosé dans une station de bus suivie de deux attentats suicide au même endroit.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

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Rim HADDAD, Maya GEBEILY
Agence France-Presse
Beytouth et Damas

Le régime syrien a été frappé en plein coeur par une série d'attentats revendiqués par le groupe djihadiste État Islamique (EI) qui fait face à une pression croissante en Syrie et en Irak.

Les attaques contre Tartous et Jablé (nord-ouest), deux des fiefs du clan Assad dans la région côtière du pays, ont fait lundi 148 morts et sont inédites.

Ces villes habitées en grande partie par des alaouites, la communauté minoritaire à laquelle appartient le chef de l'État Bachar al-Assad, avaient jusque-là été relativement épargnées par la guerre qui ravage la Syrie depuis cinq ans.

L'une des attaques a été menée par un kamikaze qui a actionné sa ceinture d'explosifs dans l'hôpital où il avait aidé à transporter des personnes blessées par l'explosion d'une voiture piégée juste avant, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Cette série d'attentats sans précédent a été menée alors que l'EI fait face à une pression croissante en Syrie comme en Irak, où les forces gouvernementales ont lancé lundi une offensive pour chasser les djihadistes de la ville de Fallouja, à l'ouest de Bagdad.

L'EI a par ailleurs revendiqué lundi un sanglant double attentat au Yémen, qui a fait au moins 41 morts et visait de jeunes recrues de l'armée à Aden, dans le sud de ce pays en guerre.

«Ville paralysée» 

À Tartous, deux kamikazes se sont fait exploser à l'intérieur de la gare routière et une voiture piégée a ensuite explosé à l'extérieur, selon une source policière.

«C'est la première fois qu'on entend des explosions à Tartous et qu'on voit des morts et des corps démembrés», a témoigné Chadi Osmane, un employé de banque de 42 ans qui s'est rendu sur les lieux.

Un quart d'heure après, des explosions se sont produites simultanément à Jablé, à 60 km au nord, devant la gare routière, la compagnie d'électricité et deux hôpitaux, a indiqué à l'AFP une source policière. La télévision syrienne a montré des carcasses carbonisées d'autobus, du sang, de la fumée et des débris.

L'OSDH a fait état d'un bilan de 148 morts, la quasi-totalité des civils, dont au moins huit enfants. Il y a au moins 78 morts selon l'agence officielle Sana.

Selon l'ONG Human Rights Watch (HRW), ces attentats visant délibérément des civils s'apparentent à des «crimes de guerre».

L'EI affirmé dans un communiqué avoir agi en riposte aux bombardements du régime et de son allié russe et a mis en garde contre de «pires» représailles.

Tartous et Jablé accueillent respectivement la base et l'aéroport militaires du contingent russe soutenant les forces gouvernementales dans le conflit syrien.

Le groupe EI n'a pas une importante présence sur la côte syrienne, contrairement au Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, qui combat le régime dans la province de Lattaquié. Mais l'organisation compte sur ses cellules dormantes pour attaquer ses ennemis.

Dans son communiqué, l'EI évoque la «wilayat al-Sahel» ou «province du littoral».

Le groupe djihadiste semble ainsi montrer qu'il est toujours opérationnel malgré ses défaites tant dans l'ouest de l'Irak que dans l'est de la Syrie.

«Situation fragile» 

Ces attentats «démontrent une nouvelle fois à quel point la situation est fragile en Syrie et qu'il est nécessaire de prendre des mesures énergiques pour relancer le processus de paix», a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dont le pays mène depuis huit mois des frappes contre les adversaires de Bachar al-Assad et a parallèlement imposé fin février avec Washington une trêve sans cesse violée.

Il s'agit des attentats les plus meurtriers en Syrie depuis le 16 avril 1986, lorsque des bombes avaient tué 144 personnes à Tartous et dans des localités avoisinantes. Les autorités avaient accusé les Frères musulmans, affirmant qu'ils avaient agi avec l'appui financier de l'ex-dictateur irakien Saddam Hussein.

Sur le plan diplomatique, les chefs de la diplomatie russe et américaine, Sergueï Lavrov et John Kerry, se sont entretenus lundi par téléphone à propos de la proposition de Moscou de mener des frappes aériennes communes contre les «groupes terroristes» en Syrie, déjà écartée par le Pentagone.

M. Lavrov a également insisté sur «la mise en oeuvre rapide de la promesse de Washington de dissocier les groupes de l'opposition syrienne qu'elle soutient des terroristes d'Al-Nosra, auxquels le cessez-le-feu ne s'applique pas».

Pour sa part, M. Kerry a exhorté son homologue russe à faire pression sur le régime syrien pour qu'il «cesse immédiatement les frappes aériennes contre des forces de l'opposition et des civils innocents à Alep et dans les environs de Damas».

Parallèlement, le département d'État a pressé ses alliés parmi les groupes de rebelles syriens modérés de continuer à respecter cette cessation des hostilités, en principe en vigueur depuis fin février malgré l'offensive des forces armées du président Assad.

Les groupes djihadistes comme l'EI sont exclus de la trêve décrétée fin février afin de favoriser des pourparlers indirects sous l'égide de l'ONU entre régime et rebelles. Ces discussions visent à mettre fin à un conflit complexe qui dure depuis 2011 et a fait plus de 270 000 morts et déplacé des millions de personnes.

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