Avancées de l'EI: «Aucune guerre n'a été gagnée du ciel»

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Selon des analystes, la chute de la ville irakienne de Ramadi était prévisible parce qu'elle se situe dans une province à majorité sunnite où l'EI demeure en position de force.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Le groupe État islamique (EI), qui vient de conquérir la ville de Ramadi, en Irak, et celle de Palmyre, en Syrie, fait preuve de résilience face à la campagne de bombardements menée sous la gouverne des États-Unis.

Les analystes sont unanimes à ce sujet, mais ne s'entendent pas pour voir dans les récentes avancées de l'organisation islamique un désaveu de la stratégie suivie pour la contrer.

Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l'Université d'Ottawa, note qu'il faut «prendre un peu de recul» avant de conclure à un échec de la coalition, dont le Canada fait partie.

L'EI a enregistré des gains non négligeables en prenant le contrôle coup sur coup de deux villes de taille intermédiaire, mais il s'agit de leur première victoire importante depuis le début des bombardements en août dernier, prévient le professeur.

«Il va falloir surveiller de près ce qui se passe jusqu'à la fin de 2015. S'ils remportent d'autres prises de ce type, il va falloir sérieusement envisager un changement de stratégie», relève M. Juneau.

Pour l'heure, les chutes de Ramadi et Palmyre ne constituent pas, selon lui, des événements susceptibles de changer radicalement l'équilibre des forces sur le terrain.

En Syrie, notamment, le régime de Bachar al-Assad n'est pas près de tomber. Et une prise de contrôle complète du pays par l'EI apparaît «impossible» au regard des forces présentes sur le terrain, indique M. Juneau.

Les observateurs ont tendance, poursuit-il, à exagérer l'influence de l'organisation en relevant qu'elle contrôle un territoire «aussi grand que la Grande-Bretagne», puisque de vastes pans du territoire en question sont inhabités.

Alain Rodier, analyste du Centre français de recherche sur le renseignement, basé à Paris, note que l'EI a fait preuve d'habileté pour prendre Ramadi en infiltrant des combattants qui ont soutenu l'assaut de l'intérieur.

La chute de la ville irakienne était cependant prévisible, juge l'analyste, parce qu'elle se situe dans une province à majorité sunnite où l'EI demeure en position de force. La prise de Palmyre est plus étonnante, selon lui, parce que la ville aurait pu facilement être mieux protégée.

«Si [l'EI] remporte d'autres prises de ce type, il va falloir sérieusement envisager un changement de stratégie.»

Thomas Juneau
spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l'Université d'Ottawa

Pas d'impact majeur

Aucun de ces développements ne change fondamentalement la donne sur le terrain, selon M. Rodier, qui prête une efficacité limitée aux bombardements.

Ils ont permis notamment, dit le chercheur, de freiner l'année dernière l'avancée rapide de l'organisation vers Bagdad. Ils ont aussi été utilisés à bon escient, selon M. Rodier, pour reprendre Tikrit, en Irak, et empêcher la chute de Kobané, dans le nord de la Syrie.

La tentative de reprise de Mossoul, deuxième ville en importance de l'Irak, semble cependant «reportée aux calendes grecques» et témoigne des limites de l'approche choisie, relève le chercheur, qui montre du doigt l'armée irakienne pour expliquer les difficultés rencontrées.

Selon lui, les soldats irakiens, en majorité chiites, sont peu motivés à se battre dans les zones sunnites où est implanté l'EI. «Pour que des bombardements soient véritablement efficaces, ils doivent être guidés et exploités du sol», note M. Rodier.

Le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a suscité l'indignation du gouvernement irakien en déclarant dimanche sur la chaîne CNN que les soldats irakiens n'avaient «pas montré la volonté de se battre» à Ramadi.

Le vice-président Joe Biden a cherché à panser les plaies hier en saluant le courage des soldats, mais la question de leur efficacité demeure.

Le «désespoir» américain

Henri Barkey, professeur en relations internationales à l'Université Lehigh, en Pennsylvanie, qui suit de près la situation en Irak, pense que la sortie de M. Carter reflète le «désespoir» du gouvernement américain.

«L'EI est une organisation très polyvalente. Je ne vois pas trop comment il va être possible, dans un avenir rapproché, de les arrêter», relève M. Barkey.

Il espère que les milices chiites auxquelles Bagdad a décidé de recourir pour reprendre du terrain, incluant à Ramadi, éviteront les abus sectaires en cas de victoire de manière à favoriser une union stratégique des forces en présence contre l'organisation extrémiste.

Mokhtar Lamani, diplomate de carrière qui a été basé en Irak et en Syrie, déplore que le gouvernement compte sur des milices qui «peuvent être aussi dangereuses que l'EI».

La communauté internationale, insiste-t-il, doit chercher à réduire les tensions sectaires et favoriser une véritable «réconciliation nationale» en Irak si elle souhaite faire reculer l'extrémisme.

«Aucune guerre n'a été gagnée du ciel», prévient M. Lamani.

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