Syrie: l'EI progresse dans Kobané, Washington presse Ankara d'agir

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Des curieux se massent le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie pour observer les frappes aériennes sur Kobané.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Fulya OZERKAN, Rita DAOU
Agence France-Presse
MURSITPINAR et BEYROUTH

Les jihadistes de l'État islamique (EI) avançaient jeudi dans Kobané après avoir pris le contrôle d'un tiers de cette ville kurde du nord de la Syrie, malgré une intensification des frappes de la coalition internationale.

Après avoir admis que les frappes ne suffisaient pas pour sauver Kobané, les États-Unis ont pressé la Turquie, qui refuse d'envoyer des troupes en Syrie, de s'impliquer davantage dans la lutte contre l'EI qui menace sa frontière.

Dans l'immédiat, les combattants kurdes qui défendent la ville stratégique de Kobané, tout près de la frontière turque, savent désormais qu'ils ne devront compter que sur leurs propres forces.

«Malgré une résistance acharnée des forces kurdes, l'EI a avancé vers le centre et s'est rendu maître de plus d'un tiers de Kobané», a dit à l'AFP le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

«Les jihadistes se sont emparés de l'immeuble des Assayech (forces de sécurité kurdes) dans le nord-est de la ville» et se rapprochent du «carré de sécurité», secteur abritant le commandement des Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice kurde, selon l'ONG.

En soirée, les combats de rue se poursuivaient aux abords sud, est et ouest de la ville où les jihadistes ont réussi à entrer lundi, a ajouté l'OSDH en faisant état d'une nouvelle frappe de la coalition dirigée par les États-Unis sur des positions de l'EI dans l'est de Kobané.

Le rapport de force est cependant défavorable aux Kurdes, l'EI possédant véhicules blindés et armes sophistiquées.

L'EI change de tactique

Du côté turc de la frontière, une journaliste de l'AFP a vu quatre frappes dans la région de Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe). D'épaisses fumées étaient visibles au-dessus de la ville et de violents échanges de tirs audibles.

L'armée américaine a annoncé avoir mené jeudi quatorze frappes aériennes contre des positions de l'EI près de Kobané, qui continue d'être, selon elle, en grande partie sous contrôle des YPG.

Néanmoins, le Pentagone a reconnu que «les frappes à elles seules ne vont pas sauver» la ville, soulignant la nécessité d'avoir des troupes «compétentes» sur le terrain.

Les jihadistes ont changé de tactique pour s'adapter aux frappes lancées le 23 septembre en Syrie par les États-Unis et leurs alliés arabes, selon le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey. «Ils ne se déplacent plus dans de longs convois (...) Ils n'établissent pas de QG qui sont visibles».

S'ils réussissaient à conquérir Kobané, les jihadistes s'assureraient la maîtrise sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

Depuis le début de l'offensive jihadiste le 16 septembre, près de 500 personnes en majorité des combattants ont péri selon l'OSDH, et quelque 70 villages sont tombés aux mains de l'EI. En outre 300 000 habitants de la région ont pris la fuite, dont plus de 200 000 en Turquie.

Profitant de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans, le puissant groupe ultra-radical, fort de dizaines de milliers d'hommes et responsable d'atrocités, a réussi à s'emparer de larges pans de territoires dans le nord et l'est du pays.

Il contrôle en outre de grandes zones dans l'Irak voisin, où il a lancé une offensive fulgurante il y a quatre mois, entraînant des raids aériens des États-Unis et de leurs alliés occidentaux depuis le 8 août.



«Mesures urgentes et rapides»

La bataille de Kobané, devenue le symbole de la résistance à l'EI, a suscité des violences depuis lundi en Turquie notamment dans les provinces à majorité kurde, faisant plus de 20 morts, après le refus d'Ankara d'intervenir en Syrie. Le président Recep Tayyip Erdogan a promis de réprimer les fauteurs de troubles.

Malgré le feu vert du Parlement turc pour une opération militaire contre l'EI, le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a jugé «non réaliste» que son pays envoie seul des troupes combattre les jihadistes.

Les États-Unis ont exprimé leur frustration devant les réticences de la Turquie. «Des mesures urgentes et rapides sont nécessaires pour stopper les capacités militaires de l'EI et le général John Allen» qui coordonne la coalition, va «le dire clairement» aux responsables turcs, a dit le département d'État.

Une équipe militaire américaine se rendra à Ankara la semaine prochaine pour des discussions avec des responsables militaires de la Turquie.

Ankara a fait de la création d'une zone tampon, visant à protéger les secteurs tenus par la rébellion modérée contre le régime syrien et les populations fuyant la guerre, une condition de sa participation aux opérations antijihadistes.

Mais cette proposition, soutenue par la France, ne suscite guère l'enthousiasme de la Maison-Blanche et de l'OTAN. Et pour Moscou, toute création d'une «zone tampon» nécessite un feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU.

Ailleurs en Syrie, au moins 25 personnes, dont quatre enfants, ont été tuées dans des raids aériens de l'armée sur une localité contrôlée par les rebelles syriens près de Damas, selon l'OSDH.

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