Condamné à perpétuité?

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(Miami) Au fil des ans, les autorités de la Floride ont multiplié les lois ciblant les délinquants sexuels, qui délimitent aujourd'hui où ils peuvent dormir, travailler, voire marcher. Leur réintégration en société est rendue encore plus compliquée, et parfois impossible, par leur identification dans un registre public. Une pratique controversée qui inspire les autorités fédérales canadiennes.

Au début des années 2000, Rex* mène grand train. Il est loin de se douter que son destin va bientôt basculer.

L'avocat de formation s'occupe de courtage et engrange des sommes considérables qui lui permettent d'offrir à sa conjointe et ses deux filles une existence plus que confortable dans la région de Miami.

Lorsque les policiers débarquent chez lui en 2004, le Floridien, aujourd'hui âgé de 42 ans, ne devine pas de quoi il est question.

«J'étais au travail et ma femme m'a appelé pour me dire que des policiers étaient à la porte. Je lui ai demandé ce qu'ils voulaient. En premier, je me suis dit que ça devait être lié à mes activités commerciales», relate-t-il.

Lorsqu'elle l'informe que les agents s'intéressent à son ordinateur et parlent de pornographie infantile, la panique s'installe.

À l'époque, Rex consomme frénétiquement, en secret, des images pornographiques. « Je regardais des photos avec des animaux et toutes sortes de trucs stupides », dit-il.

L'ex-avocat dit avoir téléchargé à une occasion des photos mettant en scène des enfants dont il s'est rapidement désintéressé. Sans prendre la mesure du risque qu'il prenait.

«Je ne pensais pas que quelqu'un pouvait voir ce que je faisais...», relate-t-il.

«Je n'ai jamais vendu de matériel pornographique, jamais violé personne, mais c'est vrai que j'ai téléchargé ces photos.»

Rex*

Lorsque les autorités portent des accusations contre lui neuf mois plus tard, il plaide coupable. Avant que l'affaire ne soit rendue publique, il renonce à son titre d'avocat et à ses permis de courtage.

Il passe trois ans en prison et écope de dix ans de probation. Sa femme, qui le soutenait initialement, obtient le divorce peu avant sa mise en liberté.

« C'était horrible. J'ai perdu ma femme et ma famille et je ne savais pas où j'allais vivre », relate-t-il.

Sa tâche de trouver un logement est grandement compliquée par le fait que plusieurs municipalités floridiennes empêchent les délinquants sexuels libérés de s'établir à proximité de tout parc, école, service de garde ou arrêt d'autobus pour les éloigner des lieux fréquentés par les enfants.

Restrictions Augmentées

La Floride impose une limite minimale de 1000 pieds qui a été augmentée à 2500 pieds par des élus locaux à plusieurs endroits, forçant nombre de délinquants relâchés à s'exiler hors des milieux urbains.

Incapable de s'établir dans la ville où se situait son ancienne maison familiale, Rex trouve finalement refuge chez un ami dans le nord de Miami. Il y restera cinq ans avant que son colocataire ne lui demande de partir parce qu'il veut vivre seul.

L'initiative d'un conseiller municipal de Miami, qui a fait construire un petit parc pour enfants non loin de là pour empêcher l'établissement de délinquants sexuels, oblige ultimement Rex à partir.

Le conseiller en question, Marc Sarnoff, se défend d'avoir voulu chasser les délinquants en créant ce parc, qui rendait les restrictions résidentielles applicables au secteur.

« Tu ne peux pas avoir des gens qui vivent sur le trottoir, ce n'est pas la bonne chose à faire, ni pour la communauté ni pour les gens concernés », explique le politicien, qui se présente même comme un des rares élus disposés à traiter publiquement de ce délicat enjeu.

Son discours ne convainc guère Rex, qui n'a pas digéré l'impact de la création du petit parc sur sa propre existence. Il estime que M. Sarnoff se montre hypocrite en se posant en défenseur des délinquants.

Grâce à l'argent obtenu d'une entreprise qu'il avait vendue avant ses démêlés avec la justice, l'ancien avocat a finalement réussi à acquérir une maison dans une agglomération située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Miami.

La plupart des délinquants sexuels n'ont pas ses ressources. S'ils réussissent à trouver un logement conforme aux restrictions résidentielles, le propriétaire refuse généralement de le leur louer en raison de leurs antécédents criminels. À Miami, ceux qui ne parviennent pas à trouver un appartement acceptable se voient assignés à un parc industriel du nord de la ville pour leur probation.

«Humiliation et Embarras»

Rex, qui se considère comme chanceux d'avoir évité une telle déchéance, gagne aujourd'hui sa vie correctement en orchestrant des campagnes de marketing en ligne pour diverses entreprises à partir de son domicile. Il dit avoir de bonnes relations avec ses filles même si ses conditions de probation l'empêchent de les voir comme il le voudrait.

«Je ne sais pas ce que mes voisins savent ou ne savent pas », relate l'ancien avocat, qui voit sa présence dans le registre comme une source permanente « d'humiliation et d'embarras ».

Il n'est pas rare, encore aujourd'hui, que des clients potentiels conquis par ses propositions se désistent après avoir constaté qu'il est fiché.

«J'ai fait une erreur, mais je ne mérite pas d'être condamné à perpétuité», souligne Rex, qui en veut à la classe politique de multiplier les mesures à l'encontre des délinquants sexuels.

«Ça les fait élire, mais ils ne donnent pas les faits à la population», conclut-il.

* Nom fictif




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