Neuf morts dans un assaut de l'EI contre un hôtel de Tripoli

L'hôtel, connu pour accueillir des diplomates et des... (Photo: Reuters)

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L'hôtel, connu pour accueillir des diplomates et des responsables, avait un temps abrité les sièges de plusieurs missions diplomatiques et celui du gouvernement libyen.

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Ibrahim HADEIA
Agence France-Presse
Tripoli

Neuf personnes dont cinq étrangers ont été tuées mardi dans une attaque de plusieurs heures revendiquée par le groupe État islamique contre un hôtel du centre de Tripoli, nouvel exemple du chaos régnant en Libye.

Les cinq étrangers, tués par balles lors de l'assaut contre l'hôtel Corinthia, étaient «un Américain, un Français, deux femmes de nationalité philippine et un Sud-Coréen», a affirmé le porte-parole des opérations de sécurité à Tripoli, Issam Al-Naass.

L'Américain, prénommé David Berry, travaillait pour la société de sécurité américaine Crucible, a confirmé à l'AFP cette dernière, tandis que le Français était pilote d'une compagnie aérienne géorgienne travaillant pour le compte d'une entreprise libyenne. Le Sud-Coréen était un assistant du pilote et les deux Philippines des hôtesses, a-t-il détaillé.

La capitale libyenne est contrôlée par Fajr Libya, une puissante coalition de milices notamment islamistes, qui a installé un gouvernement parallèle à Tripoli après en avoir chassé le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Ce dernier, qui siège à Al-Baida dans l'est du pays, a condamné «l'attaque terroriste revendiquée par des takfiris (extrémistes sunnites)».

Il a estimé dans un communiqué que «les milices qui régnaient sur Tripoli étaient responsables de l'état d'anarchie et de l'absence de sécurité».

L'assaut a commencé le matin par l'explosion d'une voiture piégée devant l'établissement, où trois hommes armés ont ensuite pénétré avant d'être pourchassés par les forces de sécurité relevant du gouvernement pro-Fajr Libya, qui ont également assiégé le Corinthia.

L'attaque s'est achevée en milieu d'après-midi avec la mort des trois assaillants, qui ont fait exploser leurs ceintures alors qu'ils étaient «encerclés» au 24e étage, selon Issam Al-Naass.

Une sixième personne «prise en otage» par les assaillants et dont la nationalité n'était pas connue a péri lorsque les hommes armés se sont fait exploser, a-t-il précisé.

Trois membres des services de sécurité ont également été tués, et cinq personnes blessées.

Le 24e étage de l'hôtel est normalement réservé à la mission diplomatique du Qatar mais aucun diplomate ne s'y trouvait au moment de l'attaque, selon une source de sécurité.

Un coup aux efforts de paix 

Le chef du gouvernement autoproclamé en Libye, Omar al-Hassi, se trouvait à l'intérieur de l'hôtel au moment de l'assaut mais il a été évacué sain et sauf, selon M. Naass.

Dans un communiqué, le gouvernement parallèle a affirmé que «les auteurs de l'attaque voulaient tuer Omar al-Hassi». Ils ont imputé cette tentative d'attentat au «criminel de guerre Khalifa Haftar», un général controversé qui a lancé ces derniers mois une opération pour reprendre Benghazi aux groupes armés islamistes contrôlant la ville.

La branche libyenne du groupe ddjihadiste EI, qui sévit notamment en Irak et en Syrie, a affirmé dans un message sur Twitter que ses membres avaient pris d'assaut l'hôtel, selon le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE.

L'EI a ensuite diffusé la photo d'un des auteurs de l'attaque présenté comme «Abou Ibrahim al-Tounsi (le Tunisien, ndlr), le premier kamikaze à avoir lancé l'attaque contre l'hôtel Corinthia».

Le ministère français des Affaires étrangères a condamné l'attaque et confirmé la mort d'un de ses ressortissant, affirmant que «les responsables de cet acte odieux devront répondre de leurs actes».

La représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a déploré une attaque qui porte «un coup aux efforts destinés à rétablir la paix et la stabilité dans le pays», en allusion aux négociations en cours à Genève.

Dans une déclaration unanime, les quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont dénoncé une attaque «abominable».

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi au terme de huit mois de révolte en 2011, les autorités de transition n'ont pas réussi à imposer leur pouvoir sur les nombreuses milices formés d'ex-rebelles.

Le gouvernement et le Parlement reconnus par la communauté internationale, chassés de Tripoli, siègent dans l'est de la Libye. Les milices rivales pro et antigouvernementales continuent à se disputer les territoires et la manne pétrolière au prix de combats meurtriers.

Malgré la trêve annoncée par les milices en vertu d'un accord conclu à Genève en janvier, les combats meurtriers ont continué notamment à Benghazi où le général Haftar, soutenu par les forces gouvernementales, tente de reprendre la ville. Les violences ont fait 22 morts et 68 blessés à Benghazi en 24 heures, a affirmé lundi soir une source de sécurité.

Lundi également, Fajr Libya a tiré trois missiles sur des réservoirs du terminal pétrolier d'Al-Sedra, dans le «croissant pétrolier», une région dont elle cherche à s'emparer.

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