Un luxueux centre commercial attise la grogne des partisans d'Assad

L'inauguration à Tartous d'un centre commercial d'une valeur... (PHOTO AFP/STR)

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L'inauguration à Tartous d'un centre commercial d'une valeur de 50 millions de dollars a indigné bon nombre de partisans d'Assad.

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Les manifestations pour un changement de régime en Syrie donnent lieu à de violentes répressions. Lisez notre dossier sur le sujet. »

Rita DAOU
Agence France-Presse
BEYROUTH, Liban

L'inauguration sur la côte syrienne d'un grand centre commercial et de projets touristiques pour des millions de dollars exaspère des partisans de Bachar al-Assad qui les jugent indécents alors que le pays est dévasté par la guerre.

Ces critiques expriment une amertume de plus en plus palpable dans les milieux prorégime, notamment après des pertes considérables parmi les militaires et le drame provoqué par la mort d'une cinquantaine d'enfants dans de récents attentats à Homs (centre).

Elles se sont cristallisées autour de la récente annonce par le gouvernement de l'inauguration à Tartous d'un centre commercial d'une valeur de 50 millions de dollars comprenant «sept restaurants, une salle de jeux pour enfants et des magasins». S'y ajoute la promotion faite autour d'autres «projets touristiques» dans cette ville, fief du régime dans l'ouest du pays.

Mais dans ce pays où la guerre a fait plus de 180 000 morts, jeté sur les routes plus de neuf millions de Syriens et détruit les infrastructures, de tels projets luxueux suscitent le courroux jusque dans les milieux prorégimes.

«Le chef du gouvernement (...) a inauguré un mall à Tartous. 60 % de la population de Tartous ne peut pas permettre de faire ses achats là-bas», s'indigne-t-on sur des pages partisanes sur Facebook.



«Violente réaction»

L'indignation est ressentie surtout chez ceux qui affichent une loyauté inconditionnelle à l'armée qui combat les rebelles depuis plus de trois ans.

«Dix milliards de livres syriennes dépensées pour un mall alors que le soldat blessé paie de sa poche ses opérations chirurgicales et ne mange qu'une pomme de terre et du pain», s'offusque sur Twitter une partisane qui se surnomme «la Lionne» en référence au nom d'Assad, qui signifie «lion» en arabe.

À Tartous, une employée du secteur touristique interrogée par l'AFP juge que de tels projets «font fi des sentiments des familles des nombreux soldats originaires de cette province qui meurent» au combat.

Les provinces côtières de Tartous et de Lattaquié, relativement épargnées par le conflit, sont des fiefs du régime de Bachar al-Assad et de la communauté alaouite dont il est issu. Le plus grand nombre de soldats morts dans le conflit sont originaires de Tartous alors que le littoral est considéré comme le «réservoir humain» de l'armée et des milices prorégime.

Une page sur Facebook intitulée «La province oubliée de Tartous» ironise: «Oui messieurs, le mall a été inauguré et les familles des martyrs peuvent y prendre des photos (...) et les blessés peuvent profiter des soldes sur les prothèses. Vive la patrie!»

«Il y a une violente réaction de la part des prorégimes sur les réseaux sociaux», souligne Syria Report, un site en ligne spécialisé dans l'économie syrienne. «Bien qu'il s'agisse d'un projet privé à Tartous, tout le monde sait que de telles opérations ne sont pas faisables sans le soutien des autorités», précise-t-il.

Les responsables critiqués

Selon Jihad Yazigi, directeur de Syria Report, «le régime tente de montrer à travers ces projets que "tout va bien", que la situation est sous contrôle. C'est sa politique depuis trois ans et demi».

Les autorités ont même organisé une «journée mondiale du tourisme» à Tartous, mais des témoins ont affirmé à l'AFP que peu de personnes y avaient participé.

Les déplacés des provinces voisines d'Alep (nord) et d'Idleb (nord-ouest) ont afflué vers cette région calme et occupent les chambres d'hôtels depuis une longue période en dépensant leur argent.

«Cela a permis une légère croissance économique et poussé les investisseurs à se lancer dans de nouveaux projets en raison de l'augmentation de la population», selon M. Yazigi.

Mais cette dernière veut surtout l'arrêt de l'effusion de sang. Selon M. Yazigi, «l'état d'esprit des partisans d'Assad a changé» et ils sont devenus plus critiques après la chute de bases de l'armée aux mains des djihadistes de l'État islamique (EI) cet été dans le nord du pays.

Des centaines de militaires avaient péri, certains décapités, et leurs photos diffusés par les extrémistes lors de la prise notamment de l'aéroport de Tabqa, dans la province septentrionale de Raqa, provoquant une onde de choc chez les partisans du régime. De jeunes alaouites ont même été arrêtés pour avoir osé critiquer le ministère de la Défense après cette déroute.

«Les gens ne critiquent pas Bachar al-Assad soit parce qu'ils ont peur, soit parce qu'il reste pour eux la seule référence. Ils s'en prennent donc aux responsables», dit M. Yazigi.

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