Le premier policier arrivé au Bataclan raconte

Des policiers d'une unité d'élite de la police... (photo Kamil Zihnioglu, archives AP)

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Des policiers d'une unité d'élite de la police française arrivent devant le Bataclan après le bain de sang qui s'est déroulé à l'intérieur de la salle de concert parisienne, le soir du 13 novembre.

photo Kamil Zihnioglu, archives AP

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Attaques à Paris
Attaques à Paris

Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

Agence France-Presse
PARIS

« Pour nous, tout le monde était mort ». Devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015, le commissaire de police intervenu le premier dans la salle de concert parisienne du Bataclan le 13 novembre raconte comment il a abattu l'un des djihadistes.

La retranscription de son audition, à huis clos et sous couvert d'anonymat, a été publiée mardi. En voici les principaux extraits : « Mon attention s'est immédiatement portée sur les personnes décédées, au sol, devant nous. Je me rappelle en avoir vu deux : un homme devant le Bataclan Café et une femme devant l'entrée. Nous (avec son chauffeur, NDLR) avons été marqués parce qu'une personne filmait avec un téléphone portable. Nous lui avons dit de dégager. Nous entendions des tirs.

Nous nous sommes regardés, je crois avoir dit : "Il faut qu'on y aille". Je ne suis même pas certain qu'il (le chauffeur) m'ait répondu : il m'a regardé et cela m'a suffi pour comprendre que nous étions sur la même longueur d'onde et que dès lors, nous ne faisions plus qu'un.

Dès que nous avons commencé à progresser, les portes battantes en bois du Bataclan se sont ouvertes vers nous, et entre 15 et 30 personnes ont fui en courant dans notre direction et en hurlant.

Il devait être 21 h 54.

À partir du moment où nous avons commencé à progresser dans le couloir, les tirs ont cessé, et quand nous sommes rentrés, il n'y en avait plus aucun, c'était le silence.

Là, la vision était indescriptible - vous pouvez l'imaginer. Des centaines de corps - pour nous, tout le monde était mort - étaient enchevêtrés les uns sur les autres : devant le bar, dans la fosse, parfois même entassés sur plus d'un mètre de hauteur.

Personne ne bougeait, il n'y avait pas de gémissements, pas de bruit, il régnait un silence glacial.

L'un des terroristes, que nous avons identifié ultérieurement comme Samy Amimour (...) est apparu sur la scène. Il était face à nous et tenait à la main son fusil d'assaut en menaçant un jeune homme à quelques mètres de lui.

J'ai tiré quatre fois, et mon équipier deux fois.

L'individu a poussé un râle, s'est affaissé et est tombé au sol.

Nous étions environ à 25 mètres.

Dans les quelques secondes qui ont suivi, une explosion s'est produite, mais elle était très en hauteur. Nous n'avons donc pas compris immédiatement que c'était lui qui avait explosé.

Il y a donc eu des tirs, et nous nous sommes protégés.

Nous étions certains de ne pas ressortir vivants de cet enfer-là.

Après, il y a eu une accalmie.

Nous n'étions que tous les deux, nous n'avions pas d'armes longues, nous ne savions pas où étaient les terroristes. J'ai donc décidé de ressortir pour voir si des renforts étaient arrivés.

Puis les coups de feu ont repris à l'intérieur. Et cette fois, c'était vraiment du coup par coup. Nous comprenons donc qu'ils sont en train d'exécuter des gens. Humainement (...), on ne pouvait pas rester à l'extérieur.

Nous sommes donc tous retournés à l'intérieur (il y a désormais une dizaine de policiers, NDLR). Il y a encore eu des tirs dans notre direction, sans que l'on puisse réellement savoir d'où ils provenaient. J'ai riposté deux fois.

Puis les tirs ont cessé, ça s'est calmé.

Les gens ne bougeaient toujours pas devant nous ; on sentait bien que même les vivants faisaient semblant d'être morts.

Au bout d'un moment, il n'y a plus eu de mouvements ni de tirs. J'ai décidé d'aller chercher les victimes qui étaient dans la fosse à quelques mètres de nous. Les gens ont commencé à bouger et à se manifester.

Nous avons commencé à mettre en place une noria d'évacuation, avec toutes les difficultés présentes : le sol était extrêmement glissant, car il y avait du sang et des douilles partout. Nous étions obligés d'enjamber ou de déplacer des personnes décédées. Il y avait également des personnes dont nous savions très bien qu'elles étaient blessées sérieusement, mais qu'il fallait que l'on extraie quand même, sans pouvoir utiliser les gestes de secours habituels pour le transport des victimes. »

Les attentats du 13 novembre 2015 ont fait officiellement 130 morts et 413 blessés, dont 90 tués et plusieurs centaines de blessés dans l'attaque du Bataclan.

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