Mohamed Abrini, l'autre fugitif des attentats de Paris

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Sur une photo diffusée par la police belge, Abrini, 30 ans, collier de barbe bien taillé, pull sombre et jogging, rentre dans une voiture noire, côté conducteur, des en-cas à la main. «1m75», «corpulence athlétique», précisent les enquêteurs.

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Notre dossier spécial sur les attentats du 13 novembre à Paris. »

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Juliette MONTESSE
Agence France-Presse
MOLENBEEK, Belgique

Il est le deuxième homme, l'autre fugitif recherché par toutes les polices : Mohamed Abrini, aperçu peu avant les attentats de Paris avec le suspect-clé Salah Abdeslam, son ami lui aussi traqué, est un petit délinquant de Molenbeek soupçonné d'avoir séjourné en Syrie.

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Mohamed Abrini

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Sur une photo diffusée par la police belge, Abrini, 30 ans, collier de barbe bien taillé, pull sombre et jogging, rentre dans une voiture noire, côté conducteur, des en-cas à la main. «1m75», «corpulence athlétique», précisent les enquêteurs.

Yeux bruns, visage fin. «Dangereux et probablement armé».

La photo date du 11 novembre, en début de soirée : le Belgo-Marocain originaire de Molenbeek, cette commune populaire de Bruxelles où vivaient plusieurs djihadistes, s'est arrêté dans une station-service de Ressons (Oise, au nord de Paris).

Sa voiture? Une Clio qui servira deux jours plus tard à commettre les attentats à Paris. Son compagnon de route n'est autre que le Français Salah Abdeslam, originaire de Molenbeek, frère de l'un des kamikazes de Paris, et pourchassé pour avoir notamment loué deux véhicules et deux planques pour les commandos.

Quelques heures plus tard, le 12 novembre vers 3 h du matin, les deux hommes sont vus à Bruxelles. Et ensuite? La famille d'Abrini jure qu'il était à Molenbeek le soir du 13, à l'heure des attentats.

A-t-il pu jouer un rôle logistique dans les attaques? Les enquêteurs cherchent à le déterminer. Une hypothèse envisagée est qu'il soit l'artificier et le fabricant des ceintures explosives. Mais, selon une source proche du dossier, aucun élément matériel ne permet pour l'instant de l'affirmer.

Dans la maison familiale de Molenbeek, sa mère, petite femme voilée, voix douce, dit ne plus avoir de nouvelles depuis le vendredi 13. Elle tente une explication : «Peut-être que Salah lui avait prêté la voiture pour aller faire un tour? Mohamed n'a rien à voir avec ça! C'est pas parce que c'est des copains!»

Des amis de longue date : la famille Abdeslam habite à deux pas, sur la place communale de Molenbeek. Salah et Mohamed «étaient copains depuis l'adolescence, mais ils n'ont pas fait l'école ensemble».

«Vacances» en Turquie

Né le 27 décembre 1984, Abrini grandit entouré de trois frères et deux soeurs, puis abandonne à 18 ans ses études de soudeur, explique sa famille. Associé dans un casse-croûte d'une rue voisine, il a quitté l'établissement il y a quelques mois, avant qu'il ne fasse faillite.

Surtout, il effectue ces dernières années plusieurs séjours en prison, raconte son frère. «Des vols avec effraction, des vols avec violence», selon le parquet fédéral.

Le reste du temps, il vit chez ses parents, assurent ses proches. Il devait bientôt quitter le nid familial et épouser sa fiancée en février.

«Un garçon ouvert, tranquille, pas renfermé», témoigne son frère. Pas d'alcool, plus ou moins assidu à l'observance du Coran, au gré de l'humeur du moment.

Abrini, cette année, est parti en Turquie. «Une dizaine de jours, à Istanbul, pour se détendre» après la prison, se souvient sa mère. «Entre fin juin et début juillet», précise le parquet fédéral : «Nous supposons qu'il est parti en Syrie.»

Dès juin 2015, il figurait déjà sur une liste de «radicalisés» transmise par les renseignements belges à la commune de Molenbeek, dans la catégorie «présumé (parti) en Syrie et présumé de retour».

Sur la base de cette liste, la commune a diligenté une enquête de police qui a établi, en octobre, qu'Abrini ne vivait plus au domicile familial. Elle vient de le radier de ses listes, le privant des aides sociales.

«Il n'a jamais parlé» de partir en Syrie ou de l'État islamique (EI), défend sa mère. Mais l'un de ses petits frères, Souleymane, 20 ans, est mort «il y a 15 mois» en Syrie, où il était parti sans prévenir rejoindre les rangs de l'organisation djihadiste. Quand il l'a appris, «Mohamed est tombé en pleurs».

«Mohamed est compréhensif, serviable. Ils disent : il est dangereux, il est armé. Ça me rend malade», soupire sa mère. «Il a peut-être peur de rentrer?»

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