Quand la survie passe par le téléphone cellulaire

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En arrivant dans un nouveau pays, le premier geste des migrants consiste souvent à s'acheter une carte SIM, principalement pour une question de sécurité.

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Crise migratoire

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Crise migratoire

L'Europe fait face à une crise migratoire sans précédent, alors que depuis le début de l'année plus de 350 000 personnes ont tenté de traverser la Méditerranée pour trouver refuge dans l'«Eldorado européen», plusieurs y laissant leur vie. Un nombre de réfugiés poussé à la hausse notamment par la guerre syrienne et l'établissement du «califat» du groupe armé État islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie. Mais cette crise n'est pas exclusive à l'Europe, l'Asie du Sud-Est aux prises avec un trafic de migrants aussi tentaculaire que meurtrier connaît également cette triste réalité. »

Des voix se sont élevées au cours des dernières semaines après la publication de photos montrant des migrants avec des téléphones cellulaires. Comme si la possession d'un téléphone signifiait que ces gens n'avaient pas besoin d'aide. Or c'est tout le contraire. Ces téléphones peuvent leur sauver la vie.

Après l'eau, la nourriture et un endroit pour dormir, quelle est la chose la plus importante dans la vie d'une personne qui a tout quitté pour une contrée étrangère ?

Un téléphone cellulaire.

Véritable outil de survie pour les migrants et les réfugiés, le téléphone est, avec leur passeport, leur trésor le plus cher. « Si vous aviez à quitter votre demeure de manière précipitée, qu'apporteriez-vous?, demande Élisabeth Vallet, professeure associée au département de géographie de l'Université du Québec à Montréal. Vous apporteriez vos papiers importants et votre téléphone. »

« Les Syriens qui ont quitté leur pays dernièrement sont issus de la classe moyenne, ils ont un peu d'argent et sont éduqués. C'est une société très proche de la nôtre, et comme nous, ils ont presque tous des téléphones », ajoute Élisabeth Vallet, qui est aussi chercheuse en résidence à l'Observatoire des États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand.

La professeure note que l'utilisation du cellulaire est très répandue au Moyen-Orient depuis la fin des années 2000. « La révolution iranienne en 2009 et le Printemps arabe en 2011 ont contribué à l'essor du téléphone dans cette région, rappelle-t-elle. Et contrairement au Canada, où le coût des téléphones est prohibitif, on peut trouver là-bas un appareil de deuxième génération pour une trentaine de dollars. »

De l'eau, du riz et... une carte SIM

En arrivant dans un nouveau pays, le premier geste des migrants consiste souvent à s'acheter une carte SIM. Cela leur permet de se brancher au réseau pour communiquer avec leur famille et leurs amis grâce à des applications comme Messenger, WhatsApp ou Viber.

« En plus de communiquer et de donner des nouvelles à leurs proches, le cellulaire leur permet aussi d'assurer leur protection, précise Élisabeth Vallet. Ils peuvent échanger avec d'autres de l'information sur les endroits qui sont moins sécuritaires, vérifier des rumeurs, profiter de l'expérience de ceux qui sont passés avant eux, etc. Ils peuvent également trouver des chemins secondaires grâce à Google Maps ou traduire des mots inconnus avec Google Translate. »

Le téléphone permet aussi de retrouver une certaine « normalité » dans les conditions de vie des migrants en leur permettant d'échanger, de prendre des égoportraits ou de consulter des pages Facebook comme celle du poète syrien en exil Lukman Derky. Rebaptisé « la voix des Syriens à la recherche d'un asile » par ses compatriotes, Derky affiche sur sa page, suivie par près de 60 000 personnes, des informations cruciales comme des appels à l'aide, des offres d'hébergement ou encore la mise à jour de certaines traversées.

Les passeurs ont bien compris l'importance des réseaux sociaux et affichent désormais leurs offres sur Facebook. Les revendeurs de cartes SIM, eux, se postent aux points d'arrivée des migrants - le port d'Athènes par exemple - où ils attendent les passagers pour leur vendre une carte SIM dix ou vingt fois plus cher.

« Aujourd'hui, les cartes SIM font partie des choses que les organismes non gouvernementaux distribuent aux migrants, note Élisabeth Vallet de l'UQAM. Les batteries solaires et les points WiFi sont devenus aussi importants que la nourriture sous vide. »

L'importance du téléphone cellulaire n'est pas propre à la crise des migrants qui frappe l'Europe ces jours-ci. Depuis 2012, le téléphone est au coeur des opérations d'aide aux réfugiés sur le terrain. Un exemple : en Jordanie, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a lancé il y a trois ans un programme de cartes SIM sans date d'expiration destinées précisément aux réfugiés du camp de Za'atari. Les cartes contenaient des informations importantes ainsi qu'une liste de contacts avec lesquels les réfugiés pouvaient communiquer. Depuis, le camp a aussi créé une page Facebook et un compte Twitter, @ZaatariCamp.

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