Vers la fin de l'Iran tel qu'on le connaît

Des opposants au régime frappent des policiers  lors... (Photo Reuters)

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Des opposants au régime frappent des policiers  lors des manifestations de dimanche.

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Le mouvement d'opposition en Iran ne désarme pas. Au contraire. Le pays a connu, dimanche, les manifestations les plus importantes et les plus violentes depuis celles de juin dernier, tenues à la suite de la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad. Quel avenir pour le régime des mollahs? La Presse a interrogé le spécialiste Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada à Kingston. Selon lui, 2010 s'annonce comme une année de changements radicaux pour l'Iran.

Q: L'opposition en Iran ose encore défier les autorités même si elles répriment de plus en plus sévèrement la contestation. Pourquoi?

 

R: Il y a maintenant un sens très profond de désillusion à l'égard de l'État en Iran. La révolution de 1979 qui a donné naissance à la République islamique était une révolution populaire qui devait créer un nouvel espace de liberté, d'indépendance et de prospérité pour la population iranienne.

Or, selon les manifestants, voire selon une majorité d'Iraniens, cette révolution a été trahie. Et des gens qui ne devraient pas être au pouvoir s'y trouvent actuellement.

Il y a aussi un sentiment de profonde injustice qui s'est installé depuis quelques années, mais en particulier depuis l'élection présidentielle du 12 juin 2009. Dans le passé, le guide suprême de l'État était vu, avec un certain respect, comme un arbitre du jeu politique. Mais dans le contexte de cette élection, le guide (l'ayatollah Ali Khamenei) est devenu un acteur du côté de ceux qui ont été accusés d'avoir volé le vote de la majorité. Ce sentiment d'injustice a créé une rupture entre le guide et la population.

Q: Dimanche, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes d'Iran. Pas seulement dans la capitale, Téhéran. Quelle conclusion faut-il en tirer quant à la vigueur et à l'ampleur du mouvement d'opposition?

R: Même si on ne dispose pas de sondages, on peut voir qu'il est très vigoureux. Deux ou trois jours après l'élection du mois de juin, même si les rassemblements avaient été interdits, il y a eu, selon le maire de Téhéran, au moins 3 millions de manifestants dans les rues de la ville. (...) Depuis, on constate qu'il y a de plus en plus de gens qui perdent leurs illusions face au pouvoir. Même parmi ceux qu'on peut qualifier de membres de la famille conservatrice, beaucoup se posent des questions à la fois sur le résultat de l'élection présidentielle, mais aussi sur le traitement des manifestants par l'État. (...) La situation est extrêmement volatile et évolue très rapidement. L'État peut disparaître rapidement comme il peut résister. Mais ce qui est absolument certain, c'est qu'il y a des cassures profondes au sein de l'État et de la société iranienne. Les deux ont atteint un point de non-retour.

Q: Vous pensez que le régime actuel pourrait s'effondrer?

R: C'est possible. On a l'exemple de l'ancien régime. Quand le shah a été obligé de quitter le pouvoir (en 1979), personne en Iran ne s'attendait à ce que le régime s'écroule à cette vitesse. À l'époque, même le premier ministre du gouvernement provisoire, Mehdi Bazargan, a dit qu'on ne s'attendait pas à ça. (...) Il y a donc ce précédent historique qui démontre clairement que l'État peut paraître extrêmement solide et puissant, mais qu'il s'agit d'un arbre rongé de l'intérieur qui peut s'écrouler très rapidement.

Q: Le neveu de Hossein Moussavi, principal leader de l'opposition, aurait été tué dimanche. Certains affirment que c'est tout sauf une coïncidence. Quelle est votre impression?

R: La police reconnaît qu'il a été tué par balle. Selon des opposants, un 4x4 s'est arrêté devant son domicile, cinq agents en sont descendus et ils ont ouvert le feu sur lui. (...) On voit que l'étau se resserre autour de Hossein Moussavi. Son neveu a été tué de cette façon, à mon avis, par l'État.

Q: À quoi faut-il s'attendre en 2010 en Iran?

R: Je pense que l'État iranien tel qu'il existe en 2009 n'existera plus en 2010. Je ne ferme pas la porte complètement à un changement radical qui viendrait de l'intérieur de l'État lui-même. C'est-à-dire que quelqu'un reconnaisse que l'État a commis des excès et présente des excuses. Qu'il dise aussi que ceux qui étaient à l'origine de ces excès doivent être véritablement jugés. Et qu'il y ait des changements radicaux au sein de la structure du pouvoir. (...) Mais si un tel changement ne se produit pas, je dirais qu'il y aura un autre régime politique en Iran.

 

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