Les centrales nucléaires de France inquiètent ses voisins

La centrale nucléaire de Fessenheim, mise en service... (PHOTO SÉBASTIEN BOZON, ARCHIVES AFP)

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La centrale nucléaire de Fessenheim, mise en service en 1977 et toute proche de la frontière avec l'Allemagne et la Suisse, devrait «être fermée le plus vite possible», a déclaré vendredi un porte-parole de la ministre allemande de l'Environnement Barbara Hendricks, sociale-démocrate.

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Mathilde RICHTER
Agence France-Presse
BERLIN

L'Allemagne a redit vendredi ses inquiétudes sur la centrale nucléaire française de Fessenheim qu'elle aimerait voir arrêtée le plus rapidement possible, dans un contexte de craintes grandissantes des voisins de la France sur la sécurité de ses réacteurs.

La centrale nucléaire de Fessenheim, mise en service en 1977 et toute proche de la frontière avec l'Allemagne et la Suisse, devrait «être fermée le plus vite possible», a déclaré vendredi un porte-parole de la ministre allemande de l'Environnement Barbara Hendricks, sociale-démocrate.

Mme Hendricks avait déjà par le passé exprimé cette position sur Fessenheim, revenue dans l'actualité en Allemagne vendredi à propos d'un incident survenu en 2014. Celui-ci ne joue pas de rôle dans l'appréciation allemande, Berlin ayant estimé que la classification (au niveau 1, sur 8) de la gravité de l'incident par la France était «justifiée».

Mais au-delà, «pour nous il est très clair que Fessenheim est très vieille, trop vieille pour être encore en activité», a dit son porte-parole. «Pour nous, des réacteurs aussi vieux représentent un risque sécuritaire», a-t-il expliqué, évoquant «les inquiétudes des habitants des régions frontalières».

En septembre dernier Mme Hendricks, mais aussi les responsables politiques de la région frontalière du Bade-Wurtemberg, avaient déjà fait part de leur mécontentement quand la France avait annoncé vouloir prolonger la durée de vie de la doyenne des centrales jusqu'à 2018 - alors que le président François Hollande avait promis de l'arrêter avant la fin de son quinquennat en 2017.

Cattenom aussi...

La centrale alsacienne, détenue conjointement par EDF, l'allemand EnBW et les suisses Alpiq, Axpo et BKW, n'est pas la seule à irriter les voisins de la France.

Les Verts allemands - dans l'opposition au niveau fédéral, mais au pouvoir dans deux États régionaux limitrophes de l'Alsace où les électeurs sont appelés aux urnes le 13 mars - ont publié la semaine dernière les conclusions d'un rapport commandité par eux sur la centrale de Cattenom, en Moselle.

Plusieurs équipements techniques de sécurité de Cattenom «ne fonctionnent pas indépendamment les uns des autres», comme cela devrait être le cas. «Il y a un risque qu'en cas de problème, non pas seulement une installation, mais plusieurs tombent en panne en même temps», soulignent les Verts, qui réclament «la fermeture immédiate» d'une centrale qu'ils comparent à «une voiture dont les freins ne fonctionneraient pas».

Le Luxembourg, voisin de la Moselle, va transmettre cette étude à la Commission européenne «pour avis», a indiqué à l'AFP vendredi un porte-parole du ministère luxembourgeois des Infrastructures, et étudie par ailleurs «toutes les possibilités juridiques à (sa) disposition concernant la centrale de Cattenom».

«Le niveau de sûreté des centrales est systématiquement réévalué au regard des meilleures pratiques internationales», rétorque l'opérateur des centrales françaises, EDF, faisant valoir qu'il est «l'exploitant le plus audité au monde» par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

... et Bugey

Cette semaine, le canton suisse de Genève et la ville de Genève ont indiqué avoir porté plainte contre X «pour mise en danger délibérée de la vie d'autrui et pollution des eaux» à propos de la centrale du Bugey, dans l'Ain. Les griefs sont anciens, et la plainte est la dernière étape en date d'une longue bataille.

Les tiraillements avec ses voisins interviennent alors que la ministre française de l'Écologie et de l'Environnement Ségolène Royal s'est dite «prête» à allonger de dix ans la durée de vie des centrales françaises - sauf Fessenheim justement.

Mais «sur ce sujet, c'est l'ASN qui décide», rappelait vendredi dans un entretien à la presse Pierre-Franck Chevet, président de cette Autorité de la sûreté nucléaire, gendarme de l'atome en France.

Le parc nucléaire français, avec ses 58 réacteurs datant pour la plupart des années 80, a «un âge déjà respectable, qui oblige aussi à se demander comment améliorer la sûreté en fonction des nouveaux standards», a-t-il dit au quotidien Libération, de quoi donner du grain à moudre à l'Allemagne et aux autres.

L'Allemagne, en pleine transition énergétique, arrête progressivement ses propres réacteurs nucléaires, dont le dernier sera débranché en 2022.

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