Les scientifiques en savent trop peu sur l'impact du bitume dans l'océan

Wendy Palen, de l'Université Simon Fraser, à Vancouver,... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Wendy Palen, de l'Université Simon Fraser, à Vancouver, a fait valoir que compte tenu des «risques importants et non examinés» des produits des sables bitumineux sur les milieux marins, l'approbation de nouveaux projets est «problématique, peut-être même à la limite de l'irresponsabilité».

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Bob Weber
La Presse Canadienne

On en sait trop peu sur l'impact que le bitume des sables pétrolifères peut avoir sur les végétaux et les animaux dans l'océan pour évaluer les risques de son transport dans les environnements marins, indique une nouvelle étude.

Le document, qui tire ses conclusions de l'examen de plus de 9000 articles scientifiques sur le pétrole et l'environnement, soutient que les informations de base sur plusieurs sources clés de stress et de perturbations sont inexistantes ou indisponibles.

L'étude a été révisée par les pairs et sera publiée le mois prochain dans le journal Frontiers in the Ecology and Environment. Bien qu'elle ait été soumise au gouvernement fédéral, elle n'a pas été dévoilée publiquement.

Un exemplaire sous embargo a été obtenu par La Presse canadienne, et deux de ses auteurs ont accepté de discuter des conclusions à la lumière de l'acceptation par le gouvernement fédéral, mardi, de deux projets d'oléoducs. Le feu vert a été donné à la proposition de l'entreprise Kinder Morgan de tripler la capacité de son oléoduc Trans Mountain ainsi qu'à celle du prolongement de la Ligne 3 d'Enbridge entre l'Alberta et le Wisconsin.

Wendy Palen, de l'Université Simon Fraser, à Vancouver, a fait valoir que compte tenu des «risques importants et non examinés» des produits des sables bitumineux sur les milieux marins, l'approbation de nouveaux projets est «problématique, peut-être même à la limite de l'irresponsabilité».

Le bitume est un mélange de sable, d'argile et de pétrole lourd. Il est extrait et mêlé avec des fluides afin de le faire transiter par les oléoducs. Bien que les auteurs aient pu consulter nombre d'articles abordant les impacts du bitume sur l'eau douce, les études sur l'eau salée sont quasiment inexistantes.

Par exemple, le groupe n'a pas pu trouver de travaux sur l'impact possible du bitume sur les chaînes alimentaires, ou sur les effets du nettoyage d'un déversement de bitume.

Les informations de base sur la toxicité sont indisponibles - particulièrement parce que la composition exacte de ce qui transite par les oléoducs est considérée comme un secret commercial.

Le rapport énumère 12 façons dont le transport du bitume peut avoir un impact sur l'environnement marin, allant des déversements à la construction d'une nouvelle infrastructure portuaire, en passant par l'introduction d'espèces envahissantes par l'entremise de la circulation de pétroliers.

La coauteure Stephanie Green, biologiste de la vie marine à l'Université Stanford, en Californie, se demande sur quelles preuves scientifiques le gouvernement s'est appuyé pour autoriser le projet de Kinder Morgan.

«Ma crainte à titre de scientifique et de Canadienne est que la preuve sur laquelle se basent ces décisions ne soit pas transparente et disponible», a-t-elle argué.

Les deux auteures ont dit croire que le rapport souligne l'urgence de mener des recherches sur les impacts potentiels du bitume avant l'entrée en service du nouvel oléoduc de Kinder Morgan, projetée pour 2019.

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