Les ratons-laveurs, rois de la jungle urbaine

Depuis qu'ils se sont établis en ville, ils sont de plus en plus gros et paresseux, mais aussi de plus en plus futés. Et ils prospèrent.

Les ratons-laveurs s'adaptent si bien à la vie urbaine qu'une sous-espèce pourrait bientôt émerger, selon des spécialistes cités dans le documentaire Raccoon Nation, diffusé à l'émission The Nature of Things.

Raccoon Nation nous présente ces charmants bandits masqués comme on les a rarement vus, grâce aux efforts d'une équipe scientifique de Toronto qui a décidé d'en apprendre plus sur leur comportement.

«La vie en ville change les comportements des ratons-laveurs et les envoie sur une nouvelle voie évolutive», selon Andrew Iwanuik, spécialiste du comportement et des neurosciences animales cité dans le documentaire.

Cinq animaux ont été équipés d'un collier émetteur sophistiqué qui a permis de les suivre à la trace dans les quartiers de la Ville-Reine.

L'expérience nous apprend qu'ils sortent rarement de leur territoire de deux ou trois pâtés de maisons, évitant soigneusement de traverser les grandes artères. Ils peuvent fréquenter une dizaine de cachettes sur ce territoire urbain: garages, remises, soupentes et autres cabanons.

Ils y attendent la tombée du jour en réfléchissant au meilleur moyen d'ouvrir les poubelles, leur principale source de nourriture. L'hiver, l'activité des ratons-laveurs tombe presque à zéro. Sans hiberner, ils dorment dans des terriers ou des abris.

Denis Fournier, agent technique en aménagement de la Faune à la Direction des grands parcs de Montréal, le confirme: à Montréal aussi, le raton-laveur s'acclimate très bien à la vie urbaine. «Un domaine vital pour un raton-laveur, ça peut se résumer à un arbre et une poubelle, dit-il. Il ne reste qu'à trouver une source d'eau. En plus, il n'y a aucun prédateur naturel en ville.»

Et ils sont très doués pour déjouer toutes les astuces que les humains adoptent pour les séparer de leur prochain repas. Il semble qu'ils adorent les défis, comme ouvrir une fermeture éclair, une porte-moustiquaire ou une poubelle bien fermée, constate-t-on dans Raccoon Nation.

Tout cela ne serait pas possible sans leurs pattes avant ultra-sensibles et agiles.

Une précision dans le documentaire: non, les ratons-laveurs ne lavent pas leurs aliments, bien sûr. Mais le fait de tremper leurs pattes dans l'eau multiplie par cinq leurs capacités sensorielles. Pratique quand on fouille à tâtons dans la vase pour trouver des écrevisses et d'autres délices.

En ville, l'extraordinaire dextérité des ratons-laveurs, inégalée semble-t-il sauf chez les primates, est un de leurs atouts majeurs. Dans un univers artificiel conçu pour des mains à cinq doigts, quoi de mieux qu'une patte à cinq griffes et une curiosité sans bornes?

Population dense

Les ratons-laveurs ont tellement de succès en ville que la population urbaine de Toronto est 50 fois plus dense que celle de la campagne environnante.

À Montréal aussi, les ratons des villes sont plus prospères que les ratons des champs, dit M. Fournier. «Dans l'ouest de l'île, on peut atteindre de 35 à 40 ratons-laveurs au kilomètre carré, dit-il. Sur le mont Royal, on en a trouvé 68 au kilomètre carré. Alors que dans les milieux sauvages, généralement, on en trouve quatre ou cinq au kilomètre carré.»

N'importe quel documentaire animalier a besoin d'une ou deux scènes dramatiques pour bien fonctionner et Raccoon Nation ne fait pas exception.

Le documentaire nous permet de suivre une portée de cinq petits avec leur mère. On aura droit à un bon suspense quand elle tentera de montrer à ses rejetons comment se glisser à l'intérieur d'un garage alors que le jour se lève et que les chiens commencent à aboyer.

On ressent à ce moment de l'empathie pour les ratons-laveurs, mais faut-il s'en méfier? Depuis 15 ans dans les grands parcs de Montréal, les bestioles sont vaccinées contre la rage et le distemper canin (la maladie de Carré), qui peut affecter les chiens et d'autres mammifères comme les belettes.

Le raton-laveur peut aussi être porteur d'un parasite (Baylisascaris procyonis) capable d'infecter l'humain. Souvent asymptomatique, l'infection peut s'attaquer au système nerveux et causer la cécité. Mais elle est rare chez l'humain. Seulement 13 cas d'encéphalite au Baylisascaris ont pu être confirmés aux États-Unis, et un seul au Canada. On conseille tout de même de porter un masque si on nettoie un endroit souillé par les excréments de raton-laveur.

Aucun doute, les ratons-laveurs sont installés en ville à demeure. Sont-ils nuisibles? «On parle surtout de poubelles vidées, d'occupation de greniers et de litières dans l'isolation, ou de jardins dévastés, dit M. Fournier. Mais ce sont des problèmes qui se règlent assez bien en prenant des précautions pour bien fermer les ouvertures et les poubelles. Je dirais que j'ai encore plus de plaintes pour les écureuils que pour les ratons-laveurs!»

Raccoon Nation est diffusé CBC Newsworld le 3 mars à 22h et est offert sur le site web de la CBC à l'adresse: www.cbc.ca/documentaries/natureofthings/2011/raccoonnation/

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