L'anglais favorisé sur le chantier du CHUM

Le Centre de recherche du CHUM,  à l'angle... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Le Centre de recherche du CHUM,  à l'angle des rues Viger et Saint-Denis.

Photo: André Pichette, La Presse

Avis aux fournisseurs et entrepreneurs québécois qui souhaitent profiter des retombées de la construction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM): le consortium chargé de sa construction achète du plywood, pas du contreplaqué...

Cette préférence pour la langue de Shakespeare et sa mauvaise compréhension de la loi 101 valent au consortium de faire l'objet d'une enquête de l'Office québécois de la langue française, a appris La Presse.

Le consortium Collectif santé Montréal (CSM), composé de quatre firmes étrangères (deux anglaises, une française et une espagnole), a été chargé en juin par le gouvernement Charest de construire, financer et entretenir le nouveau CHUM en mode PPP.

Un immense trou est visible dans le quadrilatère formé de la rue Saint-Denis, de l'avenue Viger, de la rue Sanguinet et du boulevard René-Lévesque Est, à l'endroit où le bâtiment d'une vingtaine d'étages va bientôt sortir de terre. Sur le trottoir opposé, rue Saint-Denis, dans des triplex de style victorien, se trouvent les bureaux de chantier de Construction santé Montréal (CSM), division construction du consortium. Les logos de l'espagnole Obrascon Huarte Lain et de la britannique Laing O'Rourke figurent sur la façade.

«Si on ne leur envoie pas de documents en anglais, on est barré», déplore un entrepreneur qui a souhaité conserver l'anonymat pour des raisons évidentes. Celui-ci soutient avoir été averti au téléphone par un interlocuteur de CSM que ses documents en français n'étaient pas acceptés.

Il a donc été obligé de les traduire. Son cas n'est pas unique, a-t-il appris au hasard de ses discussions avec des homologues irrités par cette situation. Selon lui, le français ne serait pas très en vogue dans les réunions ou dans la documentation technique.

Pendant ce temps-là, à quelques kilomètres à l'ouest, au chantier du nouveau Centre universitaire de santé McGill (CUSM), pendant anglophone, il est possible de correspondre et de proposer ses services dans les deux langues officielles, comme nous l'avons constaté sur son site web.

Le représentant de La Presse a joint la responsable des approvisionnements de CSM en se faisant passer pour un fournisseur souhaitant vendre ses produits.

Premier constat, le message d'accueil de la boîte vocale est en anglais seulement. Par la suite, une fois en ligne, la responsable a précisé que «c'était mieux» de lui envoyer de la documentation commerciale, dont des listes de prix, «en anglais» puisque l'entrepreneur est à l'étranger, a-t-elle justifié.

Problèmes de compréhension

À la direction du CHUM, on prend soin de renvoyer la balle dans le camp du «partenaire» qui a obtenu le PPP. «Mais nous allons faire un suivi pour nous assurer qu'ils comprennent bien la réglementation», assure la porte-parole Lucie Dufresne.

Au bureau de presse de Construction santé Montréal, on reconnaît avoir été obligé de rappeler récemment aux personnes concernées qu'elles «devaient comprendre» qu'au Québec, la langue de travail est le français. Tâche peu aisée puisque plusieurs nationalités sont représentées.

Ce rappel à l'ordre est survenu après que des archéologues chargés des fouilles sur le terrain se furent plaints d'avoir reçu un courriel en anglais, explique Stéphane Mailhot, directeur des affaires publiques du consortium. Mais il pensait que le problème avait été réglé à la suite de cette «erreur» et il assure qu'il ne s'agit pas «de mauvaise volonté»: «Nous ne sommes pas parfaits, mais nous prenons les moyens pour y arriver. [...] Nous avons une professeure de français plus une traductrice sur place. Et nous terminons la francisation des formulaires et documents.»

À l'Office québécois de la langue française, on indique avoir reçu une plainte concernant la langue de travail sur ce chantier. «Peu importe si ce sont des entreprises étrangères, nous sommes au Québec et la langue de travail reste le français», précise Hélène Bélanger, conseillère en communication de l'Office. Elle ajoute qu'une conseillère de l'Office est déjà intervenue auprès du CHUM et qu'une rencontre est prévue bientôt avec les parties concernées. Mais Mme Bélanger n'a pas confirmé le nom du plaignant.

La porte-parole du CHUM n'a pas fait de commentaires, car elle ne savait pas qu'il y avait enquête.

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