Un documentaire sur l'islamisme suscite de l'intérêt au Québec

Le documentaire Salafistes reprend in extenso des images... (IMAGE TIRÉE DU FILM SALAFISTES)

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Le documentaire Salafistes reprend in extenso des images d'exécutions collectives de victimes du groupe armé État islamique, ainsi que des entrevues, tournées au Mali et en Mauritanie, avec des penseurs de cette mouvance, la plus fondamentaliste de l'islam.

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La Régie du cinéma pourrait bientôt devoir se pencher sur un documentaire sur l'islamisme aux images ultra-violentes qui divise l'opinion en France, au point que les autorités ont failli en interdire complètement la diffusion.

La Presse a appris qu'une entreprise québécoise envisagerait de faire traverser l'Atlantique au film Salafistes, finalement interdit aux mineurs par Paris depuis sa sortie en salle, la semaine dernière.

« J'espère que le film va être présenté au Québec », a expliqué en entrevue le coréalisateur François Margolin. « Il y a déjà un Québécois qui m'a proposé de l'acheter. [...] Il insiste, même. Mais je ne peux pas vous dire qui. »

Le documentaire reprend in extenso des images d'exécutions collectives de victimes du groupe armé État islamique, ainsi que des entrevues, tournées au Mali et en Mauritanie, avec des penseurs salafistes, la mouvance la plus fondamentaliste de l'islam. On y voit l'amputation de la main d'un voleur et des meurtres à la mitraillette, en plus d'entendre des prêcheurs promettre un « 11-Septembre multiplié par 10 » et bénir les assassins de Charlie Hebdo, qui « n'ont fait qu'exprimer leur liberté d'expression ».

Il n'y a pas de voix hors champ ni de contrepoids pour remettre en question l'apologie du terrorisme dont les intervenants se font l'écho.

L'« extrême violence » des images et l'« absence de décryptage » ont convaincu la ministre française de la Culture d'assumer la classification sévère de ses fonctionnaires.

« Je crois qu'il faut, pour voir ce film et comprendre [que c'est] une dénonciation du salafisme, un peu de maturité et de recul. Un public trop jeune et pas assez averti pourrait manquer de ce recul », a déclaré Fleur Pellerin, ministre de la Culture française, à la radio Europe 1.

« ON SE CROIRAIT EN UNION SOVIÉTIQUE »

François Margolin fulmine. L'interdiction aux mineurs, « non seulement je ne la comprends pas, mais je la trouve scandaleuse. Je ne m'y attendais pas du tout », a-t-il dit, expliquant que cette classification tuerait financièrement son projet. « J'appelle cela de la censure. On se croirait en Union soviétique où on nous dit comment il faut faire les films. »

L'absence totale de commentaire est un choix du réalisateur, qui dit en faire une méthode constante de travail. De toute façon, « je ne voyais pas très bien ce qu'il y avait à dire. Ce [que les salafistes] disaient était suffisamment éclairant pour que le spectateur fasse son cheminement », a-t-il ajouté.

« Qu'est-ce qu'il aurait fallu dire ? Qu'ils ne sont pas gentils ? Qu'ils veulent faire des massacres ? Ils le disent directement... », dit François Margolin, coréalisateur de Salafistes.

M. Margolin peut se targuer d'avoir reçu l'appui du grand documentariste Claude Lanzmann, réalisateur du titanesque Shoah, qui a appelé cette semaine la ministre à ne pas barrer la route à Salafistes. En vain.

« ÇA OUVRE LES YEUX »

Au cinéma Sept Parnassiens, sur le boulevard Montparnasse, à Paris, une petite vingtaine de cinéphiles s'étaient déplacés pour une projection d'après-midi, jeudi.

« Je pense qu'il fallait le voir pour mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain. Parce que la télévision ne nous montre pas ces témoignages », a fait valoir Gilles Munier, après la projection. Une heure et demie avant, il avait déjà dit ne pas comprendre l'interdiction aux moins de 18 ans, parce qu'« il y avait un film, [mercredi] à la télé, extrêmement violent. Ce sont des interdictions politiques ».

Josy Vercken, elle, a avoué s'être ruée sur le film « en ayant peur qu'il ne soit interdit plus tard ». « Je suis très curieuse de me faire ma propre idée », a-t-elle ajouté.

« On a l'impression de se retrouver sept siècles en arrière, au Moyen Âge, vraiment », a expliqué Sophie, rencontrée après la projection. « On ne devrait pas l'interdire, parce que, quelle que soit l'opinion des gens, ça ouvre les yeux. »

Badiane Paraïso, un employé des Sept Parnassiens, a dit croire que l'effet d'entraînement créé par la controverse pourrait rendre le film populaire.

Seules cinq salles en France, dont deux à Paris, présentent Salafistes.

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