TIFF: Denzel n'avait pas envie d'en parler

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Il n'avait pas envie d'en parler, Denzel Washington. De quoi? De tout. De rien. Je l'observais hier, en bon élève, de la première rangée de la salle de conférence du TIFF Bell Lightbox, pendant la rencontre de presse de The Magnificent Seven - film d'ouverture du 41Festival international du film de Toronto -, et son langage corporel se traduisait à peu près ainsi: «Diantre que j'ai hâte que ça se termine afin que je puisse rentrer à l'hôtel regarder un match de balle à la télé.»

Une succession de réponses laconiques à des questions simples et directes, des haussements d'épaules, des sourires forcés et de légers soupirs: l'essentiel de sa contribution à cette conférence de presse extrêmement courue, amorcée avec une demi-heure de retard (après que les journalistes ont fait le pied de grue pendant une heure).

Non, il n'a jamais vu l'original The Magnificent Seven de John Sturges (1960), relecture des Sept samouraïs d'Akira Kurosawa (1954). Pourquoi donc? «Je ne voyais pas en quoi cela me serait utile.» Ce qui l'a convaincu d'accepter ce projet? «Antoine [Fuqua, le réalisateur] me l'a demandé.» Mais encore? [Bruit de criquets] Et que pense-t-il du choix d'un homme noir comme tête d'affiche d'un western campé au XIXsiècle? «C'est un film. Les gens en retiendront ce qu'ils veulent bien en retenir.» Ben coudon...

Antoine Fuqua, qui a dirigé Washington trois fois - notamment dans Training Day, qui lui a valu l'Oscar du meilleur acteur en 2002 -, était un peu plus loquace. Il n'aurait pas pu l'être moins. Mais lui non plus n'avait pas envie de parler de diversité à l'écran sur fond de tensions raciales aux États-Unis. «Je voulais juste faire un autre film avec Denzel Washington et le voir sur un cheval. Je n'ai pas pensé à la couleur de sa peau», a résumé le cinéaste, lui-même d'origine afro-américaine.

Ce qui distingue pourtant The Magnificent Seven version 2016 de celle de 1960, c'est essentiellement sa distribution. Parmi les «Sept magnifiques», il y a un Noir, un Latino, un Asiatique et un Amérindien; dans le film de John Sturges, ils étaient tous blancs (quoique les acteurs fussent d'origines diverses - russe, allemande, lituanienne -, accent à l'appui).

L'oeuvre de Sturges a surtout acquis un statut de film culte parce qu'elle a lancé les carrières d'acteurs jusque-là peu connus (Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, Robert Vaughn, James Coburn). Mais c'est un film d'une autre époque qui a assez mal vieilli, contrairement au chef-d'oeuvre intemporel d'Akira Kurosawa l'ayant inspiré. Toshiro Mifune y illuminait l'écran de sa présence charismatique, chose que ni Yul Brynner et Steve McQueen hier, ni Denzel Washington et Chris Pratt aujourd'hui, n'arrivent vraiment à reproduire.

Ce Magnificent Seven nouveau genre reste un western conventionnel, revisité et modernisé avec de l'humour ironique, des personnages politiquement corrects et une dose de «pré-post-féminisme» révisionniste (au décolleté particulièrement plongeant pour l'époque). Un blockbuster divertissant, à l'enrobage plus rugueux qu'en 1960, mais s'appuyant sur une trame devenue banale avec le temps: sept mercenaires sont embauchés par des villageois afin de combattre le fossoyeur de leurs terres (cette fois-ci incarné par un méchant capitaliste caricatural à souhait, interprété par Peter Sarsgaard).

Pareil, mais différent... On sentait en conférence de presse hier que le mot d'ordre était d'éviter à tout prix les comparaisons avec le film de 1960. Jusqu'à tenter de nous le faire oublier. «Si je prénomme mon fils Chad, dira-t-on qu'il est la copie conforme d'un autre Chad? C'est le même titre, mais ce film est sans doute plus inspiré par The Wild Bunch que par The Magnificent Seven», a résumé pour les autres Chris Pratt, avec son humour cabotin habituel. Le message, même sous le couvert de la drôlerie, était clair.

Antoine Fuqua a du reste insisté sur la filiation de son film avec l'oeuvre de Kurosawa, dont il a voulu «respecter l'ADN» (toute l'équipe a regardé Les sept samouraïs ensemble pendant le tournage). 

«Quand tu marches dans les pas d'un maître comme Kurosawa, qui est comme Shakespeare, tu restes humble. La peur est la mère de l'échec. Je crois que Kurosawa aurait aimé découvrir une version de 2016 de son oeuvre. Il était très avant-gardiste.»

Le légendaire cinéaste avait, dit-on, beaucoup apprécié à l'époque le remake hollywoodien de son film par John Sturges. On peut présumer qu'il n'aurait pas renié cette relecture de son oeuvre par un cinéaste noir qui s'approprie, même sans trop y réfléchir, un genre typiquement «blanc». «C'est une ère différente et on doit pouvoir faire les choses différemment, a fini par concéder Antoine Fuqua en fin de rencontre. Sinon, tous les westerns mettraient en scène des hommes blancs comme John Wayne.»

Dommage que ni lui ni son acteur principal n'avaient envie d'en parler.

La course aux Oscars est lancée

Depuis une dizaine d'années, malgré des films d'ouverture souvent médiocres, le TIFF est devenu la rampe de lancement de la «saison des prix», en particulier de la course aux Oscars. Les journalistes d'un peu partout viennent ici flairer le buzz, qui rehaussera le profil - ou plombera les espoirs, c'est selon - des longs métrages les plus attendus de l'automne.

Un premier titre, présenté hier, est déjà annoncé au prochain gala annuel du cinéma hollywoodien. Il est même l'un des favoris du moment - il est encore tôt dans la «course» - pour remporter l'Oscar du meilleur film à la fin février. J'ai croisé par hasard le directeur du Festival, Piers Handling, dans un corridor du Lightbox, et il partageait mon enthousiasme.

Manchester by the Sea, de Kenneth Lonergan (You Can Count on Me, Margaret), d'abord remarqué lors de sa première mondiale au Festival de Sundance, est un coup de coeur festivalier. Cette oeuvre extrêmement émouvante met en vedette Casey Affleck dans le rôle d'un homme en perdition, hanté par son passé, dont la vie est chamboulée par la mort subite de son frère aîné. Et le moins célèbre des frères Affleck de nous rappeler qui est le meilleur acteur de la famille...

Lonergan, dramaturge et scénariste (notamment de Gangs of New York de Martin Scorsese), aborde dans ce troisième long métrage le thème du deuil avec beaucoup de finesse et de psychologie. En s'intéressant aux retrouvailles difficiles de ce concierge de Boston (Affleck) avec son jeune neveu, laissé à lui-même dans la ville côtière de Manchester, au Massachusetts. Des touches d'humour subtil viennent éclairer ce tableau gris anthracite, ajoutant à la charge émotive d'un film poignant, chargé d'humanité.

Quatre-vingt-trois nations représentées

Il y avait foule dans la rue King devenue piétonne, hier soir, avant la présentation du film d'ouverture. Tous espéraient entrevoir les acteurs de la distribution toute étoile de The Magnificent Seven. Ethan Hawke, Chris Pratt et Denzel Washington sont passés en coup de vent, prenant tout de même le temps de signer quelques autographes. Dans le Prince of Wales Theater, le directeur du TIFF, Piers Handling, les a accueillis en compagnie du directeur artistique Cameron Bailey, en soulignant la représentation record de 83 nations au Festival cette année, ainsi qu'une sélection de près de 30 % de films réalisés par des femmes. Parmi ceux-ci, Pays de Chloé Robichaud et Nelly d'Anne Émond. Je vous en reparle au cours des prochains jours.

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