Tilda Swinton, la magicienne

Tilda Swinton lors de la première de Doctor... (Photo Jordan Strauss, Associated Press)

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Tilda Swinton lors de la première de Doctor Strange à Los Angeles, le 20 octobre dernier

Photo Jordan Strauss, Associated Press

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Sonia Sarfati
La Presse

(LOS ANGELES) «J'adore ce film!» La réponse est si spontanée qu'elle ne peut qu'être sincère. Et l'accueil, si chaleureux qu'il est déconcertant.

Sa longue silhouette androgyne, ses traits ciselés, sa carnation opaline, le sable roux de ses cheveux coupés à la garçonne: Tilda Swinton, l'une des grandes actrices de ce temps, possède une beauté renversante, singulière, mais considérée comme froide.

La femme ne l'est pas. Du tout. Et quand, dans l'entrevue qu'elle a accordée à La Presse, elle dit que «la vie est très courte, j'ai la chance que la mienne me permette de m'amuser» et que son modus vivendi est «Trouver le fun!», le sourire est si généreux et le regard, si ouvert, si brillant qu'il est impossible de ne pas la croire.

L'actrice s'est donc livrée avec générosité au sujet d'une carrière qui lui permet de jouer les caméléons. Sa participation à Doctor Strange de Scott Derrickson, ce film qu'elle «adore», ne fait pas exception.

Vous incarnez ici The Ancient One, la «sorcerer supreme», celle qui va former Stephen Strange à la magie. Or, le personnage étant traditionnellement représenté par un vieil homme asiatique, le fait que vous ayez été choisie pour jouer ce rôle a provoqué des réactions négatives dans la communauté asiatique. Comment réagissez-vous à cela?

Il n'y a pas eu de controverse quand mon nom est sorti, et il n'y a pas eu de controverse quand la première bande-annonce a été diffusée. La controverse est née... par accumulation, après que la distribution de Ghost in A Shell et de The Great Wall a été connue [ces films mettent en vedette Scarlett Johansson et Matt Damon dans des rôles qui auraient pu/dû aller à des acteurs asiatiques].

Comment je me sens face à cela? D'abord, il est clair pour moi qu'il est extrêmement important que nous ayons une représentation plus exacte, plus conforme à la réalité, de la diversité - en particulier dans le cinéma populaire américain. Les Américains d'origine asiatique sont en colère quant à la situation actuelle... et ils ont raison de l'être. Ils doivent se faire entendre haut et fort.

Cela dit, Scott et Kevin Feige (président de Marvel Studios) avaient des raisons très logiques de changer le personnage comme ils l'ont fait. Rappelons que Doctor Strange a été créé dans les années 60 et reflète les perceptions de l'époque. Ainsi, les deux personnages asiatiques de ces comic books sont stéréotypés et seraient offensants aujourd'hui. Wong est très servile. The Ancient One est un genre de très vieux et très sage Fu Manchu qui transmet tout son savoir à un Blanc. La production ne se sentait pas à l'aise de perpétuer cela.

Transformer The Ancient One en femme d'origine asiatique n'aurait pas été mieux: on serait tombé dans le stéréotype de la «dragon lady», un autre insupportable cliché du cinéma occidental. Prenant tout cela en considération, Scott a écrit le personnage pour moi.

Vous, une femme de plus de 50 ans...

Exact. Et, tant qu'à évoquer la représentativité à l'écran, qu'une femme de plus de 50 ans incarne quelqu'un d'aussi puissant et n'ait pas besoin de porter un bikini, ce n'est quand même pas une mauvaise chose! [rires]

Parlant de votre allure, question stupide, vous vous êtes vraiment rasé la tête pour le rôle?

[rires] Je ne répondrai jamais à cela. Mais ça paraît vraiment bien, non?

Oui, comme tout le reste du film.

Ce qu'ils ont fait est visuellement fabuleux. Et ils l'ont «présenté» au public de façon tellement intelligente! La tendance, aujourd'hui, est de mettre le meilleur dans la bande-annonce. Ils n'ont pas fait ça. On voit des images qui laissent penser à Inception... mais ils ont poussé ces effets-là à un tout autre niveau. On ne nous voit même pas exercer notre magie! Les gens qui ont vu le film jusqu'à présent ont été très surpris.

Ce film est très différent des autres volets du Marvel Cinematic Universe. Ç'a été un des attraits de ce projet, pour vous?

Absolument. Nous sommes ici en présence d'un autre genre de pouvoir et d'un autre genre de «superhéros». De plus, le projet offrait la possibilité de faire un de ces films à grand déploiement qui ne sont pas centrés sur la destruction, mais sur la création.

Doctor Strange vous donne également la possibilité de vous métamorphoser. Ce qui est un peu votre marque de commerce. C'est quelque chose que vous recherchez sciemment?

Oui. Je tire tellement d'énergie de cela! C'est comme se déguiser et jouer. C'est la seule méthode que je possède. Comme actrice, je n'ai pas d'autres «outils» que celui-là. Et je ne souhaite pas en avoir d'autres. Mais je souhaite me métamorphoser, ça attise ma curiosité et ça m'amuse.

Sans vous répéter, The Ancient One n'est toutefois pas le premier immortel que vous incarnez...

En effet, il y a certains thèmes que j'ai explorés quelques fois. The Ancient One est, d'une certaine façon, proche d'Eve, que j'ai jouée dans Only Lovers Left Alive, et d'Orlando, dans Orlando.

The White Witch, dans le premier volet de The Chronicles of Narnia, était aussi une immortelle.

En effet, mais elle est glaciale, fermée. Il y a une lumière dans The Ancient One qui me rappelle celle d'Orlando et d'Eve. J'aime cette lumière-là. La vie est courte, je préfère en profiter avec une touche de légèreté.

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Doctor Strange (Docteur Strange) prendra l'affiche le 4 novembre.

Les frais de voyage ont été payés par Walt Disney Studios Pictures.

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