Martin Talbot, le porteur d'espoir

Loin de se complaire dans de vieux souvenirs... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Loin de se complaire dans de vieux souvenirs douloureux, Martin Talbot préfère y puiser la matière à nous raconter des histoires.

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À des dizaines de kilomètres à la ronde, le projecteur de la Place Ville-Marie attire l'oeil sur Montréal. Ce phare dans la nuit a de quoi susciter les rêves. Or, c'est cette lumière et celle émise par les milliers d'ampoules, néons et luminaires de l'édifice cruciforme qui sont à l'origine du scénario d'Henri Henri.

Cela et aussi en partie l'histoire personnelle de Martin Talbot qui, loin de se complaire dans de vieux souvenirs douloureux, préfère y puiser la matière à nous raconter des histoires. Comme ce Henri Henri, conte à la fois urbain et rural, joyeusement décalé de l'espace et du temps, dans lequel il est question de résilience, de bonté et surtout, d'espoir.

«Lorsque j'ai participé à la réalisation du documentaire Montréal en douze lieux, j'ai vu le film d'un collègue portant sur un employé de la Place Ville-Marie dont le travail est d'entretenir tout le système luminaire. Tout est parti de là, reconnaît Martin Talbot qui, depuis quatre ans, est aussi à la barre de la série Les Parent à Radio-Canada. Par ailleurs, j'ai perdu mon père très jeune. Il est disparu dans un accident d'avion. On ne l'a jamais retrouvé.»

Il y a donc de lui-même dans l'histoire de Henri Henri, un jeune homme (Victor Andrés Trelles Turgeon) qui, après avoir perdu ses parents à un an d'intervalle, se retrouve en orphelinat.

Frappé d'ostracisme par ses camarades, Henri bénéficie de la protection des religieuses et se rend utile en changeant les ampoules. Le jour où il doit quitter les lieux et se retrouver dans le vrai monde, Henri reconstruit sa vie en prenant pour assise la seule compétence qu'il possède, mettre de la lumière, au sens propre comme figuré, dans la vie des gens.

Cette quête, jalonnée aussi par la découverte de l'amour qu'il porte à la belle Hélène (Sophie Desmarais), une guichetière de cinéma qui voit tout en noir, ne sera pas sans obstacle. Mais comme nous sommes dans un conte, disons qu'Henri, un garçon naïf, bon et optimiste, devrait plutôt bien s'en tirer...

«L'optimisme de Henri, c'est moi, dit Martin Talbot, très souriant. Je crois beaucoup en la résilience et c'est le message que je veux transmettre. Je suis quelqu'un qui espère beaucoup. C'est un film qui parle aussi de solitude, mais pour nous dire qu'une fois rassemblés, des gens seuls forment une force incroyable. Ça leur permet de croire en l'avenir.»

En dépit de ces paroles réconfortantes, on ne peut s'empêcher de lui demander s'il a souffert en écrivant son scénario. «Je ne souffre pas, lance-t-il avec conviction. Mais écrire est une thérapie. C'est libérateur. Mon ami le réalisateur Marc Bisaillon [La vérité] me dit qu'écrire un scénario est comme délier des noeuds. Et c'est vrai.»

Facture onirique

Dès les premières images du film, il ne fait aucun doute que le réalisateur va nous plonger dans un conte. Le cadre est onirique, l'univers est féerique.

Les références à des univers connus au cinéma sautent aux yeux. Pensons aux films Amélie Poulain, L'écume des jours mais aussi aux travaux de Wes Anderson et de Tim Burton.

Martin Talbot opine à tous ces noms, des auteurs qu'il affectionne visiblement. Il nous renvoie aussi à d'autres noms.

«Lorsque tu écris, tu es la somme de tout ce que tu as assimilé, lance-t-il. Quand tu as terminé le travail, tu te rends compte de toutes ces choses qui restent enfouies dans ton cerveau. Pour ma part, je fais beaucoup de parallèles avec City Lights de Chaplin.»

On lui demande si, en faisant son film, il y a insufflé quelque chose tiré de son expérience sur Les Parent. «L'écriture est pour moi l'étape la plus importante, répond-il. En faisant ce film, il était hyper important que tout soit parfaitement ficelé. Dans Henri Henri, la fin est absurde, mais on y croit, on y adhère, parce que tous les fils sont bien attachés. C'est un enseignement qui me vient des Parent. Qu'est-ce que cette émission sinon une série de sketches? Pourtant, on y croit parce que tout se tient!

«La finale du film n'est pas une fin en soi, insiste aussi Martin Talbot. C'est le commencement de quelque chose d'autre.»

Henri Henri sort en salles le 7 novembre

La quête du père disparu

Dans le dossier de presse remis aux médias à l'occasion de la sortie du film Henri Henri, on lit que Victor Andrés Trelles Turgeon incarne souvent des personnages se caractérisant par leur mal-être, leur mal de vivre.

Il est vrai que son Henri nous renvoie à François, ce jeune homme désoeuvré sourd et pétri de violence intérieure qu'il interprétait dans Le torrent, film de Simon Lavoie adapté de la nouvelle éponyme d'Anne Hébert.

«François et Henri sont deux êtres humains troublés, isolés de la société, analyse le comédien. Alors que le premier est isolé du reste du monde par l'action de sa mère, le second l'est par la perte de celle-ci. Tous deux cherchent le bonheur. Henri croit que c'est un but accessible, mais François ne croit pas y avoir droit parce qu'il est le fruit du mal.»

Au-delà de cette comparaison maternelle, c'est toutefois la quête du père disparu qui est relevée dans Henri Henri. En cherchant constamment la compagnie et une certaine approbation de M. Binot (Marcel Sabourin), Henri cherche à retrouver un père. Le besoin d'amour maternel, il l'a d'une certaine façon déjà comblé par la présence réconfortante des religieuses qui l'ont élevé.

Cela dit, qui est donc cet intrigant jeune homme? «Henri est une boule d'espoir, répond le comédien. Il est quelqu'un qui a beaucoup souffert. Il se cherche et il se sert de son espoir pour se protéger, se motiver et nourrir son désir d'avancer.»

De la description qu'en donne Trelles Turgeon, on retient la souffrance. Assis face au grand écran, on jurerait qu'Henri se définit avant tout par sa naïveté. Or, son interprète en fait une lecture plus sévère.

«Cela fait partie de moi de voir les gens dans une lumière plus équilibrée, fait-il. Je refuse de considérer qu'une personne est uniquement noire ou blanche. Henri doit avoir une faille cachée en lui pour justifier un tel espoir. Ça ne se peut pas qu'il soit idiot. Je crois au contraire qu'il est très intelligent, mais très sensible.»

Une scène au début du long métrage nous fait voir le jeune Henri, éternellement collé à l'orphelinat, où il subit de l'intimidation et les railleries de ses camarades. Il est alors secouru par une soeur (Monique Spaziani) qui le protège et le réconforte. «Sans elle, Henri aurait sombré encore plus dans le doute et le désespoir, expose le comédien. Elle a donné un sens à sa vie.»

Proche de lui

Dans son quotidien, Victor Andrés Trelles Turgeon se dit animé par ce désir de croire en l'autre, de faire confiance aux gens comme dans leur bonté. Cela lui a permis de ne pas avoir eu à chercher bien longtemps ses marques pour composer son personnage. Mais il y avait un piège. «Comme je le sentais près de moi, il a été difficile de ne pas tomber dans la caricature, dit-il. D'autant que puisque nous sommes ici dans un conte, tout est amplifié, accentué.»

Il peut se rassurer d'avoir trouvé en Martin Talbot son plus grand allié et admirateur. Lorsqu'on lui demande de justifier le choix de Victor pour interpréter Henri, le réalisateur nous dit ceci:

«Le personnage principal du film est un relais. Il est comme le Petit Prince qui se questionne sur la vie des gens. Victor possède cette candeur. Je ne l'avais jamais vu jouer avant, et quand il a fait son interprétation, j'ai eu l'impression de voir Henri. C'est très gratifiant de voir son texte être aussi bien incarné. Comme auteur, je me suis dit: «Ah! j'ai un film.»»

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