Le sacre de Birdman montre-t-il qu'Hollywood est nombriliste?

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Birdman d'Alejandro G. Iñárritu (photo) n'a rapporté que quelque 72 millions de dollars dans le monde entier alors qu'American Sniper, de Clint Eastwood, qui était candidat pour le meilleur film mais n'a gagné qu'un prix mineur dimanche, est l'un des plus gros succès de l'année au box-office.

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Véronique DUPONT
Agence France-Presse
HOLLYWOOD

Hollywood se regarde t-il trop le nombril? L'Oscar du meilleur film décerné dimanche à Birdman, une oeuvre célébrant un acteur ou l'art de faire du cinéma, est une pièce à conviction de plus pour ceux qui dénoncent le narcissisme de la profession.

Déjà critiqués pour le manque de diversité des artistes nommés aux Oscars, ceux qui décernent le plus prestigieux des prix du cinéma mondial se voyaient reprocher lundi d'avoir encore une fois distingué un film parlant du cinéma.

«J'observe une montée de narcissisme chez les membres de l'Académie des arts et science du cinéma qui votent pour décerner les Oscars, et c'est une nouvelle tendance», affirme Tom O'Neil, dont le site Goldderby.com fait des pronostics sur les Oscars.

Pour lui, c'est une conséquence d'un nombrilisme qui s'est emparé de la société toute entière, avec l'avènement des réseaux sociaux, l'épidémie de «selfies» et le règne de la téléréalité.

«L'esprit de la téléréalité a gagné le cinéma, qui se met à montrer des gens vains, fous, qui sont prêts à tout pour rester sous les projecteurs, quitte à s'avilir et s'humilier», dit-il.

Birdman, d'Alejandro Inarritu, qui a triomphé dimanche lors de la cérémonie des Oscars, est tourné presque exclusivement dans l'enceinte d'un théâtre de Broadway. Il met en scène une ex-vedette de films de super-héros (Michael Keaton) qui tente de renouer avec la gloire en montant une pièce de Raymond Carver.

Les acteurs, leurs problèmes d'ego, d'alcool ou de coeur, les péripéties financières de la vie d'artiste, sont l'essence du film.

Aux Oscars 2012, c'est The Artist, de Michel Hazanavicius, sur un acteur de films muets confronté à l'arrivée du parlant, qui l'avait emporté.

Et les critiques voient jusque dans Argo, couronné meilleur film en 2013 et basé sur l'histoire vraie de l'évasion d'otages en Iran organisée par la CIA, un élément à charge.

Les espions américains avaient en effet créé un faux projet de film pour exfiltrer d'Iran les rescapés de la prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran. On y voyait notamment le personnage principal joué par Ben Affleck aux prises avec deux producteurs roublards d'Hollywood.

Parler de soi et la vie en général

Le succès de ces films sur les films et les acteurs devrait «encourager les cinéastes à tourner plus souvent la caméra vers eux» à l'avenir, estime Tom O'Neil.

Robert Thompson, professeur de culture populaire à l'Université de Syracuse, souligne que «parfois 80% des projets (de nos étudiants) parlent de faire des films. Donc c'est une industrie qui a tendance à se regarder dans le miroir», mais «ça ne veut pas dire que ce soit d'une manière forcément auto-centrée».

Jonathan Kuntz, professeur à l'UCLA School of Theater, Film and Television remarque toutefois que depuis toujours, même si ces films n'avaient pas toujours remporté l'Oscar le plus convoité, Hollywood a fait des films sur les acteurs et les films, citant Singin' in the Rain, Sunset Boulevard. En France, La nuit américaine ou Le dernier métro, tous deux de François Truffaut, aussi parlent du cinéma ou des acteurs.

Tim Gray, journaliste spécialisé dans les Oscars de Variety, bible du secteur de l'audiovisuel, fait remarquer qu'aujourd'hui «les cinéastes ont tendance à réagir contre la mentalité du secteur qui demande de faire des films sur les super-héros, des grosses productions» qui doivent rapporter beaucoup d'argent, «et ils le font en faisant des films plus personnels».

Ces dix dernières années, ce sont essentiellement des films indépendants, aux petits budgets et aux recettes relativement modestes qui ont été primés au Oscars.

Birdman n'a rapporté que quelque 72 millions de dollars dans le monde entier alors qu'American Sniper, de Clint Eastwood, qui était candidat pour le meilleur film mais n'a gagné qu'un prix mineur dimanche, est l'un des plus gros succès de l'année au box-office.

Tim Gray souligne aussi que les films sur le théâtre sont aussi parfois un moyen de parler de la vie en général. «Birdman parle vraiment d'un homme qui est un peu dépassé par sa vie et qui essaie juste de trouver sa place».

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