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Roman Polanski veut retourner aux États-Unis

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Roman Polanski en 2015

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Frankie TAGGART, Veronique DUPONT
Agence France-Presse
Los Angeles

Le réalisateur franco-polonais de 83 ans Roman Polanski veut retourner aux Etats-Unis pour mettre fin à l'affaire de viol d'une mineure qui le poursuit depuis 40 ans, à condition d'avoir la garantie qu'il ne sera pas incarcéré.

L'affaire, qui a rebondi ces huit dernières années après avoir été en suspend pendant des décennies, hante le lauréat de la Palme d'or de Cannes pour The Pianist. Ces dernières semaines, il a ainsi dû renoncer à présider la 42e cérémonie des César sous la pression d'associations féministes.

L'avocat du cinéaste a indiqué jeudi à l'AFP qu'il veut faire appliquer un accord amiable mentionné dans un document sous scellé, selon lequel le procureur de l'époque aurait accepté qu'il ne serve que 48 jours derrières les barreaux pour le viol de Samantha Gailey, 13 ans à l'époque.

Polanski a déjà purgé 42 jours dans une prison de Chino en Californie. Son camp affirme que le juge Laurence Rittenband en charge de l'affaire est ensuite revenu sur l'accord, déclarant que le cinéaste devrait passer jusqu'à 50 années derrière les barreaux, ce qui a déclenché sa fuite en Europe en 1978.

«Après la confirmation du contenu» du document sous scellé, ses avocats veulent aussi faire reconnaître une décision de la Cour suprême polonaise qui a mis fin en décembre à la demande d'extradition du cinéaste vers les États-Unis, ont-ils également fait valoir à l'AFP jeudi.

Si le juge Gordon de Los Angeles reconnaît l'accord amiable et la décision de Justice polonaise, «Roman peut venir à Los Angeles et au tribunal sans craindre d'être détenu», souligne Harland Braun.

Le cinéaste franco-polonais est accusé d'avoir drogué, fait prendre de l'alcool et violé Samantha Gailey, aujourd'hui Geimer et cinquantenaire, le 10 mars 1977 dans une maison à Los Angeles appartenant à l'acteur Jack Nicholson - qui tient la vedette dans son film Chinatown.

Il a reconnu une relation sexuelle avec elle mais dément l'avoir violée. Dans l'accord amiable, il reconnaissait une relation sexuelle illégale avec une mineure.

Samantha Geimer sur le plateau du Grand Journal,... (AFP) - image 2.0

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Samantha Geimer sur le plateau du Grand Journal, en octobre 2013.

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Rattrapé par son passé 

Naturalisé français en 1976, Roman Polanski vit en France avec son épouse, l'actrice Emmanuelle Seigner. Il est l'auteur de RepulsionThe Fearless Vampire KillersTessChinatownou Rosemary's Baby, et a reçu de nombreux prix à travers le monde. Le cinéaste n'est jamais retourné aux États-Unis depuis sa fuite en 1978, pas même en vue de recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003 pour The Pianist.

Son passé l'a rattrapé le 26 septembre 2009. Arrêté à Zurich en vertu d'un mandat international lancé par la justice américaine, il a passé deux mois en prison en Suisse, puis huit mois assigné à résidence dans son chalet à Gstaad.

En juillet 2010, la Suisse a rejeté la demande d'extradition des États-Unis, et il a été libéré.

À l'automne 2014, le cinéaste a ensuite été interpellé à Varsovie. La Cour suprême a finalement clos sa demande d'extradition en décembre.

Le juge Michal Laskowski avait remarqué que Polanski avait «déjà purgé sa peine», que «38 années s'étaient écoulées», que la victime lui avait publiquement pardonné et ce dernier lui a versé le dédommagement qu'elle réclamait.

Lors de la procédure en Pologne, les magistrats avaient aussi souligné que sans la notoriété du cinéaste, l'affaire aurait été close depuis des années.

«Enfin je pourrai me sentir en sécurité dans mon propre pays» s'était-il réjoui après la décision polonaise.

Roman Polanski et Sharon Tate.... (AFP) - image 3.0

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Roman Polanski et Sharon Tate.

AFP

Multiples tragédies 

Samantha Geimer a réclamé à plusieurs reprises l'abandon définitif des poursuites, voulant tourner la page d'une affaire qui a profondément tourmenté sa vie.

Le scandale a jeté une ombre sur la carrière de Polanski. Peu après l'annonce en janvier du choix du réalisateur pour présider les César, une pétition avait été lancée pour sa destitution, recueillant des milliers de signatures, ainsi qu'un appel au boycott de la cérémonie.

Le collectif «Osez le féminisme» avait qualifié son choix de «pied de nez indigne aux nombreuses victimes de viols».

Le destin de Polanski a été marqué de multiples tragédies. Né à Paris en 1933 d'un père juif et d'une mère d'origine juive, il a déménagé en Pologne trois ans plus tard, où il a survécu à l'Holocauste. Ses années de guerre lui ont notamment inspiré The Pianist.

En 1969, sa femme, l'actrice Sharon Tate, enceinte, a été assassinée par des adeptes de la secte de Charles Manson lors de l'un des faits divers les plus célèbres des États-Unis.

D'après ses avocats cités par TMZ, le cinéaste veut pouvoir se rendre sur la tombe de son épouse défunte à Los Angeles.

Les dates-clés de l'affaire Polanski

Dates-clés de l'affaire Roman Polanski qui pourrait, selon son avocat, retourner aux États-Unis pour clore les poursuites pour le viol d'une mineure, dont il est accusé depuis 40 ans.

1977

- 10 mars: Roman Polanski, 43 ans, cinéaste déjà mondialement connu, a une relation sexuelle avec Samantha Geimer, 13 ans (Gailey de son nom de jeune fille), en marge d'une séance de photographie chez l'acteur Jack Nicholson, en Californie.

- 8 août: Polanski décide de plaider coupable de détournement de mineure. Un accord est conclu pour éviter un procès public mais il est condamné à passer trois mois en prison pour subir des tests psychiatriques.

- 17 décembre: incarcéré à l'hôpital-prison Chino, en Californie, Polanski est libéré après un mois et demi.

1978

- 31 janvier: ayant appris qu'il risquait 50 ans de prison aux États-Unis, il se réfugie à Paris.

1994

- 23 août: le procureur chargé de l'affaire exige sa présence devant le tribunal. Une nouvelle législation fixe le maximum de la peine à quatre ans. Le cinéaste avait mis un terme au procès au civil en versant 225 000 dollars à sa victime.

2003

- 1er mars: Samantha Geimer lui «pardonne» publiquement.

2009

- 26 septembre: arrestation de Polanski, sur mandat américain, à son arrivée à Zurich où il devait être honoré pour l'ensemble de son oeuvre.

- 28 sept: il refuse d'être extradé. Grand succès d'une pétition internationale en faveur de sa libération.

- 25 novembre: la justice suisse accepte sa libération contre une caution de 4,5 millions de francs suisses. Il est assigné à résidence dans son chalet de Gstaad (Alpes suisses).

2010

- 22 avril: une cour d'appel californienne rejette une demande d'abandon des poursuites, présentée par Samantha Geimer.

- 15 mai: l'actrice britannique Charlotte Lewis accuse Polanski d'avoir «abusé sexuellement» d'elle au début des années 1980, quand elle avait 16 ans. Les avocats de Polanski la menacent de poursuites.

- 12 juillet: les autorités suisses rejettent la demande d'extradition américaine. Polanski est libre.

2014

- 30 octobre: les États-Unis demandent à la Pologne d'interpeller Polanski, en visite à Varsovie. Il est entendu par un juge et laissé en liberté.

2015

- 30 octobre: un tribunal de Cracovie refuse l'extradition demandée par les États-Unis.

2016

- 31 mai: la Pologne contestera devant la Cour suprême de Pologne «une décision du tribunal de Cracovie de ne pas remettre M. Polanski aux États-Unis», annonce le ministre de la Justice conservateur Zbigniew Ziobro, également procureur général.

- 6 décembre: la Cour suprême polonaise refuse de rouvrir la procédure d'extradition, mettant fin définitivement au processus entamé en 2014 à la demande des États-Unis où il est toujours accusé de viol.

2017

- 18 janvier: Roman Polanski présidera la 42e cérémonie des César, les «Oscars français», le 24 février à Paris, indique l'Académie des arts et techniques du cinéma.

- 20 janvier: ce choix suscite de vives critiques d'associations féministes et de la ministre française des Droits des femmes, Laurence Rossignol.

- 24 janvier: face à la polémique, le réalisateur franco-polonais décide de «ne pas donner suite à l'invitation».

- 16 février: Roman Polanski veut retourner aux États-Unis mettre fin aux poursuites, à condition d'avoir la garantie qu'il ne sera pas incarcéré, annonce son avocat.




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