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Longévité des émissions: quand c'est long, c'est bon?

Benoît Dutrizac, animateur des Francs-tireurs, Serge Chapleau, concepteur d'Ici Laflaque, et Gino... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Benoît Dutrizac, animateur des Francs-tireurs, Serge Chapleau, concepteur d'Ici Laflaque, et Gino Chouinard, animateur de Salut, bonjour!

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Rentrée culturelle 2018

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Rentrée culturelle 2018

Notre dossier sur la rentrée culturelle 2018. »

Lorsque les bourgeons commencent à apparaître, la fameuse question surgit: «Et puis, est-ce que ton show est renouvelé?» Le rituel est immuable dans l'univers du petit écran. Au gré des annonces, des fuites ou des rumeurs, les productions apprennent si elles survivent ou sombrent dans la fosse commune des diffuseurs... Discussion avec des artisans qui défient les statistiques de longévité depuis 10 ans, 15 ans, et plus encore.

Serge Chapleau espère chaque année que son émission sera reconduite. «On aime ça faire ça! On ne veut pas que ça se termine. Des fois, dans l'équipe, on se dit: "Hey, on est-tu chanceux?! On gagne notre vie en riant du monde"», dit le créateur d'Ici Laflaque, qui entame sa 15e saison à ICI Radio-Canada.

En plus d'aimer son travail, le caricaturiste à La Presse parle avec tendresse de son équipe «tissée serrée» avec qui il travaille depuis des années.

«Laflaque, c'est une PME. On parle ici d'une cinquantaine de personnes qui travaillent là-dessus. Chaque fois que je rentre dans le studio, j'ai un choc. Il y a des gens qui travaillent pour moi. Ils ont des familles, des maisons... je suis comme un peu fier.»

Il espère même que son concept continuera d'exister encore 10, 20, 30 ans, sans lui s'il le faut. Même chose pour Jean-René Dufort, qui aimerait continuer de réaliser Infoman lorsqu'il sera «trop sénile», mais sans l'animer.

«Des concepts télé efficaces, il n'y en a pas cent mille. Et au Québec, on est vite à jeter aux vidanges. Et on jette souvent des affaires qui marchent bien. Aux États-Unis, ils sont beaucoup plus patients que nous. The Late Night Show, si l'animateur part, un autre animateur va prendre la relève et il va faire à peu près le même show avec à peu près le même nom», dit Jean-René Dufort.

Continuer avec un autre animateur... C'est un peu ce qui est arrivé à Gino Chouinard, lorsqu'il a commencé à animer Salut, bonjour!, une quotidienne qui existait déjà depuis 19 ans. Il parle de cette émission comme d'une «marque importante à TVA», qui pourrait sans nul doute continuer «de vivre sans [lui s'il la] quittait», dit-il.

«Entre tout ce qui se consomme et disparaît rapidement, nous sommes un contrepoids. On offre une stabilité. C'est rassurant. C'est juste un équilibre sain.»

C'est vrai que la formule de cette émission de service a été éprouvée : atteindre des parts de marché entre 40 % et 50 %, c'est énorme dans le marché québécois.

Malgré tout, l'animateur ne tient rien pour acquis. Il confie même qu'il est un « peu tannant avec ça », puisqu'il ne passe pratiquement pas une journée sans questionner son équipe sur ce qu'elle pourrait faire pour s'améliorer.

Savoir quand partir

L'important pour tous les animateurs interviewés est de ne pas arrêter d'offrir «un bon show». Des mots comme «rester pertinent», «à propos» et «ne pas se répéter» reviennent d'ailleurs sur toutes les lèvres.

«Être pertinent, c'est mon obsession. C'est comme les Rolling Stones qui ont fait des albums de trop après Tattoo You. Quand est-ce que tu quittes? Quand le concept est échu et n'est plus approprié avec la société?», se questionne Benoît Dutrizac, animateur des Francs-tireurs.

Ne pas faire l'année de trop. Parce qu'ils la craignent, Benoît Dutrizac, Guy A. Lepage et Marie-Claude Barrette se questionnent chaque année sur leur avenir télévisuel.

«J'ai signé 15 contrats d'un an, à ma demande, avance l'animateur de Tout le monde en parle. On m'a offert des prolongations de contrat plusieurs fois et j'ai toujours dit non. Depuis 12 ans, je me dis que c'est peut-être la dernière année.»

Marie-Claude Barrette, animatrice de Deux filles le matin... (Photo fournie par TVA) - image 2.0

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Marie-Claude Barrette, animatrice de Deux filles le matin

Photo fournie par TVA

Marie-Claude Barrette confie qu'elle a hésité à reprendre les rênes de Deux filles le matin en septembre. «Je trouvais que ça faisait des années que je parlais des mêmes sujets et j'ai eu peur», dit-elle.

«Je suis quasiment devenue une spécialiste du diabète! Je sais beaucoup trop de choses sur le diabète!», dit en riant l'animatrice du magazine matinal qui existe depuis 19 ans.

Finalement, elle s'est entendue avec les producteurs pour bonifier l'émission en tournant des reportages à l'extérieur du studio, du jamais vu à Deux filles le matin. Elle a entre autres rencontré Johanne Fontaine, chez elle, pour l'épisode Accepter sa mort.

Si les producteurs avaient refusé de modifier l'émission, elle aurait peut-être laissé sa place à une autre animatrice.

«Je vais vous le dire, beaucoup de personnes aimeraient animer Deux filles. On me le dit souvent et c'est très flatteur. Donc après moi, ça peut continuer. Je ne veux pas faire l'année de trop.» 

Qu'en pensent les grands manitous?

Que ce soit le directeur de la programmation de Télé-Québec ou ses homologues de TVA et de Radio-Canada, ils parlent tous de l'importance d'offrir une belle balance entre les nouveautés et les classiques, et ce, en fiction, en divertissement et en service.

«Il y a des projets que nous commençons et dont nous savons déjà que ce sera pour deux, trois ans. Par exemple, pour une série dramatique. Dans ce sens-là, ce n'est pas un échec lorsqu'elle se termine. Même chose en variétés où on utilise une formule particulière et qu'à un moment, on se dit que nous avons fait le tour dans cette formule», dit Suzanne Landry, directrice principale à TVA.

Il y a aussi des projets où ce sont les principaux créateurs, acteurs ou animateurs qui choisissent de ne pas renouveler. Parlez-en à Dominique Chaloult (directrice générale de la télévision à Radio-Canada) qui a collaboré régulièrement avec Marc Labrèche...

Cette dernière n'est d'ailleurs pas passée par quatre chemins pour parler d'un des éléments clés du renouvellement d'une production. «Ce qu'on veut comme diffuseur, ce sont des émissions qui fonctionnent bien. Des émissions qui marchent, comme on dit. Tout le monde en parle se maintient à 1 million [de téléspectateurs], malgré toute la compétition qui a été mise par TVA. Pour un diffuseur, une émission qui maintient une cote comme ça, c'est de la joie», explique Dominique Chaloult.

Le directeur des programmes de Télé-Québec, Denis Dubois, affirme qu'une émission qui perdure est certainement une émission dont «le fond» est aussi fort - sinon plus - que la forme.

«Quand ça dure, c'est que le fond est vraiment là. Les francs-tireurs est un bon exemple. C'est une des émissions les plus pertinentes que je connaisse. Il y a eu des changements à l'animation, et quand on résiste à un changement à l'animation, c'est qu'il y a quelque chose au niveau du fond qui est très fort. Ça devient une marque», dit-il.

Benoît Dutrizac ajoute: «Les francs-tireurs, d'être si grognons, politiquement incorrects et de durer aussi longtemps, je pense que c'est un phénomène à la télé. Et je ne le sais pas, si le concept serait accepté en ondes aujourd'hui. Je ne sais pas si on aurait la patience de laisser l'équipe trouver la façon de le faire, de faire des erreurs, de faire des bons coups. Je ne suis pas sûr qu'on a la patience qu'on avait, il y a 20 ans.»

Le fond, la forme et Taylor Swift

Il s'agit d'un point que soulignent bien des animateurs interviewés: ils ont eu la chance de fignoler leur concept. Et plus les années passent, plus ils sont bons.

Ici Laflaque est passée d'un téléroman à un bulletin de nouvelles, par exemple, et les techniques d'animation ont pris du galon: «Chaque année on s'améliore», dit Serge Chapleau. 

«C'est sûr que parce qu'un show est long, il est rodé. Je pense qu'on devrait toujours donner au moins deux saisons à un show pour qu'il puisse s'améliorer et apprendre de ses erreurs. Parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, au Québec, avec la rapidité à laquelle il faut "pogner" et avoir des cotes d'écoute, on ne laisse plus beaucoup de temps au show de maturer. Si ce n'est pas hot au départ, ton espérance de vie est mince», témoigne Jean-René Dufort.

Tout comme ce dernier, Guy A. Lepage note que son émission est «rodée au quart de tour» et que sa longévité lui permet d'avoir des invités qui n'auraient jamais accepté l'invitation dans les premières années de Tout le monde en parle.

Guy A. Lepage donne comme exemple la mégastar américaine de la chanson Taylor Swift qui, en 2014, a mis les pieds dans le studio 42.

«Au retour de l'été, je suis rentré au bureau et il y avait deux noms de bookés pour l'automne. Pour la dernière émission de décembre, il y avait Patrick Huard. Et pour la deuxième semaine, il y avait Taylor Swift. Je pensais que c'était une joke lorsque j'ai vu ça et j'ai demandé qui l'avait bookée. La rédactrice en chef, Carole-Andrée Laniel, m'a dit: "Ils nous ont appelés"», raconte-t-il.

Guy A. Lepage poursuit: «Ça, ça prend des années... La première année de Tout le monde en parle, Taylor Swift ne nous aurait jamais appelés.»

L'avion à réaction

L'équipe d'Infoman ne savait pas si l'émission serait reconduite à l'automne 2007. Radio-Canada tardait à donner sa réponse, si bien que Jean-René Dufort et ses acolytes ont décidé de prendre le taureau par les cornes.

«Nous avions eu vent que Mario Clément [directeur général de la télévision de Radio-Canada à l'époque] était tanné de nous et qu'il voulait nous flusher. Nous avions décidé de louer un avion avec un drapeau écrit "Pis, Mario, on revient-tu?" et le faire tourner autour de la grande tour», raconte Jean-René Dufort.

L'avion n'a finalement jamais décollé. Lorsque Mario Clément a appris ce que l'équipe préparait, il aurait donné son aval pour une prochaine saison. C'est dire l'incertitude qui plane chaque printemps lorsqu'il est temps de dire «on redécolle» ou «on tire la plogue».




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