Pourquoi il faut regarder le film sur Joan Didion

Dès aujourd'hui, Netflix présente Joan Didion - The Center Will Not Hold, documentaire consacré à cette légende de la littérature américaine. On vous explique pourquoi ce film est un évènement.

PARCE QU'ON VOIT RAREMENT JOAN DIDION À L'ÉCRAN

Aujourd'hui âgée de 82 ans, Joan Didion est fragile. Elle accorde peu d'entrevues et laisse rarement le public entrer dans son intimité. Si elle a accepté de se prêter au jeu du documentaire, c'est parce que c'est son neveu, Griffin Dunne, qui en a eu l'idée et qui le réalise. « C'est une lettre d'amour à Joan », a-t-il déclaré en parlant de ce film dont la production a été amorcée il y a six ans grâce à une campagne de sociofinancement.

PARCE QUE SON PARCOURS EST FASCINANT

L'histoire de Joan Didion et de son mari, l'écrivain et scénariste John Gregory Dunne, est intimement liée à la petite et à la grande histoire des États-Unis. Originaire de Sacramento, Didion est retournée vivre en Californie avec Dunne et leur fille adoptive, Quintana Roo. En plus de travailler à leurs livres respectifs, les deux auteurs collaboraient à l'écriture de scénarios de film. Les stars défilaient dans les soirées qu'ils organisaient dans leur demeure de Malibu. En plus de ses romans, Joan Didion a écrit de longs reportages sur plusieurs évènements qui ont ébranlé l'Amérique : l'affaire Charles Manson, l'enlèvement de Patty Hearst, le viol d'une jeune joggeuse à Central Park. Son regard sur la société américaine est à la fois superficiel et très profond. Elle mélange le sérieux et le futile, l'important et le mondain. Elle décrit avec brio la vie comme elle se présente à nous, c'est-à-dire comme un chaos auquel il est souvent difficile de donner un sens.

PARCE QUE JOAN DIDION DÉTESTE LES CLICHÉS

On le voit durant les entrevues qu'elle accorde à son neveu, l'auteure de Slouching Towards Bethlehem n'a rien perdu de sa vivacité d'esprit. Depuis son premier texte publié dans Vogue en 1961, elle a toujours posé un regard différent sur les choses et les évènements. C'est son grand sens de l'observation et son regard clinique qui ont fait sa renommée. Aucun détail ne lui échappe, comme si elle voyait tout en même temps. « Je parle d'une époque où j'ai commencé à douter des prémices des histoires que je me racontais jusqu'ici », a-t-elle écrit. Son regard est pénétrant et son écriture, quasi radiographique. Dans ses reportages, elle décrit le côté sombre des mythes et des légendes. Quand son neveu lui demande si ses textes plus personnels, comme lorsqu'elle raconte ses problèmes conjugaux dans The White Album, ont été source de tension entre son mari et elle, Didion répond : « Il n'y avait pas d'entente entre nous sur ce que nous pouvions écrire ou pas. C'était implicite qu'on écrivait avec ce qu'on avait, et à cette époque, c'est ce que j'avais. » Dans le documentaire, Griffin Dunne réserve une belle place aux écrits de sa tante qui sont lus à voix haute.

PARCE QUE C'EST UNE FEMME LIBRE

Joan Didion n'est pas une femme conventionnelle. Sa relation avec son mari est symbiotique, « ils sont presque toujours ensemble », témoigne un ami dans le film. Il n'y a aucune jalousie entre eux à propos de leur écriture ou de leur carrière, assure Joan Didion. Elle accompagne souvent son mari lors de ses reportages et part seule (comme pour son reportage au Salvador) sans que cela pose problème. Elle n'est pas une mère traditionnelle pour sa fille qu'elle adore et qui lui a déjà reproché d'avoir été « en retrait ». Joan Didion ne parle jamais de féminisme dans le film, et elle ne revendique pas son appartenance à ce mouvement, mais elle est féministe par essence.

PARCE QU'ELLE EST BOULEVERSANTE LORSQU'ELLE ÉCRIT SUR LA MORT

L'année de la pensée magique (2005), dans lequel Joan Didion écrit sur la mort de son mari, a été un tournant dans sa carrière. Dans ce livre où elle raconte avec précision l'année qui a suivi la mort de son compagnon de toujours, elle a su toucher les gens au coeur. Le livre, qui est souvent offert à quelqu'un lorsqu'il vit un deuil, s'est vendu par millions. David Hare - interviewé dans le film - a mis en scène la pièce de théâtre, tirée du livre, avec en vedette l'actrice Vanessa Redgrave, qui a elle-même perdu sa fille Natasha Richardson. Son livre Le bleu de la nuit, qui parle cette fois de la mort de sa fille moins de deux ans après celle de son mari, a également eu beaucoup de succès.

PARCE QUE JOAN DIDION EST UNE ICÔNE

Sa participation à une campagne publicitaire de la marque de vêtements Céline, en 2015, avait fait couler beaucoup d'encre, mais ce n'était pas la première fois que Joan Didion jouait les top models. En 1989, vêtue d'un col roulé noir, elle posait avec sa fille devant l'objectif d'Annie Leibovitz pour une publicité de Gap. Son visage s'est déjà retrouvé au dos d'une veste de la designer Alice Lancaster. Aujourd'hui, Joan Didion est une icône au même titre qu'Andy Warhol ou que le Che. Un grand nombre de ses photos sont devenues des classiques, mais la plus célèbre est sans doute celle prise par Julian Wasser en 1968 où elle pose, cigarette à la main, appuyée sur une Corvette jaune garée devant sa maison de Los Angeles. Encore aujourd'hui, et malgré le fait qu'elle est octogénaire, Joan Didion est restée « cool ».

Joan Didion - The Center Will Not Hold

Netflix • 1 h 34




Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer