Abstract: The Art of Design: le design et nous

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

En cet âge d'or des téléséries, La Presse décortique chaque semaine une série qui vaut le coup d'oeil. Les artistes du design façonnent notre monde beaucoup plus qu'on pourrait l'imaginer, comme le démontre Abstract : The Art of Design, fascinante série documentaire de Netflix.

Tinker Hatfield, designer pour Nike... (Photo Bruce Ely, fournie par Netflix) - image 1.0

Agrandir

Tinker Hatfield, designer pour Nike

Photo Bruce Ely, fournie par Netflix

La graphiste et peintre Paula Scher... (Photo fournie par Netflix) - image 1.1

Agrandir

La graphiste et peintre Paula Scher

Photo fournie par Netflix

PUISSANCE DU DOCUMENTAIRE

Les séries documentaires ont la cote ces dernières années - remercions les chaînes spécialisées et les plateformes comme Netflix -, mais beaucoup des succès du genre appartiennent à la part sombre de l'humanité, si on pense par exemple à Making a Murderer ou aux innombrables séries sur la Seconde Guerre mondiale. S'il existe des documentaires sur l'art, les séries documentaires dans le même angle, elles, ne sont pas légion. Passée un peu inaperçue ici, la série Abstract : The Art of Design est une belle surprise, en particulier pour les néophytes qui y verront se déployer des univers insoupçonnés. Créée par Scott Dadich, éditeur en chef du magazine Wired, elle compte 8 épisodes de 45 minutes, dont chacun met en vedette des artistes au sommet de leur art dans des domaines aussi variés que le dessin, la conception de chaussures ou de voitures, la scénographie, la photographie, la décoration, le graphisme ou l'architecture.

DE L'ABSTRAIT AU CONCRET

La série a beau se nommer Abstract, elle nous donne une excellente idée des impacts concrets dans nos vies de ces concepts tout droit sortis de la tête d'artistes passionnés par leur métier. Le principal intérêt d'Abstract est qu'on nous explique le processus créatif d'idées jusqu'à leur réalisation, idées qui parfois ne semblent avoir aucun sens sur papier pour les amateurs que nous sommes. Cette série n'aurait pas la même efficacité si elle était radiophonique, disons. Car pour le citoyen lambda, une chaussure n'est qu'une chaussure, mais pour son concepteur, c'est un monde. Pour un fan, le dernier show de U2 est la preuve du génie du groupe, alors que la mise en scène du spectacle appartient surtout à la vision d'une scénographe. Et la photographie ou le dessin qui orne la une d'un magazine a été longuement pensé et travaillé pour que, frappé par la force d'une image, le lecteur achète numéro après numéro. « Un mélange de simplicité graphique et de puissance de l'esprit et de l'être, c'est ça, le design », estime le photographe Platon, qui a fait les portraits des plus puissants (Obama, Clinton, Kadhafi, Chavez, Poutine) comme des plus humbles.

UN AUTRE GENRE DE STARS

Les artistes présentés dans cette série sont loin d'être des travailleurs de l'ombre. Tinker Hatfield, Es Devlin, Christoph Niemann, Bjarke Ingels, Ralph Gilles, Paula Scher, Platon et Ilse Crawford sont des stars dans leur domaine, mais pour les non-initiés, aveuglés par le vedettariat au premier degré, ce sont de parfaits inconnus, qui ont pourtant une influence indéniable dans leur environnement. Par exemple, Tinker Hatfield, designer révolutionnaire chez Nike, considéré comme une légende dans son milieu, a conçu les célèbres chaussures Air Jordan, portées par le non moins célèbre joueur de basketball Michael Jordan. Quand on le voit travailler sur ses plans, on a l'impression qu'il veut créer rien de moins que la huitième merveille du monde chaque fois. Sa passion dévorante a des résultats : des millions de jeunes sont prêts à vendre leur mère pour porter ses souliers. Une expression qu'on entend dans la série résume assez bien l'une des fonctions des designers dans la société : ce sont des provocateurs culturels.

LE CHAMP DES POSSIBLES

Malgré un ton parfois un peu pompeux - c'est l'enthousiasme, probablement -, la beauté de cette série est que chaque épisode nous plonge dans des réflexions poussées sur le design. Cette incursion privilégiée dans la tête des designers nous fait voir le monde autrement, et c'est précisément ça, leur métier. Il est fascinant d'entendre, par exemple, la scénographe Es Devlin (qui a travaillé avec Kanye West, U2 et Beyoncé) raconter comment elle a transformé l'art de la scène, simplement parce qu'elle en avait un peu marre de voir les musiciens toujours placés de la même façon face au public. C'est vrai, quoi, est-ce que le batteur doit obligatoirement se trouver derrière le chanteur et les guitaristes ? On peut voir des tonnes de shows dans une vie, mais si la musique varie, sa présentation reste souvent statique. « Mon travail consiste à trouver un environnement pour la poésie », dit celle qui tente de briser les conventions qui se sont mises en place dans des espaces fixes. Gâtez-vous : Abstract : The Art of Design transformera votre regard sur les choses et les gens, ce qui est en soi une proposition assez rare. Elle est offerte en plus en français et en anglais.




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer