Making a Murderer, la série qui captive l'Amérique

Détail de l'affiche de Making a Murderer.... (PHOTO AP)

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Détail de l'affiche de Making a Murderer.

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Sébastien Blanc
Agence France-Presse
Washington

Encore récemment Steven Avery n'était qu'un numéro oublié parmi les 2,2 millions de détenus des prisons américaines. Mais, sujet principal d'une série captivante diffusée en streaming par Netflix, le voilà désormais au coeur d'un débat qui électrise les États-Unis.

Depuis la sortie le 18 décembre de Making a Murderer, chacun a son avis sur la culpabilité ou l'innocence de ce quinquagénaire au visage rondelet, condamné pour le meurtre en 2005 d'une jeune et jolie photographe, Teresa Halbach.

La question est explosive car, à supposer qu'Avery soit innocent, il a forcément été l'objet d'une machination ourdie par la police ou le procureur, vu les preuves apparemment accablantes qui l'incriminent.

Une hypothèse qui porterait un coup terrible à la crédibilité du système pénal des États-Unis, par ailleurs remis en cause sous bien des aspects actuellement.

Si Making a Murderer est à la fois passionnant et perturbant, c'est qu'il allie l'implacable véracité d'un documentaire aux suspense et rebondissements d'une série.

À cela s'ajoute le fait que le destin de Steven Avery est proprement stupéfiant, avant même l'assassinat de Mlle Halbach.

Le petit homme, à l'obstination aussi désarmante que son sourire, a grandi dans le comté de Manitowoc, dans l'État septentrional du Wisconsin, une de ces régions de l'Amérique peu tolérantes envers les gens qui marchent en dehors des clous.

Or, justement, les membres du «clan» Avery sont les vilains petits canards de cette zone côtière du lac Michigan: mal élevés, sales, ils vivent regroupés autour d'une casse automobile, dont les revenus leur permettent de ne pas basculer complètement dans la délinquance.

Dans le collimateur

Le jour où une mère de famille de la bonne société se fait violemment agresser en faisant son jogging sur la plage, les hommes du shérif se tournent naturellement vers les Avery. Ils parviennent à persuader la victime que Steven, marginal déjà père de quatre enfants, est l'auteur du viol.

L'accusé fait 18 ans de prison, avant d'être totalement blanchi en 2003 par une analyse ADN irréfutable.

Le scandale est d'autant plus retentissant que l'enquête contre Avery, exclusivement à charge, a permis au réel violeur de perpétrer d'autres crimes.

Le second coup de théâtre intervient quelques mois après, tandis que Steven Avery exige réparation pour sa réclusion injustifiée, dans une procédure mettant directement en cause les services du shérif et du procureur de Manitowoc.

À ce moment précis est localisée, sur le terrain de la casse Avery, la voiture de Teresa Halbach, portée disparue depuis qu'elle y est venue photographier un véhicule mis en vente.

Après plusieurs jours de fouilles, la clé de sa voiture est retrouvée dans la caravane de Steven Avery puis, encore plus tard, les ossements carbonisés de la victime sont identifiés à proximité. Enfin, un neveu de Steven, retardé mental, livre aux policiers un témoignage accablant pour son oncle.

À l'issue d'un procès organisé dans une tension indescriptible, Steven Avery est condamné à la prison à perpétuité.

Toutes les convictions se fissurent toutefois au fil des dix épisodes de Making a Murderer, sur lequel les deux réalisatrices, Laura Ricciardi et Moira Demos, ont travaillé plus de dix ans. Leurs centaines d'heures de tournage montrent les protagonistes vieillir progressivement.

Elles affirment ne pas avoir voulu prouver à tout prix l'innocence d'Avery, mais plonger dans le système pénal américain, pour en souligner les failles.

Pétition à Obama

Au final, malgré des critiques formulées sur l'objectivité de Making a Murderer, on ne sort pas indemne de son visionnement.

Un demi-million de personnes ont signé une pétition pour demander au président Barack Obama de gracier Avery, mais la Maison-Blanche a répondu que ce n'était pas du ressort de l'État fédéral.

Par dizaines de milliers, les internautes ont également investi les réseaux sociaux, discutant à l'infini des investigations et s'improvisant eux-mêmes enquêteurs.

Ce débat qui agite le pays est relancé par un rapport de l'université du Michigan, publié mercredi, qui révèle que les États-Unis ont enregistré en 2015 un nombre record de 149 déclarations d'innocence pour des condamnés ayant purgé sans raison une moyenne de 14 ans et demi de réclusion.

Parmi ces 149 cas, 58 concernent des prisonniers finalement disculpés d'homicide.

Dans une lettre diffusée vendredi par sa nouvelle avocate, Steven Avery a rédigé de son écriture d'enfant: «À mes soutiens: je veux que toutes les analyses scientifiques soient faites. Je suis innocent».

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