L'orchestre de la deuxième chance

Ronald Braunstein en répétition avec son orchestre, composé... (Photo John Siddle, fournie par Me2)

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Ronald Braunstein en répétition avec son orchestre, composé en bonne partie de musiciens ayant une maladie mentale.

Photo John Siddle, fournie par Me2

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Ronald Braunstein n'est pas connu du grand public et pourtant, il a déjà dirigé les plus grands orchestres du monde. Dans la trentaine, un trouble bipolaire non diagnostiqué a pratiquement mis fin à sa carrière. Maintenant âgé de 60 ans, il a depuis fondé l'orchestre Me2, composé en bonne partie de musiciens ayant une maladie mentale, qu'il dirigera ce soir à l'Université Concordia, à Montréal.

Un peu plus tôt cette semaine, quand La Presse lui a parlé, le chef d'orchestre en était aux derniers préparatifs du concert, dans sa maison de Burlington, au Vermont. «Nous avons joué dans notre région, dans les différentes salles de concert, mais c'est la première fois qu'on nous invite à l'étranger», a-t-il expliqué, fier et quelque peu nerveux.

L'événement de ce soir est une collecte de fonds pour la fondation montréalaise Paradis Urbain, qui finance la maison UP Donald Berman, dans l'ouest de la ville. Les personnes souffrant de maladies mentales peuvent s'y rendre pour obtenir un emploi non rémunéré, en fonction de leurs talents, afin de favoriser leur retour sur le marché du travail.

Chez lui, aux États-Unis, un tel organisme aurait bien servi Ronald Braunstein lorsqu'il traversait ses crises. Car même s'il est un diplômé de la prestigieuse école de musique Juilliard, à New York, on ne lui a jamais enseigné à travailler, avec sa maladie, dans un monde aussi compétitif que celui de la musique classique.

Les plus grandes villes

Surdoué, le chef d'orchestre a commencé sa carrière avec les plus grands orchestres du monde: à San Francisco, à Berlin et même en Asie. Mais ses épisodes dépressifs l'ont rendu vulnérable et lui ont pratiquement fait perdre la carte.

«Selon où j'en étais sur mes montagnes russes d'émotions, je pouvais me présenter devant un orchestre dans une forme splendide ou avec une humeur terrible. Personne n'avait la même impression de moi», dit-il.

Un jour, il a passé près de 45 minutes avec des musiciens aux Pays-Bas pour qu'ils répètent une même note, jusqu'à la perfection. Une autre fois, la direction d'un orchestre a dû lui demander de quitter les lieux.

Ce n'est que dans les années 90 que Braunstein a rencontré un psychiatre qui a posé le bon diagnostic et qui l'a accompagné dans son cheminement. Or, l'industrie de la musique est parfois sans pitié. Le chef d'orchestre l'a appris à ses dépens.

«J'étais si heureux, mais surtout soulagé, que je me suis précipité pour annoncer la nouvelle à mon agent. Enfin, je comprenais pourquoi je vivais de telles émotions. Quand il l'a su, je n'ai plus eu de contrat avec des orchestres. À la fin de notre entente, il m'a simplement dit qu'il ne pouvait plus m'aider.On m'a jeté à la poubelle, et j'ai souvent été discriminé en raison de ma maladie», explique-t-il.

Un orchestre pour tous

Après plusieurs années de hauts et de bas, Ronald Braunstein a finalement fondé l'orchestre Me2, il y a quatre ans, avec sa femme Caroline Whiddon, qui est aussi musicienne.

«Notre orchestre est une petite société où tout le monde travaille ensemble. Environ la moitié des musiciens ont une maladie mentale, alors que les autres sont là pour nous soutenir», dit-il.

C'est en écoutant les bulletins d'information américains que Philip Silverberg, président du conseil d'administration de la fondation Paradis Urbain, a découvert l'histoire de Ronald Braunstein.

«Je l'ai appelé le soir même et suis allé à un de leurs concerts. Ce qu'ils font est très semblable à ce que nous faisons. Ils se rassemblent et travaillent pour obtenir un résultat incroyable, tous ensemble», explique-t-il.

Au Théâtre D.B. Clarke de l'Université Concordia, samedi soir.

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