Le parrain Kremer

Le violoniste Gidon Kremer et le pianiste Daniil... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le violoniste Gidon Kremer et le pianiste Daniil Trifonov, mercredi soir à la Maison symphonique.

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Claude Gingras
La Presse

À bientôt 67 ans, et avec la célébrité que l'on sait, Gidon Kremer peut sans doute se permettre de se présenter sur scène en bras de chemise et, surtout, de jouer les parrains. Il prend comme partenaire de tournée un jeune pianiste de 23 ans inconnu jusqu'à récemment, Daniil Trifonov, le laisse ouvrir seul le récital, accepte même que le nom du nouveau venu figure avant le sien sur le programme imprimé.

Le zèle du violoniste letton s'étend aussi à certains choix d'oeuvres. Il met au menu non pas une mais deux sonates de Mieczyslaw Weinberg, cet obscur compositeur soviétique d'origine judéopolonaise que Chostakovitch avait pris sous son aile. Du Weinberg, nous en aurons pour 46 minutes lors de cette soirée de plus de deux heures.

          

Premier entendu, le jeune Trifonov se révèle pianiste complet et musicien complet dans cette musique qui ne pardonne pas, c'est-à-dire dans Mozart. Les huit minutes de la Fantaisie K. 397 nous amènent à un sommet absolu. Tout est clair, détaillé, réfléchi; le débutant s'arrête au moment précis où il va manquer de naturel...

          

Un autre Mozart, la Sonate K. 481, et la très longue Fantaisie quadripartite de Schubert, en fin de récital, sollicitent le piano autant sinon plus que le violon, et Trifonov y déploie une technique, une musicalité et une présence exceptionnelles, prenant même l'initiative d'ornementer légèrement certaines reprises. Aucun doute possible : nous voici devant un pianiste appelé à devenir extrêmement important.

          

Si Kremer paraît un peu effacé dans le Mozart, même sur son précieux Amati de 1641, c'est que le violon a ici beaucoup moins à faire que le piano; en fait, il «accompagne» celui-ci, selon une tradition qui remonte au baroque. Les deux coéquipiers se rejoignent néanmoins pour une brève cadence improvisée avant la sixième et dernière variation du mouvement final.

          

Concernant Weinberg : voici quelqu'un qui n'a pas grand-chose à dire et qui le dit gauchement et pendant bien longtemps. Quels génies, Chostakovitch et Prokofiev, en comparaison! La Sonate pour violon et piano (25 minutes) demande aux deux partenaires énormément d'efforts...qui ne mènent nulle part. On sèche d'ennui. Et la Sonate pour violon seul (21 minutes), avec ses tirés, poussés et doubles cordes? Un bon élève de violon pourrait imaginer le même genre d'exercices.

          

Bien que l'auditoire de quelque 1400 personnes n'ait pas ovationné outre mesure, un rappel suit sans délai : une petite chose très bizarre du Géorgien Giya Kancheli composée pour Kremer et intitulée Rag-Gidon-Time.

 

GIDON KREMER, violoniste, et DANIIL TRIFONOV, pianiste.

Mercredi soir, Maison symphonique, Place des Arts.

Programme :

Fantaisie pour piano en ré mineur, K. 397 (1782) - Mozart

Sonate pour violon et piano no 5, op. 53 (1953) - Weinberg

Sonate pour violon et piano no 41, en mi bémol majeur, K. 481 (1785) - Mozart

Sonate pour violon seul no 3, op. 126 (1979) - Weinberg

Fantaisie pour violon et piano en do majeur, op. 159/D. 934 (1827) - Schubert

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