Casavant Frères: les artistes de l'orgue

Véritable caverne d'Ali Baba, Casavant Frères, toujours située... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Véritable caverne d'Ali Baba, Casavant Frères, toujours située dans son bâtiment d'origine à Saint-Hyacinthe, n'est pas une usine ordinaire. Elle a quelque chose d'un musée du patrimoine vivant avec ses planchers qui craquent, ses outils inventés sur place, ses gravures anciennes et ses plans conservés soigneusement depuis plus d'un siècle.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Caroline Rodgers
La Presse

À partir de ce soir, la Maison symphonique ne sera plus la même. Désormais, le grand orgue Pierre-Béique chantera régulièrement entre ses murs. Un instrument fabriqué ici, au Québec, par Casavant Frères. La Presse a visité l'entreprise centenaire à Saint-Hyacinthe pour découvrir le travail de ces artistes de l'orgue.

Véritable caverne d'Ali Baba, Casavant Frères, toujours située dans son bâtiment d'origine, n'est pas une usine ordinaire. Elle a quelque chose d'un musée du patrimoine vivant avec ses planchers qui craquent, ses outils inventés sur place, ses gravures anciennes et ses plans conservés soigneusement depuis plus d'un siècle. Et surtout avec ses 82 artisans qui peaufinent leur ouvrage avec la précision d'horlogers suisses.

«Nous avons des ébénistes, des soudeurs et bien d'autres corps de métier, mais nous avons aussi de ces gens dotés d'une capacité de création extraordinaire, ceux que l'on appelait autrefois des patenteux», explique Jacquelin Rochette, organiste et directeur artistique du grand orgue Pierre-Béique.

Recherche et innovation

Pendant quatre ans, ces artisans ont accumulé 40 000 heures de travail pour construire le colossal instrument de la Maison symphonique avec ses 6489 tuyaux. Un travail à la fois scientifique, technique, artistique et musical.

«Nos deux plus grands atouts, ce sont notre nom et notre savoir-faire, dit Bertin Nadeau, président. Nos employés sont très spécialisés. Ils arrivent ici avec leur talent et on les prend par la main pour leur transmettre ce savoir-faire qui ne s'apprend pas ailleurs.»

Une expertise qui ne s'est pas développée chez nous par hasard. Dans le Québec très catholique des siècles derniers, avec ses centaines d'églises, elle a trouvé le milieu parfait pour croître. Car ces églises et leurs fidèles avaient bien besoin de musique!

«Joseph Casavant a commencé en 1840, dit Bertin Nadeau. Les abbés du séminaire Sainte-Thérèse lui avaient demandé de rafistoler un petit orgue, puis il s'est mis à en fabriquer. Mais ce qui a vraiment lancé l'entreprise, ce sont les recherches et l'innovation, surtout quand l'électricité est arrivée. Les fils de Joseph ont obtenu une vingtaine de brevets d'invention, de connivence avec l'Université Laval. La prospérité économique du début du siècle dernier a facilité leur succès.»

Quel avenir pour l'orgue?

La pratique religieuse dépérit depuis belle lurette au Québec. Certaines paroisses sont forcées de fermer leur église ou de se départir de leur instrument. C'est le cas de celle de Saint-Charles-de-Limoilou. Au moment de notre visite chez Casavant Frères, l'orgue de cette église de la basse-ville de Québec était là pour être restauré avant d'être expédié en pièces détachées en Norvège, où il a été vendu.

«Il y a un grand marché d'orgues de seconde main. On peut servir d'intermédiaires pour que nos instruments aient une deuxième vie. On amène l'orgue ici, on le rénove, puis on l'expédie à l'acheteur et on envoie une équipe sur place le remonter.»

Il est certes triste de voir ainsi s'envoler des morceaux de patrimoine. Mais même si la facture d'orgue ne sera plus jamais ce qu'elle a été, elle a encore de beaux jours devant elle. Ce n'est pas demain la veille que l'on cessera d'être fasciné par ce monument musical que plusieurs qualifient de «roi des instruments».

«Traditionnellement, la principale fonction de l'orgue au Québec a été celle d'un instrument de culte, dit Bertin Nadeau. En Amérique du Nord, ce marché est en baisse, mais il est en croissance ailleurs, notamment en Asie. Nous sommes d'ailleurs en train de faire un orgue pour la cathédrale de Pékin.»

Mais l'avenir de l'orgue pourrait bien se trouver dans une autre «religion»: celle de l'amour de la musique.

«Dans bien des villages du Québec, il n'y a pas d'autre endroit que l'église pouvant servir de salle de concert et où l'on trouve un instrument de musique de haute qualité comme l'orgue. Puisque la pratique religieuse est en baisse, plusieurs de ces églises se donnent une vocation culturelle. Ce mouvement de l'orgue en tant qu'instrument de concert plutôt qu'instrument de culte grandit partout dans le monde. Seulement au Québec, en l'espace de quelques années, nous avons fait l'orgue du Palais Montcalm, à Québec, et celui de la Maison symphonique.»




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