Gustavo Dudamel: le Dude arrive à Montréal

Avec son image de garçon rieur et accessible,... (Photo Rainer Maillard, Bloomberg News)

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Avec son image de garçon rieur et accessible, sa gestuell exubérante et son abondante tignasse frisée, le chef d'orchestre Gustavo Dudamel attire les caméras.

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Gustavo Dudamel, vedette des chefs d'orchestre, visite Montréal pour la première fois la semaine prochaine avec le Los Angeles Philharmonic. Portrait d'un chef à la fois enfant prodige, phénomène médiatique et symbole politique malgré lui.

Quand La Presse a sollicité un entretien avec Gustavo Dudamel, la réponse est tombée rapidement: le chef vénézuélien de 33 ans n'accorde aucune entrevue aux médias montréalais. Sachant qu'en plus d'être l'un des chefs les plus sollicités de la planète, Gustavo Dudamel nage aujourd'hui en pleine controverse à cause des troubles politiques dans son pays, on comprend aisément pourquoi.

Le phénomène Dudamel est unique dans l'histoire récente de la musique. La précocité de son succès et son ascension fulgurante en font l'objet d'une attention constante. Avec son image de garçon rieur et accessible, sa gestuelle exubérante et son abondante tignasse frisée, il attire les caméras et frappe l'imagination du public. Mais au-delà de son image, Dudamel est reconnu pour son talent musical et dirige tous ses concerts de mémoire.

«À 18 ans, il avait déjà dirigé toutes les symphonies de Mahler et les opéras de Wagner en version concert, et il connaissait à fond le répertoire classique et romantique», dit le chef québécois Jean-Philippe Tremblay, qui connaît Dudamel depuis 2006.

L'ascension d'une vedette

Quand le Los Angeles Philharmonic a mis la main sur Dudamel pour son premier mandat comme directeur musical, en 2009, il était déjà courtisé par d'autres grands orchestres. À l'annonce de sa venue dans la Cité des anges, il est vite devenu la coqueluche des médias. Sa photo était placardée partout dans la ville et l'émission 60 minutes lui a consacré un reportage intitulé «Gustavo the Great». Avec sa bouille sympathique, il n'est pas étonnant qu'on ait surnommé «The Dude» cet amateur de football et de salsa.

Pour une ville comme Los Angeles, qui compte une multitude de groupes ethniques et une importante communauté hispanique, le fait d'avoir un chef d'orchestre latino était aussi symbolique. En 2009, le New York Times disait de lui qu'il avait «pénétré dans la conscience populaire de la même façon que Leonard Bernstein».

Véritable hyperactif, le chef vénézuélien multiplie les tournées et les participations à des festivals. Il commande une quantité d'oeuvres impressionnante aux compositeurs de l'heure et entreprend sans cesse des projets novateurs.

Ce concert à Montréal fait partie d'une tournée nord-américaine pendant laquelle l'orchestre visite San Francisco, Kansas City, New York, Washington, Toronto et Boston. Au programme: la Symphonie no 1 de l'Américain John Corigliano, et la Symphonie no 5 de Tchaïkovsky.

Le fils du Sistema

Pour comprendre l'ascension de Gustavo Dudamel, il faut comprendre El Sistema, système dont il est le produit. Cet extraordinaire réseau d'éducation musicale et d'orchestres de jeunes est devenu emblématique au Venezuela depuis sa fondation en 1975 par l'économiste et musicien José Antonio Abreu.

Au départ, l'objectif d'Abreu était de former de meilleurs citoyens et de lutter contre le crime et la délinquance. Il voulait utiliser la musique comme outil de développement social et d'intégration communautaire. Le système, financé par le gouvernement, vise d'abord la clientèle des quartiers pauvres.

Près de 40 ans plus tard, son initiative a touché plus de 400 000 jeunes et le pays compte environ 180 orchestres juvéniles. Jose Antonio Abreu a gagné son pari: El Sistema est devenu l'enfant chéri des Vénézueliens et la fierté du pays.

Selon une étude réalisée par la Banque interaméricaine de développement en 2007, chaque dollar investi dans El Sistema permet à l'état d'économiser 1,68$ en coûts sociaux. On lui attribue aussi une baisse de la criminalité chez les jeunes (dans ce pays doté d'un triste bilan en la matière). Aujourd'hui, le droit à la musique est inscrit dans la Constitution du Venezuela.

Digne représentant de cette philosophie, Gustavo Dudamel a déclaré récemment au magazine Diapason: «Face au pragmatisme du monde, le droit à la beauté, le droit à l'art doivent être reconnus au même titre que les autres droits de l'homme.»

Quatre heures par jour

Jean-Philippe Tremblay, qui a été chef invité plusieurs fois à l'Orchestre symphonique Simón Bolívar, a été témoin du phénomène.

«Le succès d'El Sistema vient de la qualité de l'enseignement dès le plus jeune âge, dit-il. Une tradition a pris forme. Au départ, 13 professeurs ont été formés à l'étranger et ils sont revenus transmettre leurs méthodes.»

La participation exigée des petits musiciens est exigeante. Après l'école, ils s'entraînent jusqu'à quatre heures par jour.

«À l'âge de 2 ou 3 ans, les enfants commencent à jouer sur des instruments en papier mâché qu'ils fabriquent eux-mêmes, dit Jean-Philippe Tremblay. Progressivement, ils jouent sur de vrais instruments et rêvent de faire un jour partie des orchestres Simon Bolivar. Mais ce qui m'impressionne le plus, c'est leur enthousiasme sincère envers la musique.»

Au sommet de ce système trônent des orchestres de niveau plus avancé, qui recrutent les plus doués. Pour les adolescents, il y a les orchestres Teresa Carreno et, pour les jeunes adultes, les orchestres Simon Bolivar, dont l'Orchestre symphonique Simón Bolívar, dirigé par Dudamel.

«Gustavo passe une dizaine de jours par mois au Venezuela pour travailler avec le Simón Bolívar, parce qu'il est très attaché à son pays et reconnaissant envers El Sistema et son fondateur, qui a aussi été son professeur. Malgré son succès, il retourne toujours à ses racines», dit Jean-Philippe Tremblay.

La première fois que Tremblay s'est rendu à Caracas, il a pu constater la popularité de Dudamel dans son pays en passant du temps en sa compagnie. «Quand il roule en voiture, il est traité comme un politicien, avec une escorte policière. Tout le monde veut lui parler, le toucher; c'est assez phénoménal à voir. Il est devenu le visage d'El Sistema, tant à l'international que chez lui. Mais ça reste une personne très humble et généreuse, et je ne crois pas que ça lui ait monté à la tête.»

Los Angeles Philharmonic, le 20 mars, 20h, Maison symphonique.




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