Marie-Nicole Lemieux : l'excellence sans la magie

La contralto Marie-Nicole Lemieux... (Photo: Denis Rouvre, fournie par Naïve)

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La contralto Marie-Nicole Lemieux

Photo: Denis Rouvre, fournie par Naïve

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Il est de ces récitals où tout semble réuni pour un triomphe et qui se contentent d'être magnifiques. Déjà, ce n'est pas rien. On peut chercher longtemps quels infimes détails ont pu empêcher la chimie et le courant de passer pour transformer ce qui est excellent en quelque chose d'inoubliable. Dans le cas du récital de Marie-Nicole Lemieux, hier, au Ladies' Morning Musical Club (LMMC), on trouvera peut-être un début d'explication dans la composition et l'ordre du programme.

Un programme original et exigeant, certes, mais un peu lourd. D'abord, le cycle des Wesendonck Lieder, de Richard Wagner, est trop sombre pour servir d'entrée en matière. Il est bien choisi pour mettre en valeur sa voix ambrée de contralto. Mais ce n'est qu'à partir du cinquième lied, Träume, que l'on sentira le public concentré et la chanteuse pleinement à l'aise. Elle traversera ensuite avec finesse et virtuosité 6 des 16 lieder connus d'Alma Mahler-Schindler.

Les défenseurs d'Alma Mahler aiment dire qu'elle fut un génie brimé par son mari Gustav. Ses détracteurs répliquent que sans la gloire de ce dernier rejaillissant sur elle, les lieder d'Alma, soi-disant d'ordinaires produits de leur époque postromantique, seraient restés aux oubliettes. La question devrait plutôt se poser en ces termes: peut-on vraiment juger avec justice du talent d'une compositrice à partir de seulement 16 chansons? Quoi qu'il en soit, le verdict dépendra énormément de la qualité de l'interprétation entendue. À cet égard, l'oeuvre d'Alma Mahler n'aurait pas pu trouver meilleure ambassadrice que Marie-Nicole Lemieux, dont l'art a le pouvoir d'embellir tout ce qu'il touche.

Après l'entracte, elle présente le difficile triptyque Shéhérazade, de Maurice Ravel, dont le premier poème, Asie, comporte quelques notes aiguës. Elle projette sans anicroche le si bémol aigu au point culminant. La (toute) petite déception du jour viendra plutôt du second poème, La Flûte enchantée. On a bien sûr affaire à un pianiste expérimenté, Michael McMahon, mais malgré son talent, on ne peut s'empêcher de regretter l'absence de la flûte dont le rôle est tellement important dans cette ooevre. Et puisqu'il en existe une version pour chant, flûte et piano, on se dit logiquement qu'un flûtiste invité aurait ajouté une petite touche magique qui faisait défaut.

Le récital se termine sur une note légère avec Trois poèmes pour chant et piano du compositeur belge Guillaume Lekeu décédé à l'âge de 24 ans en 1894 après avoir écrit des pages de musique très touchantes. Ces poèmes sont si mélodiques et agréables à entendre que l'on s'étonne de ne pas les trouver plus souvent au programme.

C'est devant une salle un peu tiède que la chanteuse revient sur scène pour un rappel, L'heure exquise, de Reynaldo Hahn.




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