Bernard Adamus: la mort du chansonnier

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De son propre aveu, Bernard Adamus était un peu fatigué du country et du folk.

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Josée Lapointe

Bernard Adamus en a fait du chemin, entre Brun, son premier disque réalisé dans un sous-sol, et Sorel Soviet So What, son troisième album qui sort vendredi, porté par le hit de l'été, Hola les lolos. Le chanteur fait maintenant partie des quelques incontournables de la rentrée culturelle, il en est bien conscient et savoure son moment.

«Ce que je trouve drôle, c'est que je n'ai jamais eu besoin de faire de compromis. Si j'avais dû me plier à un label ou autre chose, je ne serais jamais arrivé là. Parce que les compromis, ça donne des albums plates où il ne se passe rien.»

Il a beau rencontrer les journalistes à la chaîne pour faire la promotion de son nouveau bébé, Bernard Adamus n'a pas la langue de bois pour autant. Il parle franchement de son travail et de son nouveau disque, «le meilleur des trois», à son avis.

«J'étais un peu tanné du country et du folk, du côté nostalgique de ma musique. Je voulais qu'on dépasse le syndrome de la chanson et j'ai perdu le côté du petit gars assis tout seul sur la galerie. Ce gars-là, y'est mort. Over. Terminé.»

Sorel Soviet So What - jeu de mots inspiré du titre d'un album de Megadeth, So Far So Good So What - fait donc encore davantage de la place à la musique roots, est plus bluegrass, plus boogie, plus cajun que jamais. «J'ai amené mon blues ailleurs. Je trouve que c'est une suite logique et une évolution fort louable.»

Une évolution vers quoi? «Vers une plus grande américanité. Je voulais un disque plus cabaret, plus ville, plus saloon», dit-il, précisant que le titre a même failli en être Dix tounes américaines.

Orchestre world class

Même Éric Villeneuve, qui avait réalisé ses deux premiers disques, n'était pas très chaud à l'idée de retravailler avec Adamus. «Il trouvait que j'étais usé. Il me disait: «T'as plus rien à dire, t'es plus capable.» J'ai pris du temps pour écrire, puis je suis arrivé avec trois ou quatre nouvelles tounes. Il a dit: «OK, j'y vais, mais tu dois continuer à travailler.»»

Un vrai band a été formé, et toutes les chansons créées guitare-voix ont été transformées par le groupe pendant des semaines avant d'entrer en studio.

«C'est Tonio Morin-Vargas, un batteur de feu, qui a vraiment embarqué dans nos bobettes pour la réalisation et a amené ce côté pro. Genre: c'est cool, les jokes, mais pourquoi on fait pas ça avec un orchestre world class, avec des musiciens sur la coche?»

Souvent, c'était le jour même de l'enregistrement que la version finale apparaissait. Plus de cuivres sur une pièce, moins de guitare pour Adamus sur d'autres - «De toute façon je suis un très mauvais musicien, les gars me trouvent gossant» -, ajout d'un rap à la dernière minute, retrait d'un refrain ailleurs... Tout pour qu'il se «passe quelque chose et créer une étincelle».

Cela a contribué à donner un son différent à ce disque «joyeux et vivant, mais qui rentre dedans et ne fait pas de quartier», estime Adamus. C'est aussi son disque le plus cru, ajoute-t-il. Sorel Soviet So What n'est pas pour toutes les oreilles... quand on réussit à comprendre les paroles de certaines chansons, qui sont crachées par Adamus à une vitesse vertigineuse!

«C'est vivant quand tu mords dedans. Ça me donne un sentiment de satisfaction intense. Comme dans Les pros du rouleau, ça prend du temps à monter, à découper: tout mon texte doit être très clair et intégré avec les musiciens. Pour avoir l'air du meilleur slacker au monde, ça prend de l'ouvrage pareil.»

Moins intime

Adamus continue par ailleurs à raconter ses histoires de brosses et de débauche, d'amours sombres et d'amitié virile...

«J'ai passé les dernières années en tournée, alors ça reflète pas mal ce qui se dit dans un truck de tournée!», explique-t-il. S'il ne s'est pas complètement assagi - «Je bois beaucoup d'alcool, mais tout autant d'eau...» - , il se couche parfois un peu plus tôt et ne voit plus chaque soirée comme la dernière. «Je sais maintenant qu'il y en aura d'autres. Mais je reste un drôle d'animal.»

Ses histoires épiques et éthyliques s'inspirent la plupart du temps de personnes de son entourage. Mais l'auteur estime qu'il peut créer la meilleure peinture s'il réussit à s'identifier à cette personne. «J'ai fait un album très personnel, mais moins intime... Ouain, ça veut rien dire, ce que je viens de te dire.»

On essaie de traduire: il parle plus des autres et moins de lui?

«C'est ça, j'ai assez parlé de moi. Je me raconte quand même beaucoup, mais de façon moins intrusive. Là, je comprends mes limites quand j'écris. C'est mieux d'appeler mon ex et de lui dire ce que je pense plutôt que d'écrire une toune avec ça.»

«Sur Numéro 2, j'ai raconté trop d'affaires qui n'avaient pas rapport sur un disque. C'était un beau moment, émouvant, mais j'aurais pu fermer ma gueule.»

Être attendu

Bernard Adamus s'estime aujourd'hui beaucoup plus zen qu'à la sortie de Numéro 2, il y a trois ans. La pression est disparue, note-t-il. «C'était encore nouveau, les choses avaient pris un certain envol, mais je savais pas ce que ça donnerait. Là, j'ai appris à gérer, je suis plus cool.»

En six ans, le chanteur a dû donner pas loin de 400 spectacles, ici et en Europe, et s'apprête à reprendre la route dès la fin du mois. «On a déjà 25 dates de bookées d'ici la mi-décembre. Avant même que l'album soit sorti!»

C'est ce qu'on appelle être attendu. «Je le sais, je le sens, les gens m'en parlent dans la rue constamment. Hola les lolos, une chanson qui a commencé comme une joke, a été numéro un au 6 à 6 de CKOI cet été. Et je vais être au Banquier en octobre... Sans m'en rendre compte, je suis passé du côté obscur de la Force!»

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ROOTS. BERNARD ADAMUS. SOREL SOVIET SO WHAT. GROSSE BOÎTE.

Lancement aujourd'hui aux Foufounes électriques.

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