Rickie Lee Jones: l'inspiration retrouvée

Grande voyageuse devant l'Éternel, Rickie Lee Jones s'est... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Grande voyageuse devant l'Éternel, Rickie Lee Jones s'est toujours imprégnée des endroits où elle a vécu.

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Rickie Lee Jones n'avait pas lancé d'album de chansons bien à elle depuis 10 ans. Comme elle le dit joliment, il lui fallait trouver quelque chose à peindre. À La Nouvelle-Orléans, elle a retrouvé l'inspiration, comme en témoigne son excellent nouvel album The Other Side of Desire.

Ce disque n'est offert que depuis deux semaines, mais il est si bien accueilli que l'artiste américaine voit déjà des producteurs de spectacles lui faire des courbettes. C'est au Lion d'or qu'elle lancera demain sa nouvelle tournée, qui lui fera parcourir les États-Unis et le Canada en compagnie de cinq musiciens de Montréal, au cours des six prochaines semaines.

La rencontre avec son nouveau groupe a eu lieu l'an dernier au Festival de jazz de Montréal, où le claviériste et directeur musical Vincent Réhel s'était vu confier le mandat de réunir des musiciens pour l'accompagner le temps d'un spectacle. Le déclic s'est fait et la chanteuse les a invités à poursuivre sur cette lancée cet été.

« Je les aime, ils sont bons », nous disait-elle avec le sourire dans le hall d'un hôtel du centre-ville avant d'aller répéter avec ses nouveaux amis, mercredi. Outre le bassiste François Plante, qui remplace Martin Roy, la multiinstrumentiste et chanteuse Catherine Ledoux s'est ajoutée à la bande au grand plaisir de l'artiste américaine.

« Elle est super talentueuse et je suis tellement contente de l'avoir embauchée. On va être deux filles dans le car de tournée. En 1985, j'avais donné son premier boulot à une autre fille, Vonda Shepard, qui n'avait que 20 ans à l'époque. »

Vincent Réhel et ses amis ont sauté sur cette occasion unique d'accompagner une chanteuse américaine de cette trempe dans sa virée aux États-Unis. Réhel se réjouit de travailler avec cette artiste qui touche aussi bien au folk qu'au jazz et à la chanson et qui peut reprendre des standards, comme elle l'a si bien fait dans son album Pop Pop, en 1991: « Ça prenait des musiciens capables de jouer tous ces styles-là tout en étant au service de la chanteuse et des chansons. Son répertoire est tellement vaste. »

LA NOUVELLE-ORLÉANS

Grande voyageuse devant l'Éternel, Rickie Lee Jones s'est toujours imprégnée des endroits où elle a vécu. Ainsi, rappelle-t-elle, son séjour à Paris au début des années 80 avait nourri les influences classiques qui s'entendent sur son album The Magazine.

The Other Side of Desire est ancré à La Nouvelle-Orléans, où elle vit depuis quelques années. Jones raconte que le déclic musical s'est fait quand elle a vu jouer les Lost Bayou Ramblers et Louis Michot, qui ne chante toutefois que sur une chanson de son album, Valtz de mon père (Lover's Oath).

Mais malgré l'utilisation du banjo et du violon, quelques emprunts au langage cajun et la chanson J'ai connais pas, qui se veut un hommage à Blueberry Hill de Fats Domino, The Other Side of Desire est un album éminemment personnel, le genre de disque qui nous immerge complètement dans l'univers d'un artiste.

À vrai dire, c'est pour y retrouver une connaissance que Rickie Lee Jones s'est installée à La Nouvelle-Orléans. Et plus encore que la musique, c'est l'énergie et la résilience de cette ville qui l'a tellement inspirée qu'elle a refusé d'aller enregistrer son nouvel album à Los Angeles, comme le lui suggéraient bon nombre de réalisateurs.

« C'est l'âme de cette ville qui n'abandonne jamais. La Nouvelle-Orléans me fait penser à San Francisco en 1968. Plein de jeunes viennent y vivre, ils font les choses à leur façon et ils réinventent l'Amérique malgré la pauvreté ambiante et les séquelles encore tangibles de l'ouragan Katrina. »

« Le dixieland ne m'attire pas et je me fous du swamp pop, mais je me suis reconnue dans cette ville », explique la chanteuse.

LE FINANCEMENT PARTICIPATIF

L'inspiration, c'est bien joli, mais encore faut-il avoir les moyens de faire un album. Rickie Lee Jones raconte que depuis 12 ans, elle ne faisait pas un traître sou avec ses disques, son label payant la production d'un album et se remboursant tout de suite après à même les ventes.

Comme elle était fauchée, son album de reprises The Devil You Know, paru en 2012, l'a aidée, dit-elle: « Il y avait quelques bonnes chansons sur ce disque, mais, en l'enregistrant, j'ai vraiment senti que je m'étais égarée. J'étais perdue. »

Rickie Lee Jones n'a surtout rien contre le fait de reprendre les chansons des autres, ce qu'elle a fait avec une maestria certaine tout au long de plus de ses 35 ans de carrière. Au contraire, elle raconte qu'à ses débuts, elle vénérait des interprètes comme Frank Sinatra et Linda Ronstadt à une époque où il fallait écrire ses propres chansons pour être bien vu.

C'est par défi, dit-elle, qu'elle glissait une reprise dans ses concerts et ses disques: « Les gens me trouvaient cool alors je les dirigeais vers tous ces grands interprètes. C'était ma mission. »

Mais pour se sentir pertinente au moment où, comme beaucoup de femmes d'âge mûr, la dame de 60 ans se sentait mise de côté et en voie de devenir « invisible », il lui fallait créer de nouvelles chansons. Sinon, estime-t-elle, elle n'aurait été qu'une autre artiste qui gère son patrimoine et vit dans le passé.

Son nouvel album, enregistré sur son propre label, elle a finalement pu le faire grâce à une campagne de financement participatif qui lui a permis de récolter la somme de 110 000 $.

« Je voulais déjà faire ça il y a sept ou huit ans, mais mon agent me le déconseillait sous prétexte que ce n'était pas bon pour mon image, explique-t-elle. Le financement participatif m'a permis de vivre sans devoir être continuellement en tournée et j'ai eu le temps d'écrire de nouvelles chansons. »

Rickie Lee Jones n'avait pas lancé d'album de... (PHOTO FOURNIE PAR L'ARTISTE) - image 2.0

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PHOTO FOURNIE PAR L'ARTISTE

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Au Lion d'or dimanche, 20 h

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CHANSON

The Other Side of Desire

Rickie Lee Jones

Tosod/Sony

Ses musiciens montréalais

Vincent Réhel, directeur musical et claviériste

Il a joué avec Robert Charlebois, Diane Tell, Stefie Shock et le No Name Jazz Sextet.

François Plante, bassiste

Membre de Plaster, il a accompagné Mara Tremblay, Dumas et Alexandre Désilets.

Jocelyn Tellier, guitariste

On l'a vu avec Dumas, Catherine Durand, Fred Fortin et des musiciens de jazz.

Massimo Sansalone, batteur

Hors du jazz, il a joué avec Kid Koala et Damien Robitaille.

Catherine Ledoux, chanteuse et multiinstrumentiste

Elle a été des spectacles du Cirque du Soleil, de Robert Charlebois, de Kevin Parent et d'Isabelle Boulay.

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