Suuns et Jerusalem in My Heart: objet musical non identifié

Les groupes montréalais Suuns et Jerusalem in My... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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Les groupes montréalais Suuns et Jerusalem in My Heart lancent mardi un album commun qui marie influences occidentales et orientales.

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

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Avant-rock, psychédélisme, krautrock, transe électronique, classique arabe. Qu'est-ce que c'est? Ni un album de Suuns ni un album de Jerusalem in My Heart. Un album de cinq musiciens et non de deux groupes. Ou encore... à la fois un album de Suuns et un album de Jerusalem in My Heart.

Voilà ce qu'il faut d'abord retenir de cet entretien avec Radwan Ghazi Moumneh, Benjamin Shemie et Joseph Yarmush.

Trois hommes assis dans un célèbre studio du Mile End. Le premier porte plusieurs chapeaux: ingénieur du son, réalisateur, performeur, musicien, compositeur, chanteur dont les enregistrements et spectacles arabo-électro-psychédéliques ont été applaudis. Il est aussi copropriétaire de l'hotel2tango, où la rencontre a été fixée. Les deux autres oeuvrent au sein d'un quartette rock parmi les plus visionnaires de la scène montréalaise.

Ben Shemie, chanteur et guitariste de Suuns, raconte les débuts de cette collaboration:

«Lors d'une tournée de Suuns en Europe, Radwan était notre ingénieur du son. Sur la route, nous parlions de musique avec beaucoup de ferveur et... nous avons convenu de faire quelque chose ensemble. La première étape consistait à passer une semaine en studio, soit en novembre 2012. Question de voir si ça pouvait marcher.»

Radwan Ghazi Moumneh, alias Jerusalem in My Heart, explique les consignes de ces premières séances:

«Chacun de nous cinq devait apporter une semence musicale, après quoi suivraient les interprétations, improvisations et arrangements collectifs. Nous avons écouté le résultat de ces séances, nous avons filtré; ça marche, ça ne marche pas, il faut ajouter ceci ou cela... Il fallait procéder ainsi, car nous n'avions pas encore de dynamique commune en création.»

Ben Shemie:

«Avec Radwan, ce fut une façon différente de travailler, car nous ne pouvons nous rencontrer que sporadiquement, sur de courtes périodes. Nous avons fini par présenter une première ébauche sur scène au festival Pop Montréal, soit en septembre 2013 au Musée d'art contemporain. C'était l'occasion de tester notre matière devant public, d'évaluer vers où nous devions aller pour la suite des choses. Il faut dire que c'était alors une expérience de création et d'amitié. Nous n'avions pas d'attentes professionnelles ou commerciales.»

Radwan Ghazi Moumneh:

«Au départ, nous ne devions pas faire d'album, sinon un vinyle en pressage limité. Tout était autofinancé entre amis. Nous le faisions pour le processus de création et non pour le produit. Or, les labels Secretly Canadian et Secret City Records ont beaucoup aimé.»

Une recette qui lève

Visiblement, l'amalgame était viable. Relativement court, l'album compte sept pièces et dure 37 minutes. Une nouvelle pièce a été composée par la suite, mais il était trop tard pour l'ajouter à l'opus. Quoi qu'il en soit, dans les petits pots les meilleurs onguents: rares sont les expériences rock desquelles se dégage une telle dialectique entre Occident et Orient.

Originaire de Beyrouth, Radwan Ghazi Moumneh souligne la qualité de cette connexion culturelle:

«Vous savez, ma culture arabe n'est pas si prééminente dans cet album, en ce sens que mes collègues l'ont aussi interprétée à leur manière. Un des nouveaux morceaux de Jerusalem in My Heart, d'ailleurs, a été influencé par cette collaboration, d'autant plus que Liam [O'Neill, le batteur] en a programmé les rythmes électroniques.»

Identités multiples

Ben Shemie souligne la difficulté à identifier la forme de ces musiques électro-rock saupoudrées de mots:

«Les paroles sont venues après les mélodies et la musique. Au début, nous n'étions pas très clairs là-dessus. Quand j'ai pu saisir quelle direction nous avions prise, les mots me sont venus. Dans la pièce In Touch, par exemple, un poème surgit au milieu et aborde le thème de l'inévitable changement, intérieur ou universel.»

Radwan Ghazi Moumneh exclut la forme chanson pour décrire cette collaboration:

«Il y a de la voix, il y a des mots, mais ce sont des pièces et non des chansons. Ce qui n'empêche rien: par exemple, les paroles de Seif sont du grand poète libanais Talal Haidar. Il n'y a pas beaucoup de texte dans cet album, mais l'insertion des mots est précise lorsqu'ils conviennent à la musique.»

Joseph Yarmush, guitariste et bassiste de Suuns, ne peut préciser si Suuns et Jerusalem in My Heart pourront bientôt présenter dans un même programme leurs musiques respectives et le fruit de leur collaboration. Il faut, selon lui, laisser le temps au temps:

«Nous allons d'abord commencer par tourner et présenter ce nouveau projet à nos publics respectifs. Nous l'avons fait en Europe et à Montréal, nous avons vu des points d'interrogation sur les visages. Avec cet album, cependant, nous pourrons faire réaliser aux fans que cette démarche est différente. Ensuite, on verra.»

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Avec la participation de la vidéaste Sabrina Ratté, les cinq musiciens se produiront au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, le 14 mai, à minuit, au Colisée des Bois-Francs.

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