Joe Bocan: repartir à zéro

En 1989, la chanteuse Jo Bocan remportait le Billet d'argent pour son spectacle... (Photo: David Boily, La Presse)

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En 1989, la chanteuse Jo Bocan remportait le Billet d'argent pour son spectacle Vos plaisirs et le mal, qui à l'époque avait été vu par 25 000 spectateurs. Ceux-ci s'étaient déplacés, qui au St-Denis, qui en province, pour voir la flamboyante Joe Bocan chanter, danser, plonger dans une piscine sur scène, tourner sur une hélice de Cesna avant de prendre feu. Littéralement. La mise en scène était de René Richard Cyr et de Claude Poissant, les éclairages de Michel Beaulieu et les costumes de Michel Robidas. Joe Bocan était à ce moment-là au faîte de sa carrière et au sommet d'une gloire à laquelle elle allait renoncer pour faire trois enfants avec le musicien Charlie Biddles Jr et pour les élever à la campagne.

Assez paradoxalement, celle qui passait pour la flyée des flyées et que certains voyaient comme la cousine ou la petite soeur de Diane Dufresne a choisi en fin de compte le modèle familial assez traditionnel de mère au foyer qui abandonne sa carrière pour élever ses trois enfants. Le seul excès dans ce choix était d'aller vivre dans un petit village de Lanaudière, loin des tentations de la ville et, pendant les premières années du moins, sans câble, ordinateurs ni jeux vidéo.

«Je voulais que mes enfants connaissent une enfance saine à la campagne, à jouer dehors, à faire du sport, à profiter de la nature. C'était un choix que j'ai fait en toute connaissance de cause et comme il n'était pas question que je me sépare de mes enfants pour partir en tournée, j'ai donc abandonné le métier», raconte Joe Bocan.

Pendant ces années-là, Joe Bocan n'a pas complètement renoncé à sa créativité ni à ses talents de comédienne et de conteuse.

Pour nourrir sa progéniture, elle a donné des conférences, écrit des scénarios de jeu de rôles pour des intervenants en psycho. Elle a aussi enseigné le théâtre à des jeunes décrocheurs. Et elle a créé pour les tout-petits, le personnage de la Comtesse d'Harmonia, qu'elle a trimballée dans les garderies avant d'enregistrer deux disques sous son nom.

Vingt-cinq années se sont écoulées depuis cette époque folle de succès, de vertiges et de tourbillons. Les enfants ont grandi et les plus vieux, Charlotte (21 ans) et William (19 ans), ont commencé à voler de leurs propres ailes. Un jour, leur mère s'est demandé s'il n'était pas le temps de revenir en ville, de reprendre son métier de chanteuse, quitte à repartir à zéro comme la chanson du même nom.

C'est ainsi que je retrouve Joe Bocan dans un café du Village, à deux coins de rue du bar-cabaret l'Apollon, où elle va passer l'été à jouer dans la comédie musicale Catnip!, l'herbe qui rend les chats fous.

Joe Bocan n'a plus 30 ans comme la première fois que je l'ai interviewée dans sa cuisine de la rue Berri, mais elle est toujours aussi belle, fraîche et de cette naïveté un brin volontariste qui lui fait voir le beau côté des choses même quand la beauté du monde est rare, sinon fuyante.

Retourner à sa passion

Pourquoi revenir? Pourquoi maintenant?

«Parce qu'à un moment, il faut retourner à sa passion», répond Joe en ajoutant que ça fait quelques années déjà que l'envie de faire un nouveau disque la démangeait. «Ma fille Charlotte, qui est une grande voyageuse, m'a beaucoup poussée et encouragée. Elle a été ma source d'inspiration tout au long de l'aventure.»

Retrouver sa passion est une chose, retrouver le milieu de la musique et une «business» qui sont à des années-lumière de ce qu'ils étaient, une autre. Joe Bocan s'est jointe à l'équipe du producteur Daniel Bélanger, qui s'occupe des carrières de Laurence Jalbert et de Patrick Norman. Puis en octobre dernier, elle a lancé La loupe, un CD très chanson française. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le CD est sorti sans bruit ni fracas et sans faire tilter les caisses enregistreuses comme à la belle époque où Joe lançait son premier album éponyme qui, dans l'année 88-89, a été certifié disque d'or après s'être écoulé à 50 000 exemplaires. Joe Bocan ne semble pas amère ni déçue de l'accueil un brin indifférent que son dernier CD a connu.

«Je suis consciente d'être un peu à contre-courant avec ce disque que je voulais engagé dans le propos avec une musique à la fois nostalgique, mais festive. J'y parle de ce qui nous dérange, nous déstabilise, nous pousse à nous poser des questions. Je trouve que le Québec en ce moment a de la difficulté à changer. La grève des étudiants nous avait donné beaucoup d'espoir. Depuis, on a l'impression d'être revenus en arrière.»

Joe Bocan espérait partir en tournée avec les chansons de La loupe ce printemps, mais rien ne s'est matérialisé. C'est alors qu'on lui a proposé de jouer le personnage de Solange, une dépressive accro à la télé et croqueuse de pilules dans Catnip!, une comédie musicale dont le livret est de Michel Duchesne, la musique de Stéfan Boucher et la mise en scène de Jean-Pierre Pérusse.

Au départ, c'est Frédéric Bédard qui devait interpréter le rôle de Solange. On ignore pourquoi elle n'y est plus, mais on comprend pourquoi Joe Bocan est, sur le plan du marketing, une sorte de valeur ajoutée à ce spectacle qui sera présenté tout l'été au Club Apollon, au coeur du Village. Comme Diane Dufresne avant elle, Joe Bocan a en effet été à la fois une vedette populaire et une icône gaie.

«Je ne sais pas si je suis une icône gaie, dit-elle avec modestie, mais c'est vrai que les gais m'ont beaucoup soutenue dans ma démesure et m'ont aidée à lancer ma carrière. Il y a deux ans, je suis venue chanter Apocalypso au Medley pendant la fierté gaie. Je devais juste faire une chanson, mais ils ne voulaient pas me laisser quitter la scène. Ça m'a beaucoup émue de sentir l'affection du milieu gai après toutes ces années.»

Rentrée montréalaise

Quant à sa rentrée montréalaise comme auteure-compositrice-interprète, elle se fera au Gésu le 8 septembre, date de l'anniversaire de Joe Bocan.

«Je suis très consciente que le milieu de la musique a complètement changé et qu'il n'est pas du tout assuré que je vais pouvoir en vivre, mais j'ai le goût de triper, de repartir la machine et de voir où la vie me mènera.»

Dans son grand succès Repartir à zéro, Joe Bocan chantait «revenir en arrière à des temps primitifs, retrouver l'eau l'air, est-ce un rêve naïf». Mais c'était dans une autre vie. Aujourd'hui, c'est le béton, la pollution et les chantiers de construction qui attendent Joe Bocan. La grande maison de Lanaudière sera bientôt mise en vente et la chanteuse entend bien s'établir à nouveau en ville. Réussira-t-elle à conquérir le coeur du public comme elle l'a fait il y a 25 ans? A-t-elle encore quelque chose de percutant à lui dire? Est-elle toujours synchrone avec son temps? L'avenir le dira. Chose certaine, à 56 ans, Joe Bocan n'a pas abandonné ses rêves pour autant. Ils ont seulement changé d'époque et d'adresse.

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