On l'aime-tu!: digne de Desjardins

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Les artistes ont entonné la chanson Chaude est la nuit à la fin du spectacle hommage à Richard Desjardins.

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Chaude était la nuit, hier, comme l'a chanté Richard Desjardins avec Abbittibbi à l'aube de sa carrière. Et c'est sur cet air de 1994, manifestement appris à la dernière minute, que la quinzaine d'artistes sur la grande scène des FrancoFolies ont conclu une soirée ardente et lumineuse. Ils avaient alors raison de sourire, puisqu'aucun d'entre eux ne s'était brûlé sur l'oeuvre du poète-ouvrier pendant les 100 minutes d'On l'aime-tu!, prolongement de l'hommage «endisqué» en avril.

Dans le contexte de ce concert attendu, certains interprètes - qui sont tous aussi auteurs et compositeurs, précisons-le - partaient avec une courte longueur de retard, garants de relectures de moindre amplitude, plus signifiantes dans la confidence que dans le grand déploiement. Du nombre: Stéphane Lafleur qui, toupet au vent et avec pas d'Avec pas d'casque, a su repousser les frontières de son Pays des calottes en ouverture. Seul un duo d'enfants l'avait précédé pour entonner Nous aurons. Clin d'oeil sympathique, sans plus.

Malgré l'absence remarqué de Koriass, qui n'a pas pu se mettre «là-d'ssus» hier pour «des raisons familiales», On l'aime-tu! n'a pas souffert de désavantage numérique par rapport à la version studio. La slameuse Queen Ka s'était ajoutée entre-temps, à la suggestion - prémonitoire? - de la metteure en scène Émilie Laforest. La jeune louve rameutée n'a pas déçu dans son appropriation pamphlétaire de Déboutonne ton blues. «On n'est pas venus icitte pour bercer les têteux, on n'est pas venus icitte pour éteindre le feu.» On aurait toutefois préféré qu'elle rapplique sans son texte à la main pour les courts monologues T'attends et Avec l'amour de Jésus.

C'était au tour de Philippe B de défendre Y va toujours y avoir, version plutôt assise - au sens propre comme figuré - quasi identique à l'enregistrement. Keith Kouna a su pour sa part relever sa fougueuse Jenny, notamment grâce aux arrangements orchestraux, emportant les amoureux vers «un grand mariage d'oiseaux».

Moments forts

Puis, toutes les lumières de la place des Festivals se sont éteintes le temps de L'homme canon de Yann Perreau, qu'on aurait dit projeté sur l'île entière: «Même que ma ville à' soir est belle, quand tu m'aimes, quand tu m'aimes enfin!» Et Montréal de recevoir et d'applaudir. Il allait plus tard plonger de tout son corps Dans ses yeux. En forme!

Yann Perreau a chanté L'homme canon et Dans... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse) - image 2.0

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Yann Perreau a chanté L'homme canon et Dans ses yeux.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, La Presse

Comme une seule femme devant des images de mer calme, Safia Nolin s'est ensuite avancée au micro pour implorer son public de lancinants Va-t'en pas. Personne ne s'en est allé, mais tout le monde s'est tu, aspiré par ces milliers de «silences bondés d'autobus tombés sur le dos».

Quelque part au mitan, Klô Pelgag, Philippe Brach et son porte-voix, assistés au choeur par les soeurs Boulay, Safia Nolin et Karine Pion, ont sans doute offert l'un des moments les plus réjouissants. La belle, tout de rouge vêtue, et le bum, fier fanfaron, ont été chaudement applaudis après leur relecture théâtrale. Il faut dire que le binôme avait déjà déconstruit Les Yankees de magistrale façon sur l'album source.

Autre moment fort: le passage d'Émile Bilodeau qui, du haut de ses 20 ans, n'a eu aucun mal à réveiller le parterre après une succession de prestations guitare-voix. Le benjamin de la famille a servi un truculent Chant du bum, avec une juste dose d'insolence.

Distribution tout étoile

Au total, une dizaine de pièces se sont ajoutées à la version vivante, dont Et j'ai couché dans mon char, que même le réalisateur de Desjardins n'avait daigné revisiter en studio. Keith Kouna s'est sacrifié sans faire de victime, sous un ciel pas fâché du tout, alors qu'une place entière jouait aux choristes. Le chanteur abitibien Philippe B a préféré danser avec la foule Un beau grand slow à 1500 milles de la version d'Éric Lapointe.

Une telle distribution d'artisans tout étoile, jumelée à une matière première d'exception extraite de vies simples et dures, ne commandait que très peu d'artifices scéniques. L'oeuvre en elle-même est suffisamment périlleuse. Émilie Laforest a misé sur des projections vidéo assez convenues qui alternaient entre paysages bucoliques, scènes urbaines et pictogrammes.

Le défi résidait davantage dans l'orchestration: faire en sorte que le répertoire de Desjardins prenne chair à grande échelle sans trop gruger l'os, la moelle poétique qui n'a souvent rien de dansant ou festif. Le band dirigé par l'expérimenté Guido Del Fabbro, sans voler la vedette, a injecté le groove nécessaire avec ses arrangements dominés par les cordes.

On l'aime-tu!, qui sera présenté plus tard cet été à Québec et à Rouyn-Noranda, n'est pas à la forme interrogative. Hier, les jeunes auteurs-compositeurs-interprètes sur scène et les milliers de festivaliers ont expliqué pourquoi. Oui, chaude était la nuit.




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