Bonne fête Montréal: tous Montréalais

Lulu Hughes, Marie Mai et Guy A. Lepage... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Lulu Hughes, Marie Mai et Guy A. Lepage

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Pour fêter le 375e anniversaire de Montréal, une gigantesque distribution d'artistes s'est réunie hier sur les planches du Centre Bell afin de célébrer l'amour des Montréalais pour leur ville certes imparfaite, mais ô combien unique! Voici notre critique d'une soirée bilingue, multiculturelle et créative. Bref, une soirée typiquement montréalaise.

Quoi?

C'était probablement l'un des spectacles les plus attendus de l'année: Bonne fête Montréal, l'événement à grand déploiement au Centre Bell animé par Guy A. Lepage, dans une mise en scène de Serge Denoncourt et produit par les soeurs Lucie et Luce Rozon. Unique et non diffusé à la télévision, la production a d'abord eu du mal à vendre tous ses billets, qui coûtaient de 79 à 224 $. Or, des rabais de dernière minute ont permis à d'autres Montréalais de se réserver un siège, sans compter les 500 billets qui ont été offerts aux sinistrés des inondations. «J'ai dépensé sans compter! Je ne m'en allais pas pour ça, je ne voulais pas un spectacle de cette ampleur, mais je suis euphorique avec ce projet», avait d'ailleurs confié plus tôt ce mois-ci la productrice Luce Rozon à La Presse, rappelant que son spectacle n'était pas subventionné.

Qui?

Une imposante palette d'artistes était présente hier au Centre Bell pour célébrer Montréal: Anna McGarrigle, Ariane Moffatt, Boogat, Dead Obies, Diane Dufresne, Étienne Dupuis, Gad Elmaleh, Jane McGarrigle, Kim Richardson, La Bronze, Laurent Paquin, Lily Lanken, Louis-José Houde, Lyne Fortin, Marie Mai, Martha Wainwright, Michel Louvain, Porn Flakes, Robert Charlebois, Rufus Wainwright, Sylvan Lanken, Yannick Nézet-Séguin et les musiciens de l'Orchestre Métropolitain, le pianiste Alain Sauvageau, ainsi que les danseurs Ronaldo Pineda, Maxime St-Jules, Anthony Beaudry, Geneviève Fabre, Valérie Poulin, Marie-Ève Pichette-Myre, Maya Pelletier, Mélanie Brabant et Lydia Garneau.

Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain

Photo Bernard Brault, La Presse

Le meilleur moment

Un véritable moment de grâce, où le temps s'est carrément arrêté, hier soir, a été rendu possible grâce à la mythique chanson Hallelujah de Leonard Cohen, disparu l'an dernier. Spontanément, les spectateurs ont sorti leur cellulaire pour transformer le Centre Bell en un champ de lucioles afin d'honorer le plus grand des Montréalais. Même s'il était là, Rufus Wainwright n'a pas pris part à cette interprétation, lui qui l'avait pourtant si bien chantée par le passé. Sur scène, il n'y avait que des femmes aux voix qui s'accordaient à la perfection. Mention particulière à Lulu Hughes, dont la performance a été puissante. On ne peut malheureusement pas en dire autant du son, inégal tout au long du spectacle. Marie Mai en a fait les frais, alors que son micro était beaucoup plus fort que celui de tous les autres. 

Le moins bon moment

Malheureusement pour les artistes et pour tous ceux qui ont travaillé à créer Bonne fête Montréal, plusieurs segments du spectacle présenté hier sont tombés à plat en première partie. On sentait par moments une réelle déconnexion entre le public et ce qui se passait sur scène. Par exemple, l'humoriste français d'origine marocaine Gad Elmaleh (qui a reçu l'Ordre national du Québec cette semaine) s'est exclamé que nous étions surpris de le voir sur scène lors de son arrivée. Il a lancé ça puisque le public était bien lent à réagir, même pendant son excellent numéro. Cette passivité dans la salle était aussi palpable lorsque les artistes voulaient faire bouger la foule. Pourquoi? Mystère... Heureusement, la deuxième partie du spectacle était bien meilleure.

Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 3.0

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Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain

Photo Bernard Brault, La Presse

Le coup de génie

Pas besoin de chercher loin pour créer un moment drôle, touchant et musicalement épatant. Cet instant de grâce est arrivé rapidement dans la première partie du spectacle lorsque le baryton Étienne Dupuis est venu chanter Nessun dorma devant des images projetées sur écrans géants des nombreux bouchons de circulation et des chantiers de construction qui paralysent la circulation de Montréal. À la fin de son incroyable prestation, un mot d'encouragement écrit en lettres rouges: «Nous vaincrons.» La foule du Centre Bell, assurément médusée par le talent du chanteur et l'humour de la situation, s'est spontanément levée. Il était temps, en ce début de spectacle trop calme.

L'occasion ratée

Tout était là pour faire vivre aux spectateurs de Bonne fête Montréal un moment inoubliable : le groupe Dead Obies sur scène, devant 11 617 personnes, accompagné des musiciens de l'Orchestre Métropolitain, dirigée par nul autre que le chef Yannick Nézet-Séguin. Or, dès les premiers instants, plusieurs micros des gars du groupe ne fonctionnaient pas ou coupaient sans cesse. Par moments, on voyait leurs lèvres bouger sans rien entendre. Heureusement que la musique de l'orchestre résonnait comme jamais dans le Centre Bell, donnant une mélodie incroyable au rythme des Dead Obies. Vraiment, sans pépin technique, le moment aurait été magique. En début de deuxième partie, ils sont revenus sur scène, sans problème de son et pour notre plus grand plaisir. 

Le verdict

À vouloir ratisser trop large - des Dead Obies en passant par Boogat, Marie Mai et Michel Louvain -, les créateurs de Bonne fête Montréal se sont légèrement perdus en cours de route. D'abord, commencer le spectacle avec une pièce de Wagner et l'Orchestre Métropolitain n'était peut-être pas le départ le plus «grand public». Entendons-nous: il faut applaudir cette volonté de démocratiser la musique classique, mais ce n'était pas le choix le plus évident pour énergiser une foule à qui on aurait voulu distribuer du café pour l'exciter et la réveiller un peu. 

Heureusement, la deuxième partie a été lancée sur un tout autre rythme, beaucoup plus maîtrisé et divertissant. Le numéro de Louis-José Houde, qui nous a raconté ses nombreuses conquêtes à Montréal (salutations à Julie du Saint-Sulpice et à sa famille), était succulent, tandis que le numéro de la famille McGarrigle (la Complainte pour Sainte-Catherine) était très touchant. Dommage que Rufus Wainwright ait hérité comme les Dead Obies et plusieurs autres artistes d'un micro déficient. Mais malgré ces nombreux problèmes de son, on peut dire que le party a enfin «pogné» pour vrai lors du medley disco! 

Dirons-nous dans dix ans: «Bonne fête Montréal, j'y étais»? Tout de même pas. Mais on en parlera certainement lors des prochains soupers de famille comme d'un bon concert qui a lancé les festivités du 375e anniversaire de la ville qu'on aime.




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