Le piano-bar de Prince

Donner deux spectacles en un soir seul sur scène à quelques jours d'avis, c'est... (PHOTO FOURNIE PAR RUBIN FOGEL PRODUCTIONS)

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Donner deux spectacles en un soir seul sur scène à quelques jours d'avis, c'est une chose. Le faire au piano alors qu'on s'est fait surtout connaître à la guitare en est une autre. Tel un Billy Joel, Prince a transformé le théâtre Maisonneuve en piano-bar, hier soir, avec le talent de séducteur qu'on lui connaît. La formule mettait en valeur sa voix, ses textes charnels et son plaisir - mêlé de dépendance - d'être sur scène.

Sans sa guitare

Pour le public, la tournée solo Piano & A Microphone n'allait pas nécessairement de soi pour Prince, qui s'est produit au Centre Bell il y a moins d'un an. Comment séduire les spectateurs dans le cadre formel du théâtre Maisonneuve sans ce qui a fait la marque de ses spectacles: un super-groupe, de la flamboyance, la possibilité de danser, mais surtout, Prince à la guitare.

Or, tout était là: le groove, l'excentricité de Prince et des spectateurs qui se levaient pour se déhancher à la demande de l'artiste qui a admirablement pigé dans son répertoire de près de quatre dizaines d'albums. «Le rêve dont nous avons tous rêvé», a dit Prince à la foule avec son ton et ses airs aguicheurs.

Dans le premier des deux spectacles, les lumières se sont éteintes sur une musique de détente digne d'un spa. Prince a fait son entrée avec une canne et son afro avant de prendre place avec élégance et stature au piano devant des projections psychédéliques.

À l'inverse de spectacles précédents de la tournée Piano & A Microphone, Prince n'a pas interprété ses chansons dans leur ordre chronologique. Il a même commencé le premier spectacle avec Big City, tirée de son dernier album, HITNRUN Phase 2, pour le terminer 90 minutes plus tard avec un titre méconnu, Purple Music. Une chanson qui date de 1982 où il dit ne pas avoir besoin de cocaïne, mais seulement de musique pour être high.

Nous en arrivons à la même conclusion quand nous voyons une star comme lui donner deux spectacles en un soir, ou se produire pendant quatre heures comme il l'a fait en 2011 au Métropolis.

Avec son look funk-disco, son corps svelte et son afro, Prince occulte ses 57 ans. Et il est manifeste que monter sur scène devant une foule constitue pour lui un besoin viscéral. À la fois pour le musicien et pour le grand séducteur en lui.

Intime

On s'attendait à un spectacle à forte saveur autobiographique, car Prince avait ficelé le premier spectacle de cette tournée autour du fait qu'il a développé ses habiletés pianistiques dans l'ombre de son père, le pianiste jazz John L. Nelson du trio Prince Rogers Trio, à qui il doit son nom.

Or, c'est seulement au rappel que Prince en a fait mention. «Mon père m'a montré comment jouer du piano, a-t-il raconté. J'ai appris surtout en le regardant... je ne crois pas que le funk s'apprenne dans les livres. C'est à propos de l'espace», a dit Prince avant d'interpréter How Come U Don't Call Me Anymore, tirée de la face B de 1999.

Le cadre intime du spectacle vu hier a permis de magnifier les paroles charnelles - pour ne pas dire cochonnes - de Prince. Entendues hier, Look at Me, U Got the Look, Little Red Corvette, Take Me With U, et le tube I Would Die 4 U, au grand bonheur des spectateurs.

Comme à son habitude, Prince décidait de tout. À ses ordres, les lumières s'allumaient pour que la foule se lève, danse, chante et tape des mains au son des Controversy et Raspberry Beret. La star a fait semblant qu'une fille s'assoyait à côté d'elle. «Fais attention de ne pas mouiller mon banc», a dit Prince à son admiratrice imaginaire. Une belle introduction à The Ballad of Dorothy Parker.

Ensuite, au beau milieu d'I Love U in Me, Prince a tout arrêté. «Feedback», a-t-il lancé avec désagrément. «Le speaker dans le piano. Allez, Jérémie...»

Après quelques secondes, tout est rentré dans l'ordre. Les spectateurs ont repris leur souffle, alors qu'au grand soulagement du technicien prénommé Jérémie, une crise a été évitée.

Un événement

À la fin de Paisley Park, Prince ne pouvait pas arrêter d'en répéter les accords au piano. «J'aime ce groove.»

La puissance soul de sa voix a magnifiquement bien servi son grand succès Purple Rain ainsi que ses reprises d'A Case of You de Joni Mitchell et de Waiting in Vain de Bob Marley.

Et le piano a permis à Prince d'enfiler ses chapeaux de séducteur et d'entertainer, en faisant se succéder des moments solennels presque gospel et d'autres plus groovy.

À chacune de ses visites à Montréal, Prince se réinvente et donne envie d'être du prochain rendez-vous. Un grand artiste, un grand musicien, un grand séducteur et un anticonformiste.

Prince ne fait rien comme les autres. Et il serait bon de voir plus de musiciens des jeunes générations avoir les mêmes intentions.

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