Bruce Springsteen: c'est pour ça qu'on l'appelle le Boss

Bruce Springsteen à la cérémonie Rock and Roll... (Photo: archives Reuters)

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Bruce Springsteen à la cérémonie Rock and Roll Hall of Fame, en avril dernier.

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(Albany) Dans la voiture qui nous ramenait d'Albany, dans la nuit de mercredi, nous avions le sourire un peu gaga de quatre fans finis du Boss, convaincus de tout connaître de lui depuis ses concerts extraordinaires des années 70 et qu'il avait encore réussi à étonner.

Les grands artistes de scène ont quelque chose des athlètes d'exception. Quand Bruce Springsteen s'est pointé sur scène sur le coup de 20h, précédé de sa tribu de 16 musiciens et chanteurs, il savait qu'il en avait pour trois heures à se dépenser sans compter.

Ce n'est plus le jeune fou des débuts qui courait son marathon quotidien sur scène, mais à 64 ans, le Boss en donne plus à son public que ceux qui ont la moitié de son âge. Quand sa troupe a droit à quelques minutes de répit, il reste seul avec sa guitare acoustique et son harmonica le temps d'une version dépouillée de la très belle Kingdom of Days qui prouve une fois de plus quel grand chanteur il est.

Entre le décompte d'ouverture - 1-2-3-4! - et la première mini-pause, il s'est écoulé plus de 35 minutes pendant lesquelles Springsteen et ses musiciens ont enfilé pas moins de sept chansons liées par les interventions énergisantes du batteur Max Weinberg. Puis Springsteen a annoncé la première surprise de la soirée: une reprise rhythm and blues de Treat Her Right qui a inspiré l'adolescent du New Jersey il y a 50 ans et qu'allaient emprunter par la suite Otis Redding et Tom Jones.

Personne d'autre que Springsteen n'ose sortir des sentiers battus et réécrire le programme de la soirée au fur et à mesure qu'elle se déroule. À Albany, la moitié de la liste de chansons prévues avant de monter sur scène a pris le bord, s'il faut en croire backstreets.com, le site web spécialisé en toutes choses Springsteen.

Il faut dire que rares sont ceux qui ont une culture musicale aussi vaste que le Boss. Dès le départ, il s'est lancé dans Don't Change du groupe INXS, une surprise qu'il avait réservée à ses fans australiens en mars dernier. Le ton était donné, Springsteen mordant de sa voix rocailleuse dans cet emprunt improbable magnifiquement coloré par les guitares chantantes du Boss, de Nils Lofgren et de la recrue Tom Morello, diplômé de l'école Rage Against the Machine.

Nous n'étions pas au bout de nos surprises, le E Street Band non plus. Bruuuuuce s'est mis à récolter les suggestions de chansons inscrites sur les cartons que lui tendaient ses fans. Une jeune femme lui demandait de danser avec sa maman? Il a réfléchi à haute voix avant de danser un slow collé avec la dame pâmée tout en chantant Save the Last Dance for Me des Drifters. L'instant d'après, il a ressuscité Seaside Bar Song, une obscure chanson de 1973 sortie 25 ans plus tard, à la demande de trois fillettes trop heureuses d'aller taper des mains sur scène aux côtés de l'idole de leurs parents.

Tout cela n'était rien en comparaison du clou de la soirée: Stayin' Alive des Bee Gees, également créée en Australie durant l'hiver. Un morceau de bravoure inspiré et inspirant, amorcé par la guitare acoustique du Boss et auquel les cinq cuivres et les choristes du E Street Band allaient injecter une folie contagieuse.

Qui donc peut s'approprier l'hymne disco par excellence et lui donner les couleurs jazzées de La Nouvelle-Orléans avec le respect dû à une chanson bien écrite? Celui-là même qui, récemment, poussait l'audace jusqu'à reprendre tout seul comme un grand, comme s'il venait tout juste de l'écrire, la chanson Royals de la toute jeune Lorde dans sa Nouvelle-Zélande natale.

Le public d'Albany, parmi lequel s'étaient glissés des Montréalais et des New-Yorkais, mais aussi des Allemands et une Italienne qui a pu danser avec le Boss, a goûté chacun des choix de son idole, tout autant les choses plus rares comme la poignante Something in the Night, la rockeuse Better Days et les vitaminées My Love Will Not Let You Down et Light of Days que des chansons rassembleuses à la Born to Run, Born in the U.S.A. et Dancing in the Dark.

Comme cette tournée qui se termine demain soir au Connecticut n'est pas passée par Montréal, ce fut également l'occasion de constater que Tom Morello s'intègre vraiment bien à l'équipe de Springsteen. La nouvelle muse du Boss fait des acrobaties guitaristiques et joue avec ses dents pendant High Hopes et l'électrisante The Ghost of Tom Joad, mais il peut aussi se fondre discrètement dans le E Street Band, cette institution à géométrie variable intronisée au Rock and Roll Hall of Fame le mois dernier.

Et c'est le vétéran Nils Lofgren qui vient chanter au micro central avec l'ami Bruce à la place de Steve Van Zandt, égaré quelque part entre les États-Unis et la Lilyhammer norvégienne qu'il a créée pour Netflix.

Bref, une soirée mémorable aussi bien pour les fans les plus pointus que pour ceux moins rompus au rituel springsteenien qui pourront se vanter d'avoir assisté à un concert unique.




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