Coeur de pirate: Paris, un an plus tard

Béatrice Martin a discuté avec notre chroniqueur de... (photo Darren Calabrese, archives la presse canadienne)

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Béatrice Martin a discuté avec notre chroniqueur de ce que les attentats de Paris ont changé dans son rapport à la scène.

photo Darren Calabrese, archives la presse canadienne

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Béatrice Martin, alias Coeur de pirate, était  à Paris il y a un an, au moment où ont eu lieu les attentats du Bataclan. Jointe cette semaine dans la capitale française, où elle entame une nouvelle tournée européenne, elle revient sur la tragédie  et sur son rapport changeant avec les médias.

MC: Tu as vraiment été adoptée par la France. Tu étais à Paris au moment des attentats. Je voulais savoir ce que ça évoquait pour toi, un an plus tard...

BM: Je ne suis ni française ni parisienne, et je me sens toujours un peu hypocrite de parler de choses qui ne me concernent pas directement. Mais j'étais là il y a un an, à Paris avec ma fille. Je m'étais couchée très tôt, et le lendemain matin, j'ai vu que j'avais reçu plusieurs textos de proches, dont mon père, me demandant si j'allais bien. J'ai cru que le « tour bus », parti sans moi la veille pour un spectacle à Lyon, avait eu un accident. J'étais stressée pour les musiciens. Puis j'ai compris assez vite ce qui s'était passé. C'est un drame qui a touché le monde de la musique et du spectacle de façon particulière. On s'est tous dit que ça pouvait nous arriver. Il y a des gens que je côtoyais chez Universal [sa maison de disques] qui sont morts. On a dû reporter deux spectacles. Les gens avaient peur d'aller dans une salle de concert.

Avais-tu peur toi aussi ?

Si tu te mets à trop réfléchir à ce qui pourrait se passer au chapitre de la sécurité, tu ne fais plus de concerts. Tout peut arriver. Ce qui est arrivé à Eagles of Death Metal fait partie de nos plus grandes craintes. Comme d'avoir un accident d'avion. Il ne faut pas trop y penser, sinon tu figes. Mon premier concert après les attentats était à Marseille. Oui, j'ai eu peur quand je me suis retrouvée sur scène. Il y a eu des répercussions pour tout le monde. Mais j'ai vu le public avec des drapeaux avec le signe de paix et la tour Eiffel, et j'ai vraiment senti quelque chose de magique. Une grande solidarité.

MC: Une volonté de ne pas succomber à la peur...

BM: Oui. En même temps, il y a eu d'autres attentats depuis en Europe : en Allemagne, en Belgique... Je me suis retrouvée dans un train, l'été dernier, alors qu'on faisait plusieurs festivals, à me demander si j'étais vraiment en sécurité. Ça change notre perception des choses. Un événement comme ça affecte forcément l'essence d'une ville et d'un pays.

MC: Ça n'a pas atténué ton envie de faire carrière en Europe ?

BM: J'ai fait beaucoup de tournée en Europe cette année. C'est rare que j'y sois aussi souvent. Je me suis même acheté un petit appartement à Paris, plutôt que d'être constamment à l'hôtel. Ça n'a pas changé mes envies, mais je dois t'avouer que j'étais très contente, chaque fois, de rentrer au Canada.

MC: C'est un symbole qui a été attaqué... Le Bataclan, c'est une salle où tu avais déjà chanté.

BM: Oui, j'ai même répété là-bas, l'été avant les attentats. C'est vraiment une salle mythique en France - comme l'Élysée Montmartre ou La Cigale - pour toute une génération de fans de rock. Il y avait beaucoup de victimes dans la trentaine. C'est une salle où les gens ont grandi en allant voir des concerts.

MC: Qu'est-ce que tu as pensé du choix de Sting pour la réouverture ? Ça m'a semblé étonnant...

BM: J'ai trouvé ça un peu weird, moi aussi. Sting a dit oui, donc tant mieux pour ses fans. J'aurais peut-être plus vu un band de rock français, mais il y a sans doute de bonnes raisons derrière ce choix. Je suis sûr que ce sera plein à craquer. Il est très gentil, Sting ! Ça va valoir la peine.

MC: Tu seras en spectacle ce week-end ?

BM: Oui, mais en Espagne. À Madrid et Barcelone, pour la première fois. Ensuite, je vais un peu en Italie avant une série de concerts en France.

MC: Tu as vraiment un succès paneuropéen, donc...

BM: Il y a des endroits où ça marche très bien. On a fait des salles de 1000 personnes à Amsterdam. Je ne me doutais pas de cet intérêt-là jusqu'à cette année ! C'est vraiment grâce à l'internet. On se plaint beaucoup du streaming - avec raison -, mais pour certains artistes québécois comme Milk & Bone ou Fjord, c'est une façon de faire de la promotion à l'international. Il y a des alertes sur Spotify quand tu donnes un spectacle quelque part. Ça m'aide beaucoup à remplir mes salles, notamment aux États-Unis.

MC: Si l'avantage, c'est que tu as de plus en plus de fans un peu partout, l'inconvénient, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui s'intéressent à ta vie privée...

BM: Oui et non. Jusqu'à tout récemment, je pouvais « poster » toutes sortes de niaiseries sur les réseaux sociaux et c'était sans conséquence. Les médias québécois s'en foutaient. Mais maintenant, j'ai l'impression que je ne peux plus rien faire. Ça a basculé. Certains médias se sont approprié quelque chose qui appartenait à tous mes fans. Tout ça ne m'appartient plus. Je trouve ça fou qu'on fasse un article sur des photos de ma fille que je « poste » sur Instagram comme n'importe qui. Et que les gens se permettent de les commenter. Je n'ai jamais demandé ça. Ce n'était pas comme ça avant. En France, même les médias people ne me traitent pas comme ça. J'ai dit à un journaliste que je ne buvais pas un soir et, comme je me flattais un peu le ventre, on a écrit que j'étais enceinte ! La rumeur a été reprise un peu partout. C'est vraiment triste. J'ai vraiment l'impression qu'au Québec, on fait maintenant n'importe quoi pour attirer des clics et des revenus.

MC: C'est une vraie dérive. Tout ce qu'on se permet de dire sur des artistes comme Safia Nolin ou toi. Tu as l'air de bien le prendre quand même...

BM: Je prends plaisir à le leur remettre en pleine face ! Il ne faut pas trop prendre ça au sérieux non plus. Quand on a écrit que j'avais l'air enceinte, j'ai répondu : "Vous pouvez me le dire si vous me trouvez grosse !" (rires) Il faut pouvoir s'en amuser. Je comprends la réaction de Safia. Elle a eu raison. Il fallait le faire. Mais on finit par ne plus trop accorder d'importance à ces commentaires-là.

MC: Tu as quand même changé tes habitudes sur les réseaux sociaux...

BM: J'en donne beaucoup moins. C'est dommage parce que j'avais à travers ça une belle relation avec les fans. Maintenant, je m'amuse plus à troller ceux qui le méritent ! (rires)

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