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Lucille Dumont, grande dame de la chanson, s'est éteinte

Lucille Dumont, en 1970... (PHOTO ANTOINE DÉSILETS, LA PRESSE)

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Lucille Dumont, en 1970

PHOTO ANTOINE DÉSILETS, LA PRESSE

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Daniel Rolland

collaboration spéciale

La Presse

Lucille Dumont, grâce à qui bien des carrières ont démarré, dont celle de Jean-Pierre Ferland, s'est éteinte à l'âge de 97 ans.

Celle qui était la doyenne de la chanson québécoise a eu une carrière d'une richesse incomparable, à la fois comme interprète de renom et comme pédagogue. C'est à l'occasion du quinzième anniversaire de sa carrière en 1950 que Roger Baulu, sur les ondes de CKVL, la qualifie de grande dame de la chanson, un surnom qui ne la quittera jamais tout au long de sa vie artistique.

Née le 20 janvier 1919 rue Saint-Timothée, en plein quartier Centre-Sud de Montréal, elle fait ses débuts dans le métier à la radio, le 16 octobre 1935, en compagnie de son maître de musique et mentor Léo LeSieur, qui dirigeait l'orchestre Sweet Caporal. L'émission était diffusée à partir de la salle Tudor, chez Ogilvy.

L'année suivante, la chanteuse a ses propres émissions Linger a While et The Messengers of the Melody sur les ondes de CFCF. On la voit par la suite à la barre de l'émission Chantons en choeur à CKAC et Chansons de Lucille et Enchantement, ces deux dernières à la radio de Radio-Canada. 

Fait remarquable, lors d'un gala pour les emprunts de guerre en 1945, elle crée la chanson Insensiblement, qui deviendra un tube mondial quand elle sera reprise par Jean Sablon.

Premiers succès sur disques 

Cela allait de soi que le monde du disque récupérerait cette chanteuse d'une si grande distinction. 

Elle remporte ses premiers succès en 1947, notamment C'était un jour de fête, Maître Pierre, Si tu viens danser dans mon village et Ah, c'qu'on s'aimait

« Le répertoire de Lucille Dumont n'a jamais eu les vertiges des premières places au palmarès », rapporte un commentateur de l'époque. 

Elle-même, réaliste, disait que les chansons à succès vieillissent trop vite. 

« Je préfère chanter des choses durables qui ne doivent rien aux modes », disait Lucille Dumont. La même année, elle est proclamée Miss Radio par les lecteurs du journal artistique Radiomonde. Et qui se trouve à jouer le petit page en culottes courtes pour Sa Majesté d'un soir? Un dénommé Pierre Lalonde!

Quand la télévision pénètre dans les foyers, en 1952, elle est de la première émission de télévision radio-canadienne, Le Café des Artistes, en compagnie des Gilles Pellerin, Jacques Normand et Paul Berval. Et ce qui est assez rare, à cette époque où les artisans de la télévision d'État et ceux de la télévision privée se regardent en chiens de faïence, Lucille Dumont passe de l'une à l'autre chaîne (de 1956 à 1973) avec une aisance déconcertante. Sa classe en impose partout. 

Durant quelques années, elle anime surtout À la romance à la télé de Radio-Canada, émission très écoutée puisqu'elle suit immédiatement la retransmission du match de hockey du samedi soir. Elle fait très peu de cabaret, sinon une prestation remarquée en avril 1952 au Montmartre. 

En 1957, elle remporte le Grand Prix de la chanson canadienne avec ce titre de Jacques Blanchet, Le ciel se marie avec la mer, qui devient sa chanson fétiche. 

Parce qu'elle défend bien les couleurs de la chanson d'ici, elle devient souvent le porte-étendard du Québec à l'étranger. C'est ainsi qu'en 1962, elle est déléguée par Radio-Canada à Bruxelles en compagnie de Jean-Pierre Ferland et Jacques Blanchet dans le cadre du concours de la Chanson de la communauté radiophonique française. Cinq ans plus tard, elle porte la chanson québécoise à Paris à l'Office de radiodiffusion française (ORTF). 

Lucille Dumont a à coeur de former des chanteurs pour la relève. C'est ainsi qu'elle inaugure en 1968 l'Atelier de la chanson. Parmi ses élèves, on relève les noms de Marie-Denise Pelletier et de Sylvain Lelièvre. On ne compte plus les dizaines de jeunes à qui elle a généreusement inculqué les rudiments de l'interprétation. 

Professeure exigeante, elle s'attache essentiellement au répertoire francophone. En octobre 1968, elle est en récital à la Comédie-Canadienne. Le journaliste de La Presse Claude Gingras, qui ne se consacrait pas encore exclusivement à la musique classique, couvre alors les variétés. Au lendemain de son spectacle, il écrit : « C'est toujours la même voix chaude, caressante, pénétrante, immédiatement reconnaissable. Et ce que Lucille Dumont chante encore mieux, ce sont ces chansons tendres, sentimentales, ce répertoire que l'on appelle dédaigneusement, mais à tort, les chansons d'amour. » 

Divorcée de l'annonceur sportif Jean-Maurice Bailly de Radio-Canada, elle aimait bien se retirer et prendre du repos dans sa résidence secondaire des Laurentides. En 1985, Radio-Canada lui consacre une émission spéciale pour souligner ses 50 ans de carrière. À cette occasion, Diane Juster et Luc Plamondon lui dédient une composition, Immortelle

Elle a reçu successivement l'Ordre du Canada et l'Ordre national du Québec en reconnaissance de l'importance de sa contribution à la scène artistique.

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