Tod Machover: composer, inventer, enseigner

Commandée par l'OSM, pour le concert Temps&Espace -... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Commandée par l'OSM, pour le concert Temps&Espace - Le Grand Orgue Pierre-Béique de la Renaissance à aujourd'hui, la pièce de Tod Machover marie l'orgue, la musique électronique et les mots inspirés de Montaigne.

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Parmi les oeuvres au programme du concert présenté ce soir à la Maison symphonique figure l'inédite de l'Américain Tod Machover. Rencontre avec un compositeur d'une polyvalence et d'un talent remarquables.

Créateur des jeux Rock Band et Guitar Hero, Tod Machover a composé une multitude d'oeuvres musicales. Il est aussi à l'aise dans les musiques électroacoustiques qu'instrumentales. Inventeur d'instruments de musique et de jeux interactifs, il enseigne au Media Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Innovant? Assurément visionnaire!

Commandée par l'OSM, pour le concert Temps&Espace - Le Grand Orgue Pierre-Béique de la Renaissance à aujourd'hui, la pièce de Tod Machover marie l'orgue, la musique électronique et les mots inspirés de Montaigne.

«Parmi tous les instruments acoustiques, le grand orgue est celui qui peut "remplir" le plus aisément une salle de concert, explique-t-il. Mais dans le contexte de notre époque, cet instrument a quand même des défauts: pas vraiment de contrôle d'intensité, pas de grande précision dans l'articulation contrapuntique [des superpositions mélodiques], j'en passe. Cela dit, cet orgue de la Maison symphonique est superbe et très bien construit.»

Vu la qualité du Grand Orgue Pierre-Béique, Tod Machover a imaginé le projet suivant:

«J'ai voulu créer un complément de l'orgue, c'est-à-dire ajouter à ses capacités des sons électroniques. En d'autres termes, j'ai créé des textures et des sonorités complémentaires à ce qui est joué par l'organiste Jean-Willy Kunz. Ainsi, les sons électroniques et les sons de l'orgue se croisent dans l'espace. La voix du comédien Gilles Renaud est aussi mise à contribution; il est le narrateur du livret et doit même chanter à l'occasion.»

Et pourquoi Montaigne?

«Parce que la première grande période de l'orgue remonte au XVIe siècle, soit l'époque de cet auteur formidable qui a formulé sa pensée en réfléchissant sur lui-même. C'est aussi l'époque où l'on a fondé la Nouvelle-France. Je ne serais pas étonné de voir des similarités entre la langue de Montaigne et celle que l'on parlait chez vous.»

L'art utile

Voilà une des innombrables activités créatrices de Tod Machover, 61 ans, né dans la grande région de New York et résidant de Boston depuis trois décennies.

«Je suis au Media Lab du MIT depuis les débuts. Chaque professeur y dirige son propre laboratoire, le mien se nomme Opera of the Future. Je m'intéresse à l'opéra parce que cette forme, dont la musique est le centre, peut réunir plusieurs disciplines artistiques. Bien au-delà de l'opéra au sens strict, je m'applique à créer des oeuvres qui peuvent toucher les gens ou leur être utiles.»

L'intérêt de Tod Machover pour les formules hybrides avec musique instrumentale et musique électronique ne vient pas de nulle part: «Ma mère est pianiste, mon père, informaticien de haut niveau, pionnier de l'infographie. Il croyait que l'informatique ne pourrait exister que si les gens avaient une aisance naturelle avec la machine», explique-t-il.

Le fruit n'est pas tombé loin de l'arbre.

Passage à Juilliard

Au début des années 70, le jeune musicien s'était inscrit à l'Université de Santa Cruz où il a fait la connaissance de Kent Nagano.

Plus tard, en Europe, il fera la rencontre de Pierre Boulez, «un héros de la musique contemporaine», à ses yeux. «Je lui ai demandé de m'enseigner la composition, il m'a plutôt suggéré de travailler avec Elliott Carter à Juilliard. Je suis donc rentré à New York où enseignait Carter. Je continue de croire qu'il est le musicien le plus créatif que j'ai croisé au cours de mon existence.»

À Juilliard, Tod Machover s'était aussi initié à l'informatique et à la musique électroacoustique.

«Puis Boulez m'a invité à travailler à Paris, à l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique. J'ai été compositeur en résidence avant de devenir le directeur de la recherche musicale. Déjà, on réfléchissait sur l'informatique appliquée à la musique jouée en temps réel. La musique électronique est formidable, mais il faut la lier au corps, aux gestes, aux rapports humains, à la vie.»

Au milieu des années 80, Machover est devenu professeur au Media Lab du MIT, formidable centre de recherche universitaire, où il conçoit encore aujourd'hui ses compositions et ses inventions. Il a mis au point des instruments interactifs pour les enfants et les personnes souffrant d'un handicap physique ou intellectuel. Si sa musique n'a pas été vraiment associée à la culture pop ou au rock, il a participé à la création des jeux Rock Band et Guitar Hero.

«J'ai conçu ces jeux avec deux de mes étudiants qui les ont ensuite commercialisés, dit-il. Ce n'est pas ce dont je suis le plus fier, mais je suis heureux que ces jeux touchent les gens qui veulent vivre une expérience musicale sans devenir musiciens. De manière générale, je cherche à inventer des objets, des concepts interactifs et des jeux qui ont un impact dans la vie des gens.»

Depuis quelques années, Tod Machover compose des oeuvres inspirées des sons de grandes villes: Perth, Toronto, Lucerne, Detroit...

«Je veux intégrer les sons des villes et impliquer leurs habitants afin qu'ils collaborent à ces oeuvres. Je veux que ces pièces soient aussi des réflexions sur les sons urbains. Cette idée de partenariat avec les citoyens me passionne. Je suis actuellement en train de terminer l'oeuvre symphonique sur Lucerne et je suis au milieu de celle sur Detroit.»

À quand Montréal?

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