Le blogue est-il mort?

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Les jeux sportifs virtuels en ligne connaissent un fort engouement aux États-Unis et sont devenus une industrie représentant plusieurs dizaines de milliards de dollars. À part Draftkings, une autre société, FanDuel, tente de s'imposer sur ce marché.

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Le 31 janvier dernier, un blogueur très connu, Andrew Sullivan, a annoncé qu'il mettait fin à son blogue publié sur le site The Dish. « J'ai envie de vivre, de lire, de regarder des films, d'écrire des textes plus longs et plus fouillés », a-t-il expliqué en substance pour justifier sa décision.

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Andrew Sullivan

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Le 31 janvier dernier, un blogueur très connu, Andrew Sullivan, a annoncé qu'il mettait fin à son blogue publié sur le site The Dish. « J'ai envie de vivre, de lire, de regarder des films, d'écrire des textes plus longs et plus fouillés », a-t-il expliqué en substance pour justifier sa décision.

Sullivan bloguait sur la politique et la culture depuis 2000, d'abord comme indépendant, puis au Time, à The Atlantic et au Daily Beast. Depuis 2013, il était redevenu indépendant et comptait environ 30 000 abonnés payants, pour un revenu annuel d'un million de dollars US. Une situation inimaginable au Québec.

Son départ de la blogosphère a causé tout un émoi. « C'est la fin du blogue, ont déclaré plusieurs chroniqueurs américains, dont Ben Smith, rédacteur en chef de Buzzfeed, lui-même ancien blogueur pour Politico.

Il faut dire que la mort des blogues est annoncée tous les six mois depuis environ 10 ans.

La réalité est toutefois plus nuancée.

Certains y croient encore, comme le site Gawker, qui annonçait en décembre dernier vouloir revenir à ses origines: les blogues.

D'autres ont jeté l'éponge.

C'est le cas du collègue Patrick Lagacé, qui a longtemps été parmi les blogueurs les plus lus du Québec. Aujourd'hui, il ne blogue plus. Pourquoi? Par manque de temps d'abord, explique-t-il, parce que son fils va à l'école et qu'il n'a plus ses soirées pour préparer ses blogues du lendemain. Et parce que professionnellement, il a décidé de consacrer plus d'énergies aux chroniques et aux dossiers qu'aux entrées de blogue. «Avant, dans ma vision des choses, chroniques et blogue avaient la même importance, affirme-t-il. J'ai changé d'idée: j'ai plus d'affection pour la chronique. Si j'ai un flash original, je préfère le garder pour une chronique, même si elle est seulement numérique.»

Le chroniqueur ne croit pas que les blogues soient morts, mais il estime que le monde des blogues, lui, l'est.

«J'en lis encore, mais moins qu'avant, dit-il. Twitter a remplacé les blogues comme plateforme pour s'informer sur un tas de choses. Sullivan était polyvalent, capable de pondre un essai de 2000 mots ET de simplement pointer vers un article intéressant de Glenn Greenwald sans rien d'autre qu'un hyperlien. Aujourd'hui, Twitter me pointe vers ce papier de Greenwald [dans The Intercept], je n'ai plus besoin du blogue de Sullivan pour le trouver.»

C'EST QUOI, UN BLOGUE?

Mathieu Charlebois (aussi connu sous le nom de @OursMathieu sur Twitter) est un des rares blogueurs rémunérés au Québec. À 33 ans, il compte déjà près de 10 ans d'expérience. Blogueur musique durant trois ans à L'actualité, il collabore depuis un an au blogue politique du même magazine.

«Le blogue, pour moi, c'est un texte d'opinion formaté pour le web. C'est devenu un genre, un style. Ça représente une époque du web.»

Mathieu Charlebois,
blogueur

Selon Mathieu Charlebois, on n'écrit pas de la même façon quand on blogue que lorsqu'on écrit un papier. «C'est un peu comme le blues en musique, c'est un genre en soi, estime-t-il. Comme le blues est à l'origine du rock, le blogue a donné lieu à d'autres styles. Le son du blogue est encore là, mais il s'est développé plein d'autres choses.»

«C'est quoi, un blogue?, demande pour sa part l'éditeur d'Urbania, Philippe Lamarre. Où tracer la ligne entre le journalisme subjectif et la chronique d'humeur? Les frontières ont bougé. Pour moi, le vrai blogue est devenu un micromédia et ceux qui bloguent sont ceux qui gagnent leur vie avec le native advertising et les junkets. Nous sommes en train de préparer la refonte de notre site et dans la nouvelle version, qui sera lancée dans un mois, le mot 'blogue' n'apparaîtra plus.»

BLOGUER POUR SE FAIRE CONNAÎTRE

«Le blogue va exister aussi longtemps que des gens accepteront d'écrire gratuitement», écrivait récemment la blogueuse politique Ana Maria Cox, dans la foulée du départ d'Andrew Sullivan.

Elle n'a pas tort. Au Québec, que ce soit au Huffington Post, à Urbania, à Voir ou au Journal de Montréal, bloguer est une activité essentiellement bénévole, sinon rémunérée symboliquement.

«Chez nous, les blogues comptent pour un quart à un tiers du trafic, explique le rédacteur en chef du Huffington Post Patrick White. Les blogues sont un des piliers du Huffington Post, on en compte pas loin de 1500. Certains sont occasionnels, d'autres, réguliers. Certains écrivent une fois et on ne les revoit plus, d'autres se bâtissent une petite notoriété et sont invités sur d'autres plateformes pour défendre leurs points de vue. En gros, le trafic sur les blogues s'est multiplié par 10 depuis 2012.»

Bref, si les gens bloguent encore en 2015, et gratuitement par-dessus le marché, c'est avant tout pour une question de visibilité.

«Pour moi, il s'agit d'une expérience littéraire, explique le blogueur Étienne Savignac, qu'on peut lire sur Voir.ca et au Huffington Post. J'ai une réelle passion pour l'écriture et les plateformes actuelles nous offrent le lectorat pour valider cette écriture. Je ne suis pas très souvent collé à l'actualité, je parle plutôt de l'air du temps. Donc, c'est réellement ça: avoir un très grand plaisir au moment de l'écriture, proposer le texte aux lecteurs et valider si ce plaisir a été partagé avec le lecteur.»

Étienne Savignac travaille dans le domaine de la publicité, mais avoue qu'il a des projets de publier quelque chose de plus substantiel un jour. «C'est bien de savoir que le moment venu, le public sera au rendez-vous parce qu'il a eu l'occasion de t'apprécier grâce au blogue.»

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David Carr en 2008.

PHOTO CHESTER HIGGINS JR., ARCHIVES AFP

Une icône des médias s'éteint

Depuis que la nouvelle est tombée jeudi soir, les témoignages et les hommages abondent à propos de David Carr, l'unique et excellent chroniqueur médias du New York Times. Il est mort dans la salle de rédaction, quelques heures après avoir mené une entrevue devant public avec Glenn Greenwald et Laura Poitras, à l'origine de l'affaire Snowden. Sa santé était hypothéquée par de nombreuses années de toxicomanie. Il avait détaillé sa dépendance aux drogues dures dans son livre, The Night of the Gun.

Dans le milieu médiatique, il était une icône. Regard aiguisé, esprit vif et brillant, pas snob pour deux sous, accessible, généreux, chaleureux. Le New York Times a regroupé tous ses textes, qui constituent une véritable leçon de journalisme. 

Il avait par ailleurs accepté de donner un cours de journalisme à l'Université de Boston.

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