Michel Tremblay à côté des plus grands

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Michel Tremblay a fêté hier au Ritz-Carlton son prix Prince-Pierre-de-Monaco.

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Josée Lapointe

Michel Tremblay a reçu jeudi dernier le prestigieux prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco, remis depuis 1951 à un auteur de la francophonie pour l'ensemble de son oeuvre. De retour au Québec depuis samedi après un séjour éclair dans la principauté de Monaco, l'auteur des Belles-soeurs a encore de la difficulté à absorber la nouvelle.

«Ça va sûrement me prendre des mois à digérer ça», nous a dit Michel Tremblay hier, lors d'une rencontre organisée au Ritz-Carlton par Leméac, sa maison d'édition québécoise.

Heureux et souriant, Michel Tremblay alternait entre le verre de champagne et la bouteille d'eau. Il y a de quoi : le romancier et dramaturge québécois vient d'intégrer une liste sélecte qui compte parmi les plus grands noms de la littérature mondiale, dont Jean Giono, Eugène Ionesco, Marguerite Yourcenar, Françoise Sagan et Andreï Makine, pour ne nommer que ceux-là. Les deux seuls autres auteurs québécois à avoir reçu ce prix sont Anne Hébert en 1976 et Marie-Claire Blais en 2002.

«C'est un honneur, mais c'est difficile de parler de ces choses. Toutes proportions gardées, il n'y a aucune comparaison avec ces auteurs-là. Mais c'est flatteur, je ne peux pas dire le contraire. Être en compagnie de ces génies, c'est quand même incroyable.»

Les trois finalistes sont sélectionnés par un jury permanent - cette année, Annie Ernaux et Maurizio Serra étaient les deux autres auteurs en lice -, mais c'est un autre comité qui fait le choix final. C'était la troisième fois que Michel Tremblay se retrouvait sur la liste restreinte de ce prix qui vient avec une bourse de 15 000 euros (environ 22 000 $).

«J'avais été en nomination l'an dernier, et une autre fois il y a une vingtaine d'années. Comme c'était la troisième fois que j'étais finaliste, que j'avais floppé deux fois et que si je ne l'avais pas cette année, je n'étais plus éligible, je me suis dit : c'est prétentieux, c'est présomptueux, mais ça se peut que je l'aie. Alors je ne le dis à personne pour ne pas faire rire de moi, et je m'en vais là-bas attendre des nouvelles.»

C'est que le prix n'est pas remis in absentia, et le gagnant doit se présenter à un déjeuner avec la princesse Caroline de Monaco dès le lendemain de la nouvelle. «Ça fonctionne pour les Européens et pour les Africains du Nord, ils peuvent prendre un avion ou le TGV, souligne Michel Tremblay. Mais pour nous, des ‟anciennes colonies", ça nous met dans une drôle de situation...»

Michel Tremblay n'a donc pas pris de risque. Il a pris l'avion mardi dernier, s'est loué une chambre au chic Negresco de Nice - «J'ai toujours rêvé d'aller là» - et a reçu l'appel tant attendu mercredi à 16 h 50. Il a donc mangé à côté de la princesse Caroline de Monaco jeudi midi, et a même eu le plaisir d'apprendre qu'elle avait vu sa pièce Les belles-soeurs en 1973. «Elle m'a dit qu'elle ne s'en était jamais remise. Imagine, 44 ans plus tard, elle s'en souvient encore!»

Recevoir un prix à l'étranger est un honneur bien particulier, reconnaît Michel Tremblay - il l'a d'ailleurs souligné lors de la cérémonie officielle, jeudi soir, à l'opéra de Monte-Carlo. «Quand un pays autre que le tien reconnaît ce que tu as fait et t'apprécie assez pour te donner un prix de cette importance, c'est incroyable. Surtout avec le genre de choses que j'ai écrites. C'est comme la reconnaissance du petit peuple de Montréal, comme on dit le petit peuple de Paris. Celui des petites gens, des ouvriers, des marginaux.»

Grosse saison

Michel Tremblay sera partout en cette fin 2017. On pourra entendre ses mots les 19, 20 et 21 décembre, lus par Laurent Paquin, dans le cadre du conte de Noël de l'OSM. En décembre aussi, l'adaptation de son livre paru chez Leméac l'an dernier, Conversations avec un enfant curieux, sera présentée chez Jean-Duceppe sous le titre Enfant insignifiant!.

De plus, son nouveau roman paraîtra en novembre, Le peintre d'aquarelles. Il mettra en scène Marcel, un de ses plus beaux et plus touchants personnages. Quoi, un nouveau roman, alors qu'il avait annoncé il y a deux ans qu'il bouclait définitivement la boucle de l'immense cycle de La diaspora des Desrosiers et des Chroniques du Plateau Mont-Royal?

«Je sais, moi aussi, je pensais que c'était fini, répond-il en souriant. Mais comme dans les séries américaines, il y a toujours moyen de lancer un spin-off!» L'auteur de La grosse femme d'à côté est enceinte avait envie d'écrire sur la vieillesse, son éditeur Pierre Filion lui a rappelé qu'on n'avait pas entendu parler de Marcel depuis longtemps. Ce fut le déclic. «On va revoir Marcel à 76 ans, et la vieillesse à travers la schizophrénie.»

À 75 ans, Michel Tremblay a envie de prendre pour la première fois une «vraie» année sabbatique. Mais il n'est pas question pour lui de s'arrêter. «Mon idole, c'est Julien Green [le premier lauréat du prix Prince-Pierre-de-Monaco en 1951]. Il a écrit sa dernière trilogie entre 90 et 92 ans. Comme Verdi, qui a écrit ses grands chefs-d'oeuvre à 79 et 80 ans. Ça a toujours été mes exemples. C'est formidable d'être capable de créer pendant aussi longtemps.»




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