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Serge Denoncourt a choisi une distribution presque parfaite. Des acteurs qui incarnent, par moments, le génie comique, cette capacité pour un comédien de transmettre une jouissance collective aux spectateurs.
Si vous croyez (encore) que la comédie est un art mineur, allez voir ce que Serge Denoncourt a réussi à faire avec Le prénom. Cette production, présentée par Juste pour rire au Monument-National, fera fondre vos doutes - car l'art comique, exécuté avec finesse et intelligence, rime aussi avec du théâtre de qualité.
Le prénom repose sur une anecdote qui exposera le côté mesquin de la psychologie humaine. Lors d'un souper chez sa soeur et son beau-frère, Vincent annonce que sa copine attend un garçon. Après leur avoir demandé de deviner le prénom, il dévoile celui qu'ils ont choisi pour le bébé. Mais ce choix, loin de faire l'unanimité, va semer la stupéfaction! Il y a des prénoms plus tabous que d'autres...
Adaptée au cinéma avec entre autres Patrick Bruel, la pièce française est une savoureuse étude des moeurs bourgeoises et urbaines. Les personnages sont typés, mais pas trop; il y a de la place pour des zones grises, des contradictions. Comme dans Art ou Le dieu du carnage de Yasmina Reza, la pièce écrite par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière repose sur un conflit de valeurs et d'idées qui fera imploser un clan qu'on croyait tissé serré: le couple de professeurs intellos et de gauche (Christian Bégin et Isabelle Vincent); le frère agent immobilier, plus carré vert que rouge, pas très ouvert à la marginalité (Patrice Robitaille); l'ami d'enfance, un musicien «faux fif» qui cultive son jardin secret (Gabriel Sabourin).
Joute verbale
Comme chez Reza encore, les auteurs nous entraînent dans une joute verbale digne d'un match de tennis dans lequel les joueurs frappent des répliques au lieu des balles. Cela pourrait être très verbeux, dans le style «franco-français». Or, on a confié l'adaptation québécoise du texte à Maryse Warda (avec la collaboration de Pierre Bernard à la direction artistique), qui rend le propos local et très actuel: la polarisation entre les vieux amis du Prénom fait penser au débat qui divise les Québécois autour de la crise étudiante. Son adaptation utilise les références et le contexte québécois avec intelligence et pertinence.
Ensuite, et surtout, la pièce est menée par un metteur en scène qui a su trouver le ton juste. Sa direction d'acteurs et sa mise en place sont si bien rythmées et orchestrées qu'il n'y a pratiquement pas de temps morts.
Reste l'ingrédient essentiel pour rendre une oeuvre vivante et vibrante: les interprètes. Serge Denoncourt a choisi une distribution presque parfaite. Christian Bégin, Patrice Robitaille et Isabelle Vincent livrent de grands numéros comiques. Ces trois acteurs incarnent même, par moments, le génie comique, cette capacité pour un comédien de transmettre une jouissance collective aux spectateurs. Et croyez-nous, c'est contagieux! Il y a eu plusieurs «claques» pendant la représentation de lundi dernier. Vers la fin, la comédienne Isabelle Vincent a même eu droit à deux ovations spontanées... dans un même numéro de (très) haute voltige! Du jamais vu de mémoire de critique, un soir de première.
Le prénom est une pièce qu'on ne fait pas que recommander aux amis: on y retourne avec eux. Histoire d'oublier nos vaines et vieilles querelles survenues lors de soupers bien arrosés...
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