Isabelle Hayeur: paysages sous hautes tensions

L'exposition Dépayser propose des photos et des vidéos... (Photo Isabelle Hayeur, fournie par l'artiste)

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L'exposition Dépayser propose des photos et des vidéos qu'Isabelle Hayeur a réalisées au Québec et en Europe sur le thème de la transformation du paysage habité.

Photo Isabelle Hayeur, fournie par l'artiste

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Les citoyens ont-ils un droit de regard sur leur coin de pays? Comment concilier développement économique et préservation du patrimoine naturel? L'aménagement du territoire est au coeur de l'exposition Dépayser que présente Isabelle Hayeur au Musée d'art de Joliette jusqu'au 10 septembre. Avec des exemples où paysages et habitants sont soumis à de hautes tensions...

Totems, de la série Dépayser (Territoires et citoyens sous... (Photo Isabelle Hayeur, fournie par l’artiste) - image 1.0

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Totems, de la série Dépayser (Territoires et citoyens sous haute-tension), 2016-2017, Isabelle Hayeur, 24 po x 36 po

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Route 337, de la série Dépayser (Territoires et... (Photo Isabelle Hayeur, fournie par l’artiste) - image 1.1

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Route 337, de la série Dépayser (Territoires et citoyens sous haute-tension), 2016-2017, Isabelle Hayeur, 24 po x 36 po

Photo Isabelle Hayeur, fournie par l’artiste

Le directeur du Musée d'art de Joliette, Jean-François Bélisle, a visé juste en organisant cette nouvelle exposition consacrée au travail d'Isabelle Hayeur. D'abord parce que la photographe et vidéaste montréalaise fait partie des rares artistes contemporains québécois à axer sciemment leur démarche autour de préoccupations d'ordre environnemental. Mais aussi parce qu'Isabelle Hayeur a le regard critique et résolu de la documentariste, quand l'oeil a la force tant du coeur que du bras. 

L'exposition Dépayser propose des photos et des vidéos qu'Isabelle Hayeur a réalisées au Québec et en Europe sur le thème de la transformation du paysage habité. Dans le cas de Corps étranger (2012-2013), elle s'était rendue en France, à Strasbourg, où siège le Parlement européen.

S'étant promenée dans les quartiers de Wacken, de l'Orangerie et de Robertsau, elle a mis en parallèle les idéaux européens et la réalité architecturale du quartier de l'Europe. Elle y a noté le contraste entre maisons d'ouvriers, tentes de migrants en quête de régularisation et édifices modernes et rigoristes du Conseil de l'Europe et du Parlement. Ses photos interrogent ce décalage récurrent entre la vie réelle des citoyens et la perception de leurs représentants. 

L'artiste évoque le même sentiment avec des images du quartier DIX30, à Brossard, territoire naguère voué à l'agriculture et devenu l'Olympe du commerce et du développement immobilier. Elle montre une maison patrimoniale en pierres, datant du XVIIIe siècle, encerclée par des bungalows et des maisons en rangée toutes du même style. 

La maison Brossard (du nom de son propriétaire) est l'une des dernières à avoir résisté aux promoteurs. De 2003 à 2011, 15 maisons patrimoniales ont été détruites à cause de projets immobiliers, dit-elle. Le gouvernement étudie actuellement la possibilité de décréter la protection de la maison Brossard. 

Lignes électriques

La partie la plus importante de l'expo est le travail qu'Isabelle Hayeur réalise depuis plus d'un an sur les conséquences de décisions d'Hydro-Québec sur le paysage et les communautés locales. Elle s'intéresse en particulier aux luttes des citoyens qui voient des pylônes électriques proliférer sur leurs terres et qui demandent que l'on respecte le territoire sur lequel ils vivent. 

Par exemple, des agriculteurs de Lanaudière se sont regroupés depuis cinq ans pour dénoncer la construction d'une ligne à haute tension de transport d'électricité à 735 kV qui va traverser les régions du Lac-Saint-Jean, de la Mauricie, de Lanaudière et de Montréal sur quelque 400 km. Les citoyens de Saint-Adolphe-d'Howard mènent la même bataille, réclamant un enfouissement des lignes de transport d'électricité. 

Avec Dépayser (Territoires et citoyens sous haute tension), l'artiste québécoise aborde ce développement industriel qui génère des profits mais défigure des paysages, diminue la superficie cultivable, détruit des forêts ou nuit au bien-être des fermiers et de leurs animaux.

Artiste engagée, Isabelle Hayeur a suivi pendant plus d'un an un groupe de résidants et pris fait et cause pour leur combat. Son travail documentaire à portée universelle vise à déclencher une prise de conscience. Elle y parvient, tant on sent, dans ses photos, la détresse que peut représenter pour un amoureux de la campagne l'agression qu'on lui fait subir. 

Détermination citoyenne

Ses images évoquent la nature laurentienne, sa fragilité et son caractère vierge qui tend de plus en plus à disparaître. Elles traduisent aussi la détermination de gens qui se sentent floués, comme Luc, notamment. La cabane à sucre de son grand-père, à Saint-Lin, a été détruite lors du développement de la première emprise d'Hydro-Québec, au siècle dernier. 

«Il y a quelques années, il a reçu une lettre d'Hydro-Québec mentionnant qu'ils allaient développer une nouvelle ligne à haute tension à 735 kV sur la même emprise et qu'ils allaient donc déboiser et élargir, dit Isabelle Hayeur. Luc s'est alors joint au groupe Citoyens Sous Haute-Tension, dans Lanaudière, pour défendre la mémoire de son grand-père, aujourd'hui décédé.»

L'expo comprend également des textes de ces citoyens en colère dans lesquels ils décrivent les impacts des projets de la société d'État sur leur vie et expliquent où en sont leurs démarches pour obtenir des accommodements. «Dans notre contexte politique actuel, où les institutions publiques sont de plus en plus démantelées, ces groupes de citoyens qui défendent leur coin de pays prennent le relais d'un gouvernement qui nous laisse tomber et dont la priorité est axée sur le développement économique», dit Isabelle Hayeur. 

L'artiste présente aussi trois de ses vidéos récentes, Flow, Mirages et Solastalgia, oeuvres qui explorent, elles aussi, notre rapport à l'utilisation des terres, de l'eau et de l'atmosphère. Isabelle Hayeur rappelle que l'homme n'a vraiment guère le choix de protéger sa grande et fragile maison ronde, s'il veut y poursuivre son aventure. Pour s'en rendre compte, rien ne vaut le visionnement de Flow, film magnifique sur l'air et l'eau qui nous font vivre et qui nous constituent et, en filigrane, sur le non-sens de certaines de nos pratiques.

Au Musée d'art de Joliette (145, rue du Père-Wilfrid-Corbeil, Joliette), jusqu'au 10 septembre




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