Bombardier: Ottawa envoie un «drôle de signal», dit Jean Charest

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

L'hésitation du gouvernement Trudeau dans le dossier de l'aide financière à Bombardier envoie un «drôle de signal» aux investisseurs étrangers, estime l'ex-premier ministre québécois Jean Charest.

Étant donné que la demande de l'avionneur québécois a été soumise en décembre, M. Charest s'est demandé, mardi, au cours d'une entrevue avec La Presse Canadienne, pourquoi Ottawa mettait autant de temps à décider s'il appuyait ou non le programme des avions commerciaux C Series.

«Je comprends mal le délai et autour de moi, personne ne comprend pourquoi cela prend tant de temps, a-t-il dit. Le fait que cela traîne en longueur n'envoie pas un très bon signal.»

Celui qui est actuellement associé au bureau montréalais du cabinet d'avocats McCarthy Tétrault s'est toutefois gardé de dire s'il croyait que le gouvernement Trudeau, par son hésitation, cherchait une raison pour ne pas investir dans le constructeur d'avions et de trains.

«C'est un gouvernement qui est nouveau, a-t-il observé. On n'a pas le sentiment que les gens sont de mauvaise foi, mais les délais sont longs. C'est difficile à expliquer.»

Selon M. Charest, Bombardier aurait reçu une réponse positive ou négative depuis longtemps si la multinationale se trouvait dans un pays qui appuie largement son industrie aéronautique, comme la France.

Les actions à droit de vote multiple, qui permettent à la famille Beaudoin-Bombardier de contrôler 53,23 % des droits de vote, figureraient parmi les points de désaccord entre Bombardier et le fédéral et auraient incité, selon divers médias, la multinationale à rejeter la première proposition d'aide présentée par Ottawa.

Sur la question du contrôle de l'entreprise, M. Charest ne croit pas qu'il y a matière à changer quoi que ce soit et estime que les héritiers de Joseph-Armand Bombardier ont prouvé leur attachement à leurs racines dans le passé, en prenant des décisions «canadiennes».

«Bombardier avait le choix de faire l'assemblage de la C Series dans l'État du Nouveau-Mexique ou au Québec, s'est-il rappelé. On connaissait les chiffres. Même si l'offre du Nouveau-Mexique était plus alléchante financièrement, l'entreprise a choisi la province parce que ses racines se trouvent ici.»

Compte tenu de l'importance du secteur aéronautique au pays - qui représente 180 000 emplois et une activité économique de 29 milliards $ - M. Charest croit qu'il est temps pour le gouvernement Trudeau d'emboîter le pas à l'État québécois, qui a injecté 1 milliard $ US dans la C Series en échange d'une participation de 49,5 % dans le programme.

Que ce soit pour des entreprises comme Pratt & Whitney, CAE ou Héroux-Devtek, tous les coups de pouce financiers ont été «profitables et rentables» pour le gouvernement québécois, affirme-t-il.

«Si nous n'avions pas cette industrie au Canada, nous serions en train de nous battre pour attirer ces entreprises chez nous», a ajouté M. Charest.

Celui-ci est bien conscient des importants retards et dépassements de coûts ayant marqué le programme de la C Series, mais a minimisé la situation en affirmant que cela n'était pas inhabituel pour un projet d'une telle ampleur comportant autant de risques.

Pour ces raisons, M. Charest se formalise peu des critiques formulées par le secteur financier torontois à l'égard de Bombardier.

«Sur Bay Street, je le sais, c'est un peu à la mode de critiquer l'entreprise, comme c'était le cas pour critiquer le Québec de ne pas vouloir jouer le jeu et faire partie du projet de commission pancanadienne des valeurs mobilières», a-t-il analysé.

Par ailleurs, l'ex-premier ministre ne s'inquiète pas du fait que l'entente entre Bombardier et le gouvernement Couillard ne soit pas encore finalisée, ce qui retarde le premier versement de 500 millions $ US à l'entreprise que doit faire le Québec.

À l'Assemblée nationale, le son de cloche a toutefois été différent mardi du côté du Parti québécois (PQ) et de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui ont reproché au premier ministre Philippe Couillard son incapacité à faire progresser le dossier.

Les deux partis d'opposition ont exhorté M. Couillard à profiter de la situation pour exiger des garanties d'emplois au Québec de la part de l'entreprise ainsi que de se montrer plus combatif auprès du gouvernement Trudeau pour l'inciter à délier les cordons de la bourse auprès de Bombardier.




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