Surveiller les banques. La question est sur toutes les lèvres aux lendemains d'une crise largement déclenchée parce que certains banquiers ont prêté de l'argent à des gens qui n'avaient pas la capacité de le rembourser. Alors que la reprise est amorcée et qu'on craint de voir les mauvaises habitudes des banquiers revenir au galop, les pays du G20 ont promis d'y veiller. Mais les pressions pour les changements se déroulent de façon bien différente au Canada et aux États-Unis.

La prochaine saison des assemblées annuelles risque d'être bien spéciale au Canada : pour la première fois, des actionnaires voteront pour dire si, oui ou non, ils acceptent la rémunération versée aux patrons. Pour le MEDAC, qui milite pour ce vote depuis plus de dix ans, il s'agit d'une victoire importante. «Un très bon point de départ pour lancer la discussion», dit Louise Champoux-Paillé, administratrice au MEDAC. Elles seront 13 entreprises, dont une écrasante majorité d'institutions financières, à tenir le vote. Ces mesures avaient été adoptées lors des assemblées précédentes. Et question de simplifier la vie aux actionnaires, on apprenait cette semaine que les entreprises en question tiendront leur vote selon une procédure commune proposée par la Corporation canadienne pour la bonne gouvernance. Un vote négatif n'obligera pas une entreprise à modifier sa politique de rémunération, mais les entreprises s'engageront à rencontrer les actionnaires qui s'y sont opposé.

Les associations SHARE et Meritas se sont aussi réjouies de cette annonce. Seule note discordante: l'Institut sur la gouvernance des institutions privées et publiques, qui déplore que les actionnaires votent sur la rémunération telle que présentée dans la circulaire de direction de l'entreprise-«un document de 40 pages où il est impossible de s'y retrouver parmi les bonis, les options, les unités d'action différées et compagnie», dénonce Michel Nadeau, directeur général de l'Institut.

«Nous avons davantage confiance dans les actionnaires canadiens, dit Laura O'Neill, directrice, droit et politique, de SHARE. Ils votent depuis des années sur des choses très complexes-les cas de pilules empoisonnées en cas de prises de contrôle hostiles, par exemple.»

Au-delà de ce débat, la situation illustre bien la façon dont les choses bougent au pays. L'Australie et l'Angleterre ont obligé le vote consultatif sur la rémunération des dirigeants d'entreprises inscrites en bourse, et on s'attend à ce que les Américains adoptent une loi à ce sujet cette année (il s'agit d'une promesse du président Obama).

Au Québec, l'Autorité des marchés financiers a réitéré ses réticences à rendre obligatoire ce qu'on appelle en anglais le «say-on-pay».

«Pour l'instant, nous sommes à l'aise avec l'approche volontaire. Nous avons des réticences à l'imposer étant donné les effets pervers», a dit à La Presse Affaires Louis Morisset, surintendant aux marchés des valeurs à l'AMF.

Exiger le vote risque de «détourner l'attention de la direction» de sa mission de gestion, dit l'AMF. L'organisme veut aussi éviter d'ouvrir une porte qui pourrait conduire les actionnaires à se prononcer sur chaque aspect de la gestion des entreprises, alors que les conseils d'administration existent justement pour défendre leurs intérêts et que ses membres sont élus par les actionnaires.

«L'approche volontaire qu'on voit ici est effectivement plutôt unique, dit Laura O'Neill, de SHARE. Cette approche ne nous déplaît pas, mais nous croyons toutefois que les lois ont l'avantage de rendre les choses uniformes pour tous et seraient préférables. C'est ce qui a été fait au Royaume-Uni et en Australie et c'est là que les États-Unis s'en vont. Mais c'est sûr que ce qui se passe pour l'instant ici est mieux que rien.»