Netflix à la recherche des «meilleures histoires» au Québec

Dominique Bazay, une Québécoise qui a déjà dirigé... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Dominique Bazay, une Québécoise qui a déjà dirigé la chaîne VRAK, travaille dans le secteur jeunesse chez Netflix depuis trois ans.

Photo Martin Chamberland, La Presse

Netflix intensifie ses discussions avec les producteurs de cinéma et de télé du Québec. Fort de son engagement de dépenser 500 millions de dollars en production au Canada, le géant américain veut « raconter les meilleures histoires » des créateurs québécois.

Cette semaine, Netflix a dépêché au Québec une petite délégation menée par Dominique Bazay, une Québécoise qui a déjà dirigé la chaîne VRAK et qui travaille dans le secteur jeunesse chez Netflix depuis trois ans.

« Ce qu'on cherche, ce sont des créateurs, des auteurs qui ont une vision et qui sont passionnés par leurs projets. Il y en a beaucoup au Québec. Je parle souvent à mes collègues de Netflix des Invincibles. L'idée de Jean-François Rivard et François Létourneau est vraiment unique. [...] On veut raconter les meilleures histoires, dans des budgets qui le permettent. [...] On veut des relations avec les meilleurs créateurs partout au monde, incluant les créateurs québécois. On veut qu'ils puissent faire le meilleur projet de leur carrière [chez Netflix] », dit la Québécoise Dominique Bazay, directrice des acquisitions jeunesse de Netflix, en entrevue avec La Presse.

Pour trouver « les meilleures histoires », Netflix tient cette semaine plusieurs rencontres avec des producteurs québécois. Et hier, Dominique Bazay a prononcé un discours attendu au congrès de l'Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui regroupe les producteurs québécois.

Depuis l'annonce de l'entente de 500 millions sur cinq ans en septembre, Netflix a annoncé un projet au Québec : l'acquisition des droits du film québécois Les affamés. Netflix annoncera-t-il bientôt ses premiers projets originaux au Québec ? « Cette première visite est super importante, dit Dominique Bazay. On est en mode découverte et curiosité. Il va y avoir des choses à dire dans les prochaines semaines. »

Au Québec, Netflix pourrait vraisemblablement faire des projets en français. « On a de beaux exemples de séries qui fonctionnent très bien qui ne sont pas tournées en anglais, comme la série 3 % qui a été tournée en portugais au Brésil. Toutes nos séries sont doublées et sous-titrées en 27 langues », dit Dominique Bazay.

De son bureau en Californie, Dominique Bazay a suivi les nombreuses réactions négatives au Québec à la suite de l'annonce de l'entente de 500 millions entre Netflix et Ottawa, l'automne dernier.

« On est conscient que l'annonce a été reçue plus ou moins positivement, mais je crois vraiment que [cette entente] est une opportunité incroyable », dit-elle.

« Il y a tellement d'excellents contenus produits au Québec. Je suis une très grande fan de Fugueuse et de Plan B. Plein de diffuseurs [québécois] commandent des contenus exceptionnels, prennent des risques. Il faut nous voir comme une nouvelle porte, une opportunité incroyable dans une industrie déjà forte et qui prend des risques. Ça va nous prendre un peu de temps, nous avons des relations à construire, mais nous sommes sérieux et nous voulons absolument que les histoires [d'ici] aient aussi une plateforme à l'extérieur du Canada. »

Netflix compte 125 millions d'abonnés, comparativement à 11,1 millions de foyers abonnés à la télé au Canada.

La question de la perception de la TPS a fait couler beaucoup d'encre dans le dossier Netflix. Mais l'absence de quotas francophones dans l'entente de 500 millions a aussi été critiquée. « Les quotas ne sont pas nécessaires, dit Dominique Bazay. On ne travaille pas avec les quotas, on savait très bien que le Québec est un marché très, très fertile. L'investissement est sur cinq ans, on était déjà actifs au Québec et on a l'intention de le rester. »

DÈS L'ENFANCE

Le Québec pouvait difficilement trouver meilleure ambassadrice que Dominique Bazay au siège social de Netflix.

La Québécoise de 44 ans était directrice de la chaîne jeunesse/ados VRAK chez Bell Média depuis sept ans quand elle a reçu l'appel de Netflix en 2015. Chez VRAK, on lui doit notamment les séries Le chalet et Jérémie. « Ce fut un tournant dans le type de dramatiques qu'on offre aux jeunes Québécois, dit-elle. C'est super important que les jeunes comme les adultes aient des contenus dans lesquels ils se reconnaissent. »

Les coulisses de la télé, Dominique Bazay s'y sent à l'aise depuis longtemps. À 10 ans, elle accompagnait son père journaliste pour ses interventions en direct au National, à CBC. Son père, David Bazay, a été correspondant pour CBC au Québec et à Paris. « J'ai commencé à donner des notes sur le contenu à 10 ans ! Mon père nous emmenait sur ses reportages, on allait le regarder faire ses directs [pour le bulletin The National] sur les Champs-Élysées à Paris, et j'étais responsable de sa coiffure... »

La famille revient ensuite au Canada. Après ses études collégiales à Québec, Dominique Bazay commence sa carrière dans l'industrie de la télé à Toronto, où elle fait des ventes internationales pour Paragon Entertainment puis pour BBC. À 25 ans, elle passe chez DMX Media, un producteur de contenu jeunesse et famille. En 2008, elle revient au Québec chez Astral pour diriger la chaîne jeunesse VRAK.

« Dominique a une qualité primordiale : elle adore la jeunesse, elle les appelle "les gamins". Elle a un amour des jeunes et des enfants. Elle est capable d'amener les créateurs plus loin, d'avoir une vision et d'échanger avec eux », dit la PDG de Télé-Québec Marie Collin, qui l'a engagée chez VRAK et qui a été sa patronne chez Astral et Bell Média.

Chez Netflix, Dominique Bazay est directrice des acquisitions jeunesse. « Les enfants s'adaptent, ils ont une imagination fertile, ça nous permet de raconter des histoires, dit-elle. Nous voulons trouver des projets dans lesquels les jeunes peuvent se reconnaître. Je viens de passer un mois à Amsterdam et dans les pays scandinaves pour trouver des produits locaux qui vont parler aux jeunes de ces régions. »

Enfant, Dominique Bazay était une grande fan de Goldorak, a appris son anglais avec Sesame Street et regardait Passe-Partout si fidèlement qu'elle se rappelle encore les comptines. « Je brosse, brosse, brosse encore mes dents », dit-elle en riant.

Aucun doute, celle qui joue un rôle-clé au sein de la plus grande chaîne télé jeunesse au monde n'a pas oublié ses racines québécoises.




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